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Nos lecteurs ont la parole

Jean-Martin Charcot, 200 ans après

Nous fêtons cette année le deux-centième anniversaire de la naissance de Jean-Martin Charcot, célèbre neurologue, né en 1825.

Si nous le citons aujourd’hui, c’est que Charcot est indiscutablement le pape de la neurologie moderne et surtout l’inventeur de la méthode anatomoclinique, base essentielle du raisonnement médical.

Charcot a développé la notion de l’hystérie qui continue à être l’un des mystères les plus cachés non seulement de la psychiatrie mais aussi de toute la médecine. Cette notion stipule que sans retrouver une lésion dans le cerveau ou dans le corps, on peut voir chez le malade qui en souffre les symptômes physiques d’une maladie. De toute maladie. C’est-à-dire qu’un malade peut présenter les symptômes d’une maladie quelconque sans que pour rien au monde on lui retrouve une lésion correspondante dans son corps ou dans son cerveau. Le concept a désarçonné cliniciens et penseurs du monde entier. Et le mystère demeure total. En effet, que de patients sortent des hôpitaux ou des cliniques des médecins sans explication aucune sur le siège cérébral ou corporel où l’on peut signer la lésion de leur mal. On peut appeler cela hystérie, trouble fonctionnel, trouble idiopathique…

C’est durant les « leçons du mardi », célèbre présentation affichée devant un parterre de ses étudiants, que Charcot présentait les cas d’épilepsie et ceux d’hystériques ayant une crise convulsive un peu pareille à celle des épileptiques sans le moins du monde souffrir d’épilepsie. Il avait d’ailleurs à sa charge un service où se mêlaient les deux pathologies.

Augustine est sa plus célèbre malade. Et que d’Augustines on peut retrouver chez nos malades au quotidien !

N’ayant trouvé personne à qui parler, le corps d’Augustine prit la parole. Et elle commença à mimer des crises épileptiques sans aucune décharge ou lésion cérébrale, avec un EEG normal pendant la crise, et la crise s’enclenchait toujours à la moindre émotion et ne se terminait que lorsqu’elle était laissée seule, négligée par les autres. « Le spectacle se termine faute de spectateurs », concluait Charcot médusé, autant que ses élèves.

Charcot se passionna pour l’hystérie et André Brouillet peignit la leçon de Charcot à la Pitié-Salpêtrière à Paris entouré de ses élèves dont certains devinrent d’illustres noms de la neurologie : Babinski, Gilles de La Tourette, Bourneville, bref la fine fleur de la neurologie. À voir la leçon clinique de Charcot, reproduite par André Brouillet en 1887, c’est un peu « le roi Arthur entouré des chevaliers de la Table ronde, le pape avec ses cardinaux, Napoléon et ses maréchaux ».

Pour Charcot, les femmes hystériques n’étaient ni des possédées, ni les proies d’un dérèglement de leurs organes sexuels, ni même des simulatrices, il s’agissait d’une authentique pathologie dont les femmes n’avaient pas l’apanage, puisqu’elle pouvait se retrouver chez les hommes aussi.

L’appellation d’hystérie ayant une connotation péjorative, on l’a changée dans les classifications actuelles depuis quelques années au profit de « trouble de conversion », puisqu’il s’agit de la conversion sur le corps d’un conflit psychique.

L’hystérie survint à la fin du XIXe siècle dans un contexte où les miracles de Lourdes commençaient à se propager en France. On discutait de Lourdes dans les couloirs de la Salpêtrière. Et les explications de Charcot éclairaient les autorités religieuses. En effet, Charcot assurait : « Les hystériques présentent un état mental éminemment favorable au développement de la faith-healing, car ils sont suggestibles au premier chef. Soit que la suggestion s’exerce par des influences extérieures, soit surtout qu’ils puisent en eux-mêmes les éléments si puissants de l’autosuggestion. » Ainsi, les autorités médicales accréditées par l’Église catholique commençaient à ne plus classer comme miraculés les malades dont la suggestibilité, à l’occasion d’un mouvement profond de foi comme le sanctuaire de Lourdes peut en offrir, pouvaient cesser de présenter une pathologie hystérique : paralysie, cécité, surdité…

Pourquoi fêter avec enthousiasme cet anniversaire aujourd’hui ? Car deux cents ans après, des esprits lumineux comme Charcot, on n’en connaît toujours très peu. De plus, son héritage nous laisse un secret gigantesque en médecine, comment un être humain, tourmenté jusqu’à l’extrême, peut commencer à présenter les signes et les symptômes de toute maladie qu’on peut imaginer en médecine. Sans retrouver une signature lésionnelle. Et avec la progression insolente de la fréquence des maladies mentales (plus de 25 % de la population mondiale souffrirait d’un trouble mental selon l’OMS), plus que jamais la relation entre le soma et la psyché est d’actualité.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes. 

Nous fêtons cette année le deux-centième anniversaire de la naissance de Jean-Martin Charcot, célèbre neurologue, né en 1825. Si nous le citons aujourd’hui, c’est que Charcot est indiscutablement le pape de la neurologie moderne et surtout l’inventeur de la méthode anatomoclinique, base essentielle du raisonnement médical. Charcot a développé la notion de l’hystérie qui continue à être l’un des mystères les plus cachés non seulement de la psychiatrie mais aussi de toute la médecine. Cette notion stipule que sans retrouver une lésion dans le cerveau ou dans le corps, on peut voir chez le malade qui en souffre les symptômes physiques d’une maladie. De toute maladie. C’est-à-dire qu’un malade peut présenter les symptômes d’une maladie quelconque sans que pour rien au monde on lui retrouve une lésion...
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