Le cabinet de Nawaf Salam réuni au palais de Baabda, en présence du président Joseph Aoun, le 5 août 2025 à Baabda. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
À l’issue d’une réunion de plus de cinq heures, le cabinet de Nawaf Salam, réuni au palais présidentiel de Baabda pour discuter de la question sensible du désarmement du Hezbollah, a décidé de mandater l’armée d’élaborer un plan garantissant à l’État le monopole des armes. Un autre Conseil des ministres doit toutefois se tenir jeudi.
« L'armée, les Forces de sécurité intérieure, la Sécurité générale, la Sûreté d'État, les douanes et la police municipale, doivent être les seules à porter des armes au Liban (...). Le Conseil des ministres à décidé (...) de demander à l'armée libanaise de mettre au point un plan d'exécution pour le monopole des armes avant la fin de l'année en cours, et le présenter au Conseil des ministres avant la fin du mois pour qu'il soit discuté et adopté », a annoncé le Premier ministre Nawaf Salam à l'issue de la réunion. Il a aussi indiqué que son gouvernement qui « a pris connaissance de la feuille de route américaine en vue de prolonger et de renforcer la cessation des hostilités de 2024 et des modifications apportées à la demande des autorités libanaises (...) a décidé de poursuivre le débat sur la feuille de route américaine durant une autre réunion jeudi ».
Prenant la parole après M. Salam, le ministre de l'Information Paul Morcos a clarifié la décision du Conseil des ministres en expliquant qu’elle consiste à « mettre en place le monopole des armes aux mains des institutions d’Etat par ses propres moyens ». M. Morcos a aussi indiqué que deux ministres étaient absents de cette séance : le ministre des Finances Yassine Jaber (Amal) et celui du Travail Mohammad Haïdar (Hezbollah). « Le président Joseph Aoun a insisté durant la séance sur l’importance de l’unité intérieure des Libanais pour surmonter les difficultés », a aussi rapporté M. Morcos.
Peu avant la fin de la réunion du gouvernement, la ministre de l’Environnement, Tamara Elzein (Amal), et le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine (Hezbollah), ont quitté la salle du Conseil mais sont restés dans l’enceinte du palais de Baabda. A ce sujet, M. Marcos a indiqué que Mme Elzein et M. Nassereddine se sont retirés de la séance « en raison de leur désaccord avec la décision du gouvernement ». Le ministre du Développement administratif, Fadi Makki (le cinquième ministre chiite) a lui émis une réserve, a noté M. Morcos sans en préciser la nature.
Les deux ministres chiites ont participé à la réunion, malgré un contexte tendu marqué par les récents défilés pro-Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth et des déclarations fermes de responsables du parti contre toute remise en question de leur arsenal. À l'opposé, de nombreuses figures politiques opposées au Hezbollah insistent sur le monopole des armes par l'État libanais, surtout après la récente guerre qui a opposé le parti chiite à Israël. Contacté avant le début de la séance, le porte-parole du Hezbollah, Youssef Zein, avait assuré à L'Orient-Le Jour que les deux ministres de la formation prendront par à la séance. Le parti chiite « veille à préserver l'intérêt du Liban. Il est donc disposé à discuter de la question de ses armes dans les limites du discours d'investiture du président de la République, Joseph Aoun, et de la déclaration ministérielle du cabinet Salam », a-t-il assuré. Il a toutefois indiqué que « toute décision (du Conseil des ministres) qui dépasserait ces deux limites mènerait à une réaction des ministres du Hezbollah », soulignant que celle-ci pourrait aller de l'opposition verbale à la décision du cabinet au retrait de la séance ministérielle. Youssef Zein a toutefois exclu la possibilité de voir les ministres du Hezbollah claquer la porte du gouvernement.
Avant le début de la réunion, le président de la République Joseph Aoun s’était entretenu avec le Premier ministre Nawaf Salam.
Le Hezbollah ne refuse pas le principe d’un débat sur le monopole des armes par l’État, mais il conditionne tout désarmement à un retrait préalable de l'armée israélienne des positions qu'elle occupe au Liban-Sud et à l’arrêt des violations du cessez-le-feu, ainsi que la libération des prisonniers et le lancement du processus de reconstruction après la récente guerre. Dans une vidéo publiée lundi soir, le Hezbollah a affirmé que la résistance était « le seul choix et soutien à l'armée libanaise ». Des contacts politiques se sont poursuivis parallèlement afin de parvenir à une formule que le gouvernement pourrait adopter mardi.
