Des combattants du Hezbollah, lors d’une démonstration militaire du parti chiite à Aaramta, au Liban-Sud, en mai 2023. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
À l'approche d'une séance parlementaire décisive devant acter un calendrier sur le processus de désarmement des factions armées au Liban, dont le Hezbollah, l'opposition au parti chiite pro-iranien a multiplié les appels à des décisions claires sur le démantèlement son arsenal militaire.
Un des principaux leaders de l'opposition est le chef des Forces Libanaises (FL), Samir Geagea, qui a de nouveau accusé le Hezbollah de faire obstacle à la « construction d’un véritable État » en raison de son refus catégorique d'ouvrir la discussion sur le dépôt de ses armes tant que l'armée israélienne poursuit ses attaques et son occupation des cinq collines au Liban-Sud.
« Trois quarts des Libanais sont contre »
« Malgré certaines lenteurs et des débats stériles, le pays suit aujourd’hui la bonne voie, a déclaré M. Geagea lors du dîner annuel de soutien à la radio 'Liban Libre', organisé au siège des FL à Meerab. Mais le principal problème vient d’un parti bien précis, le Hezbollah, qui adopte un mode de fonctionnement complètement étranger à celui de la majorité des Libanais ».
Fustigeant les récents propos du secrétaire général du parti chiite, Naïm Kassem, qui a estimé qu'appeler au désarmement de sa formation revenait à « servir le projet israélien », le chef des FL a accusé ce parti d'entraîner à nouveau le pays dans une guerre. « Nous l’avons dit dès le départ : cette guerre de soutien ne profitera pas à Gaza, et nuira gravement au Liban. (...) Les trois quarts des Libanais sont contre cette logique, mais le Hezbollah s’y accroche coûte que coûte », a-t-il dénoncé.
Quant aux dernières déclarations de Kassem, qui avait affirmé jeudi que les armes de sa formation étaient « destinées à résister à Israël, pas à l’intérieur du pays », M. Geagea a évoqué l'attitude adoptée par le Hezbollah la dernière fois que la pérennité de son arsenal avait été sérieusement remise en question. « Nous n’avons jamais oublié le 7 mai (2008) », a-t-il dit, en référence au coup de force alors mené par le parti chiite dans la capitale. « Nous ne voulons plus de milices, ni de logique de milice. Nous voulons une vraie République ».
Le chef des FL a enfin déclaré, à l'intention des deux têtes de l'exécutif, qu'il était temps de « prendre des décisions claires et souveraines ». « Le président jouit d’une pleine légitimité, la Chambre a accordé sa confiance au gouvernement à deux reprises. Qu’ils agissent. Le Liban ne peut plus continuer dans cet état de paralysie », a-t-il clamé, dans la lignée des récentes déclarations de l'ancien président Michel Sleiman.
Position inédite de Tony Frangié
Cette prise de parole de M. Geagea intervient à quelques jours de la séance parlementaire programmée mardi 5 août, pour «traduire concrètement les grandes lignes du discours présidentiel» de Joseph Aoun lors de son investiture le 9 janvier 2025. Jeudi, à l'occasion de la Fête de l'Armée, le président libanais avait assuré que l'État, soumis à une intense pression américaine, était déterminé à « retirer les armes de tous les groupes armés, y compris le Hezbollah, et les remettre à l'armée libanaise ».
« Cette séance doit établir un calendrier clair pour remettre les armes à l’État », a déclaré le ministre de l'Agriculture, Nizar Hani, dans une interview à la radio Sawt Kol Lubnan. « L’armée fait un travail considérable dans le Sud, elle a déjà pris possession de centaines de positions et de dépôts d’armes, ce qui confirme un transfert progressif et effectif du monopole des armes vers l’État libanais », a-t-il affirmé. Interrogé sur le positionnement du Hezbollah, M. Hani a reconnu le rôle joué par le parti dans la libération du territoire, mais a souligné que « désormais, seul l’État doit être habilité à décider de la guerre ou de la paix ».
Cette position a été également partagée par les députés Tony Frangié (Marada) - pourtant allié du Hezbollah - et Ibrahim Kanaan (ex-aouniste). « Nous avons besoin de concentrer les armes entre les mains de l’État et de l’armée, et de reconstituer cette dernière, en commençant par améliorer la situation des militaires, puis en renforçant son équipement et son armement. Cela permettra véritablement à cette institution de protéger le Liban, ses frontières avec Israël, ainsi que de le défendre face à toute menace possible », a affirmé le premier samedi lors d’une rencontre á Ehden avec des expatriés. S’exprimant sur la chaîne LBCI, le second a déclaré que « remettre les armes à l’armée libanaise n’est pas une perte, car l’armée est la nôtre, et elle est la colonne vertébrale de la souveraineté et de la stabilité ».
