Le journaliste Mohammad Barakat. Photo tirée de son compte @mdbarakat/X
Le journaliste et activiste Mohammad Barakat, un critique notoire du Hezbollah, a accusé jeudi la direction du Hezbollah de « mener une guerre ouverte contre [sa] famille ».
S’adressant à notre publication vendredi, M. Barakat a raconté que sa belle-sœur avait été « entourée par un groupe de femmes à Hay el-Sellom, jeudi dans la banlieue sud de Beyrouth, alors qu’elle rendait visite à sa famille, lesquelles lui ont dit : ‘Ton mari n'est-il pas le frère de Mohammad Barakat ? Que fais-tu ici ? » Il raconte également que le même jour, alors que son père se promenait près de sa maison à Aramoun, un homme l’a abordé et lui a dit qu’il « lisait mon travail sur Facebook et ce que j’écris », en ajoutant de façon menaçante qu’« il sait où il habite ».
M. Barakat a déclaré que la chaîne franco-allemande Arte, qui filmait avec l’un des membres de son équipe à Nabatiyé, Mahmoud Choueib, avait vu son équipe arrêtée à un point de contrôle du Hezbollah. Leurs téléphones et leurs images ont été vérifiés, et l’équipe de journalistes a été interrogée, malgré le fait qu’elle disposait d’une autorisation de l’armée libanaise pour filmer. Le même jour, un autre membre de son équipe aurait été menacé de mort « ainsi que sa famille à Baalbeck ; la personne a souhaité rester anonyme pour des raisons de sécurité ».
« Attaquer femmes et enfants »
Dans une publication mise en ligne jeudi sur son compte X, M. Barakat, qui est aussi rédacteur en chef du site d’information Asas Media, avait interpellé le président de la République, la Sûreté de l’État, les Forces de sécurité intérieure et l’armée libanaise, déclarant que « les appareils de l’État restent silencieux – et c’est un euphémisme ».
Il affirme dans son message que « la campagne d’incitation du Hezbollah en est arrivée à attaquer femmes et enfants », accompagnant son texte d'une publication de son frère, Baha' Barakat. « Ma famille et moi sommes victimes de harcèlement chaque fois que nous entrons ou approchons des zones connues pour leur affiliation [au Hezbollah]. Les raisons vont de simples désaccords à des divergences d’opinion, mais la principale demeure le fait que je suis le frère de Mohammad Barakat. Ces incidents se sont dernièrement intensifiés, à tel point que nous avons décidé de ne plus nous rendre dans la banlieue sud [de Beyrouth, bastion du Hezbollah] ni dans d’autres secteurs similaires », écrit Baha' Barakat. « Cette racaille humaine, qui menace d’agression physique et lance des insultes à la moindre occasion, est vaincue, humiliée et résignée – elle se débat dans l’abîme où elle s’est jetée. Vous êtes des lâches, même indignes d’insultes car vous êtes en-dessous d’elles. Vous, dont ne sortent que des traîtres et des êtres amoindris – le train qui s’approche vous écrasera, et l’histoire vous rejettera là où vous appartenez vraiment. »
Contactée par notre publication, une source du Hezbollah a déclaré que : « Mohammad Barakat continue de nous attaquer et prétend chaque semaine que sa famille a été menacée. Il met en scène ce récit aux dépens du Hezbollah, afin d’attirer davantage l’attention sur les réseaux sociaux. Ce sont des affirmations mensongères et de la désinformation hypocrite. »
En octobre 2024, Mohammad Barakat avait fait l’objet d’une plainte pour « incitation communautaire » déposée par le cheikh Ali Khatib, vice-président du Conseil supérieur chiite. En réponse, l'activiste – fondateur du groupe chiite indépendant Nahwa al-Inqaz (« Vers le Salut »), fondé en décembre 2024 –, a déposé plainte contre le dignitaire religieux le 24 avril. Il a demandé que la Cour de cassation ouvre une enquête sur le cheikh Khatib, l’accusant « de détournement de fonds publics et d’occupation illégale de biens fonciers ». Le rédacteur en chef d'Asas Media avait été convoqué un mois plus tard par le président de la Cour de cassation, Jamal Hajjar, à la suite de la plainte du cheikh Khatib après ses propos tenus dans une émission télévisée sur la chaîne al-Jadeed, le 28 octobre 2024. Au cours de l’émission, Mohammad Barakat avait affirmé que le cheikh avait restauré quatre immeubles à Hazmieh (Mont-Liban) et les gardait à sa disposition, alors qu’ils pourraient loger « 200 familles ». Ses accusations s’inscrivaient dans le contexte de la guerre entre le Hezbollah et Israël (d’octobre 2023 à novembre 2024), qui avait provoqué le déplacement des milliers de Libanais du Sud-Liban. Après l’interrogatoire, le juge Hajjar l’a relâché à condition qu’il choisisse une résidence officielle.



Ce patriote courageux mérite tout notre appui. Il dit haut ce que nous pensons, sauf que lui il est censé courber la tête et suivre le troupeau captif. Ce qu’il ne fait pas. C’est en disant des vérités , comme il le fait, que l’on pourra sauver nos concitoyens prisonniers de leur chefs vendus.
11 h 03, le 16 août 2025