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Le temps des charcutiers


Il faut absolument revenir sur ce saisissant portrait de Poutine que brossait Emmanuel Macron mardi, sur les ondes de LCI : un prédateur, un ogre à nos portes qui a besoin de continuer de manger pour sa propre survie. Car on brûle de savoir quelle formule encore plus percutante le président français, si seulement il le voulait (et le pouvait) aurait pu dédier à cet autre ogre qu’est par excellence Netanyahu.

Ces deux dirigeants à vocation de boucher ou de charcutier ont en commun la boulimie de sang, mais aussi de terres. Avec les insupportables images de squelettiques enfants mourant de faim à Gaza, que l’on croirait tirées de la tragédie du Biafra ou même des camps de concentration du IIIe Reich, l’Israélien pourrait d’ailleurs en remontrer au Russe. Et si l’État hébreu n’en est pas encore à menacer l’Europe, c’est bien sur la porte de la France qu’il tambourine comme un forcené, l’accusant de favoriser l’antisémitisme en s’apprêtant à reconnaître un État palestinien.

Cet État à naître, Israël s’emploie déjà à l’étouffer dans l’œuf après avoir validé, dans la plus pure tradition coloniale, un projet de saucissonnage de la Cisjordanie : ce qui rendrait non viable – pire encore, invivable – toute entité palestinienne susceptible de voir le jour. Par la construction de quartiers-champignons, ce plan E-1 (E pour la ruée vers l’est) vise à couper matériellement la partie orientale et arabe de Jérusalem du reste de ce territoire. Celui-ci à son tour serait découpé en deux régions, Nord et Sud : autrement dit en deux réserves de peaux-rouges non reliées, ne pouvant communiquer entre elles que par des routes sous total contrôle de l’occupant. Ainsi privés de contigüité territoriale et de liberté de déplacement pour leurs habitants, de tels ghettos seraient inexorablement voués au marasme économique ou alors à l’exil de leur population. L’odieuse arme de la famine, on le voit, n’est pas réservée à Gaza, ses ravages peuvent très bien être étalés dans le temps et il faut décidément croire que les adeptes du Grand Israël ont bien retenu la leçon des tortionnaires nazis.

De même faut-il reconnaître que ce plan E-1 a suscité un déluge de protestations internationales. Fort bien, cela peut apaiser quelque peu pas mal de consciences, mais quoi encore ? Pour bien moins que le carnage de Gaza et le vol planifié, programmé (et même sanctifié !) des terres d’autrui, des sanctions ont visé des États violant les principes fondateurs de l’ONU. Il est proprement honteux que les puissances démocratiques se contentent de condamnations verbales. Honte surtout aux pays arabes, qui voient des ONG pacifistes israéliennes les surpasser en véhémence pour dénoncer une initiative jugée tout aussi fatale pour l’avenir de l’État juif que pour l’État palestinien.

Au milieu de cette lamentable débâcle arabe, et à l’heure où la Syrie ne trouve plus aucune objection à négocier directement avec Israël, le Liban actuel est paradoxalement seul à échapper à tout reproche, exception faite de la haineuse et sournoise campagne cybernétique visant ses dirigeants, et plus particulièrement le Premier ministre Nawaf Salam. En termes de destructions et de pertes humaines, notre pays s’est largement acquitté de son écot en défense de la cause palestinienne. Indésirable partout ailleurs, installé d’autorité sur notre sol, le Fateh de Yasser Arafat nous a valu une longue suite de malheurs ; or c’est le même Fateh qui entreprend déjà de livrer son armement lourd à l’État libanais. Lui a succédé, comme on sait, la grossière supercherie d’un Iran prétendant libérer Jérusalem à partir de nos frontières, mais cherchant seulement à réaliser ses ambitions hégémoniques en gaspillant en pure perte le sang de ses partisans libanais ; là aussi les arsenaux illégaux devront être cédés.

On n’avait pas vu ça depuis bien longtemps : c’est la tête haute et la conscience parfaitement tranquille que le Liban convalescent émerge du lot.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com 

Il faut absolument revenir sur ce saisissant portrait de Poutine que brossait Emmanuel Macron mardi, sur les ondes de LCI : un prédateur, un ogre à nos portes qui a besoin de continuer de manger pour sa propre survie. Car on brûle de savoir quelle formule encore plus percutante le président français, si seulement il le voulait (et le pouvait) aurait pu dédier à cet autre ogre qu’est par excellence Netanyahu. Ces deux dirigeants à vocation de boucher ou de charcutier ont en commun la boulimie de sang, mais aussi de terres. Avec les insupportables images de squelettiques enfants mourant de faim à Gaza, que l’on croirait tirées de la tragédie du Biafra ou même des camps de concentration du IIIe Reich, l’Israélien pourrait d’ailleurs en remontrer au Russe. Et si l’État hébreu n’en est pas encore à menacer...