De son côté, le député Marwan Hamadé (Rencontre démocratique), s'est voulu plus nuancé quant à l'issue de la séance parlementaire. Selon lui, le président Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam « tenteront de faire émerger un compromis qui ne satisfera personne, et pourrait même provoquer de nouvelles tensions ». , a-t-il estimé. « Il faut être réaliste, il ne s’agit pas de défier la communauté chiite, mais de dire la vérité au Hezbollah : il est temps de remettre les armes à l’État. Ce matériel peut être confisqué, détruit, ou retourné à l’Iran », a-t-il lancé sur la radio Liban Libre.
Il a toutefois reconnu que le parti chiite avait raison de réclamer, en échange d'un éventuel désarmement, « le retrait israélien des cinq points frontaliers et l’arrêt des assassinats ciblés ». « Il faut une solution acceptable en interne comme à l’étranger. Le gouvernement doit offrir des garanties et obtenir la fin des agressions (israéliennes) et des assassinats, et assurer le retour des prisonniers », a-t-il poursuivi.
« Oser armer l'armée libanaise », selon Jachi
Dans le camp chiite, le député Ali Ammar, membre du bloc parlementaire du Hezbollah, n'a pas semblé plus ouvert à l'idée du désarmement, selon des propos tenus lors d’une cérémonie commémorant le premier anniversaire de la mort de Fouad Chokr, commandant de la branche armée du parti tué dans une frappe israélienne, dans la banlieue sud de Beyrouth. « L’aviation israélienne poursuit ses raids et ses agressions dans le Sud, la Békaa et la banlieue sud, mais dans le même temps, elle est incapable de déraciner la résistance, cette forteresse profondément ancrée, dont les racines plongent dans l’arbre du (prophète) Mohammad et de sa famille », a-t-il déclaré, alors que l'aviation israélienne a mené de nouveaux raids meurtriers vendredi ayant fait quatre morts au Liban-Sud. « L’ennemi israélien continue d’exercer quotidiennement son agressivité contre nous, après la grande guerre qu’il a lancée l’an dernier. (...) Nous avons remporté cette bataille, clairement et sans ambiguïté. La preuve en est notre rassemblement aujourd’hui autour de ces martyrs, dont nous bénéficions de l’ombre et de l’âme », a-t-il ajouté.
Dans le même temps, lors d’une cérémonie à Aitaroun en hommage à un membre du Hezbollah tué par Israël, le député du Hezbollah Hussein Jachi a appelé à « oser prendre la décision d’armer l’armée libanaise afin qu’elle soit capable de protéger le territoire et la souveraineté ». « Demander à la résistance de renoncer à son arme sans qu’il y ait une alternative réelle constitue une invitation manifeste à la capitulation », a-t-il estimé, alors que le déploiement de 10 000 soldats de l'armée libanaise au sud du fleuve Litani doit s'accompagner de nouvelles capacités en termes d'armement financées par les donateurs internationaux.
De son côté, le mufti jaafarite de Tyr, cheikh Hassan Abdallah, a affirmé que « les agressions israéliennes répétées contre le Sud, ainsi que leurs violations flagrantes de la résolution 1701, démontrent que l’ennemi ne respecte pas les résolutions internationales et adopte une politique de fuite en avant à chaque fois que ses crises internes s’aggravent ». Il a enfin appelé à «l’unité de la position libanaise et au soutien unanime à l’armée libanaise, afin qu’elle étende son autorité sur chaque point où l’ennemi israélien est présent ou menace », lors d’une déclaration faite à Dar el-Fatwa jaafarite de Tyr, au Liban-Sud.





Bonjour, Le verbe "exhorter" est un verbe transitif direct. Il se construit avec un complément d'objet direct qui est la personne ou la chose que l'on exhorte, sans préposition. Votre article du samedi 2 août et dimanche 3 août 2025 dit: « Il est temps de remettre les armes à l’État », exhorte l'opposition au Hezbollah'. On ne peut pas dire "Exhorter à quelqu'un". Cet usage est fautif.
12 h 04, le 03 août 2025