La communauté internationale insiste auprès des autorités libanaises pour qu'elles désarment le Hezbollah et définissent un plan d’exécution clair assorti de délais précis. Israël estime de son côté que le Hezbollah est en position de faiblesse après le dernier conflit et refuse de se voir soumettre des conditions avant le désarmement.
Les partisans du Hezbollah dans la rue
Mardi, en marge du Conseil des ministres, des groupes de jeunes hommes se sont rassemblés sur l'autoroute Baalbeck–Brital en brandissant des drapeaux du Hezbollah, selon notre correspondant dans la Békaa. Plus tard, alors que le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, prononçait un discours, dans lequel il a réitéré son refus de remettre les armes, surtout dans un contexte d’agressions israéliennes continues, des dizaines de motos ont circulé dans le secteur de Tayouné. Elles étaient conduites par des hommes arborant des drapeaux du Hezbollah, des drapeaux à l’effigie de l’ancien secrétaire général Hassan Nasrallah, ainsi que des drapeaux iraniens. Un autre convoi, parti de la banlieue sud en direction de l’église Mar Mikhael à Chiyah, a été stoppé par l’armée libanaise, qui l’a redirigé vers la région de Moucharrafiyé. Contactée par L’Orient-Le Jour, une source militaire a précisé que l’armée a déployé des soldats à toutes les entrées de la banlieue sud de Beyrouth afin de prévenir tout débordement. uUn convoi de motos et de voitures a aussi sillonné les principales artères de la ville de Nabatiyé, selon notre correspondant au Liban-Sud. Les véhicules arboraient des drapeaux du Hezbollah, des portraits de « martyrs de la résistance » et diffusaient des chants partisans via des haut-parleurs.
Déjà lundi soir, des partisans du Hezbollah ont défilé à moto dans plusieurs quartiers de la banlieue sud de Beyrouth. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent des dizaines de motocyclistes brandissant des drapeaux jaunes du parti sillonnant des quartiers de la banlieue sud et scandant « Labayka Nasrallah » (à tes ordres, Nasrallah), en allusion à l'ancien chef du parti chiite, Hassan Nasrallah, assassiné par une frappe israélienne le 27 septembre 2024.
Ces derniers jours, des proches du parti chiite n'ont pas hésité à brandir la menace d’un nouveau coup de force, semblable à celui du 7 mai 2008. À l’époque, le gouvernement de Fouad Siniora avait tenté de briser la mainmise sécuritaire du Hezbollah, qui avait répondu en prenant d’assaut Beyrouth-Ouest et la Montagne.
À quelques heures de la séance gouvernementale, le chef du Législatif Nabih Berry avait affirmé que « nous ne tiendrons compte que des intérêts du Liban et veillerons à faire tout ce qui ne menace pas sa sécurité ».
Plusieurs personnalités politiques ont souligné la nécessité du désarmement du Hezbollah. Le ministre de la Justice, Adel Nassar, a affirmé dans un entretien avec la chaîne MTV que le gouvernement « exigera un calendrier pour la remise des armes », estimant qu'il était « inacceptable que le Hezbollah entraîne les Libanais avec lui vers le suicide ». La députée Paula Yacoubian a de son côté estimé que « le retour dans le giron des institutions n’est plus un luxe politique, mais une condition de survie pour la patrie ». « Nulle légitimité ne surpasse celle de l’État, et nulle arme ne doit primer sur la sienne », a-t-elle ajouté.




Le gouvernement libanais charge l’armée de proposer un plan pour le monopole des armes d’ici la fin du mois. Parce que depuis le temps qu’on en parle, ce fameux plan n’est pas encore prêt? Attention aux bobards, les libanais sont devenus experts des corrompus et des compteurs de fables et n’entendent pas attendre éternellement pour voir appliquer ce qui a été dit et dans les plus brefs délais. On est saturé de balivernes de tout bord. On croit ce qu’on voit et il serait temps de nous montrer qu’on ne s’est pas trompé sur votre patriotisme.
11 h 10, le 06 août 2025