L'émissaire iranien Ali Larijani à Aïn el-Tiné, le 13 août 2025. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le jour
Ali Larijani n'a pas laissé de place au doute. En déplacement à Beyrouth, le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranien a, sans ambiguïté, donné au Hezbollah le mot d'ordre de Téhéran : la décision du Liban concernant le monopole des armes aux mains de l'État doit rester lettre morte. Depuis Aïn el-Tiné, après un entretien avec le président du Parlement, Nabih Berry, l'émissaire iranien a affirmé que son pays « ne soutient pas certaines décisions fixant un calendrier précis » pour le désarmement du Hezbollah, plaidant pour un « dialogue amical, exhaustif et sérieux au Liban ». « Nous respectons toute décision prise par le gouvernement en coordination avec les factions », a-t-il précisé.
Si Nabih Berry s'est barricadé dans le silence, le président de la République, Joseph Aoun, et le Premier ministre, Nawaf Salam, ne se sont pas laissés faire. Lors de l'entretien au palais présidentiel, le chef de l'État a donné le ton : « Nous rejetons toute ingérence dans nos affaires intérieures, quelle qu’en soit la provenance, et nous voulons que la scène libanaise demeure sûre et stable, dans l’intérêt de tous les Libanais, sans discrimination. » Le président a rappelé que son pays « ne s'ingère jamais dans les affaires des autres pays, et n'accepte aucune intervention dans ses affaires ». Et d'ajouter : « Il ne peut être permis à aucune formation de porter les armes et de s'appuyer sur des parties étrangères », ajoutant que ce sont les forces armées légitimes qui ont le devoir de défendre et de protéger tous les Libanais. Joseph Aoun a également dénoncé, selon le compte X de la présidence, « le langage tenu récemment par certains responsables iraniens à l'égard du Liban, qui n'est pas de nature à aider », et a indiqué que le pays « souhaite coopérer avec l'Iran mais dans les limites du respect de la souveraineté et de l’amitié, fondées sur le respect mutuel ».
Nawaf Salam est allé encore plus loin. Réservant un accueil froid au Sérail à son invité, le Premier ministre a estimé que « les décisions du gouvernement libanais ne doivent pas faire l’objet de discussions dans un autre pays, car le centre de décision est le Conseil des ministres, et la décision du Liban est prise uniquement par les Libanais, qui n’acceptent ni tutelle ni diktat », disant s'attendre à ce que Téhéran « respecte ces règles ». Il a insisté sur le fait que « toute relation avec le Liban passe exclusivement par ses institutions constitutionnelles, et non par un quelconque parti politique ou un canal parallèle », notant que « toute aide extérieure est la bienvenue, à condition qu’elle transite par les canaux officiels ».
« Il est temps de tourner cette page »
Nawaf Salam a encore affirmé que « les récentes déclarations de certains responsables iraniens, notamment le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, Ali Akbar Velayati, et du commandant adjoint de la Force al-Qods des gardiens de la révolution, le général de brigade Iraj Masjedi, sont rejetées dans la forme et le fond ». Selon lui, « ces positions, en ce qu’elles comportent une critique directe de décisions libanaises prises par les autorités constitutionnelles du pays, notamment celles qui ont caché une menace explicite, constituent une violation flagrante des usages diplomatiques et une atteinte au principe du respect mutuel de la souveraineté, qui constitue la base de toute relation bilatérale saine et un fondement essentiel des relations internationales et du droit international ».
Lors d’une discussion avec la presse après la rencontre, le Premier ministre a rappelé que « le Liban est un petit pays qui a longtemps souffert de l’ingérence des autres », affirmant qu'« il est temps de tourner cette page ». « Le Liban n’acceptera pas d’être utilisé comme tribune pour régler des comptes ou comme boîte à lettres. Nos décisions souveraines découlent de notre intérêt national, y compris toute planification ou tout calendrier » pour le monopole des armes par l’État, a-t-il conclu.
« La position officielle de la République islamique »
Le déplacement de Ali Larijani intervient alors que l'Iran a exprimé à de nombreuses reprises son opposition à la décision du gouvernement libanais de désarmer le Hezbollah. Le haut responsable iranien a dans ce contexte affirmé que son pays « ne s’ingère pas dans les affaires intérieures libanaises », et que les déclarations qu'(il) a faites à (s)on arrivée à Beyrouth « reflètent la position officielle de la République islamique d’Iran ». Depuis l'Aéroport international de Beyrouth (AIB), le responsable iranien a affirmé que son pays a l'intention de toujours « défendre les intérêts suprêmes du Liban ».
M. Larijani a réitéré lors de son entretien avec le président Aoun son invitation au chef de l'État à se rendre à Téhéran et a exprimé la volonté de l’Iran « d’aider le Liban dans le domaine de la reconstruction » si le gouvernement en fait la demande. Il s'est par la suite entretenu avec Nabih Berry, qu'il a qualifié d'« ami » et d'« homme influent au Liban ». Lors d'un point de presse depuis Aïn el-Tiné, il a déclaré que Téhéran n'a pas prévu de « document, comme l'on fait les Américains », en allusion à la feuille de route de l'émissaire américain Tom Barrack, et a assuré que l'Iran ne « s'ingère pas dans les affaires internes » du Liban.
Le responsable iranien a affirmé à la chaîne MTV qu'aucune réunion n'est programmée avec le ministre des Affaires étrangères Joe Raggi par « manque de temps ». Réagissant à ces propos, le chef de la diplomatie libanaise a déclaré que même si Larijani « avait eu le temps, (il) ne l’aurai(t) pas rencontré ».
Le convoi du responsable iranien avait été accueilli à sa sortie de l'aéroport par des dizaines de partisans du Hezbollah. Des panneaux avaient été installés notamment avec les portraits de M. Larijani et du guide suprême iranien, Ali Khamenei, portant les mots « Khoch Amadid, Ahla w sahla », Bienvenue en persan et en arabe.
Au moment d'aller sous presse, l'entretien de M. Larijani – qui s'est recueilli sur la tombe de Hassan Nasrallah, ancien chef du Hezbollah – avec le secrétaire général du parti, Naïm Kassem, n'était pas encore annoncé. Toutefois, la formation semble clairement avoir reçu le message iranien. S'exprimant au micro de la chaîne al-Jadeed, le responsable de l'unité de liaison et de coordination au sein du Hezb, Wafic Safa (considéré comme le chef du redoutable appareil sécuritaire du parti), a lancé : « La reddition de notre arsenal n'aura pas lieu. »




La manifestation de la souveraineté retrouvée doit s’exprimer d’une seule façon rupture des relations diplomatiques avec ces farsis d’un autre temps barbare sûrement !
10 h 34, le 15 août 2025