Les événements dans la région ont pris une telle tournure qui a dérouté tous les pseudo-spécialistes au point que les pays concernés se retrouvent confrontés à un défi existentiel.
Pour le Liban, la seule solution possible passe obligatoirement par un préalable, la reconstitution d’une unité nationale. Nous avons besoin de nous retrouver dans un sursaut de survie et nous n’avons certainement pas besoin de sujets supplémentaires de division que nous avons pris l’habitude de définir comme verticale, c’est-à-dire touchant la société dans ses strates et structurant deux lignes inconciliables.
Or la loi électorale exhumée dernièrement est l’exemple même de cette dérive et de l’exploitation électoraliste et politicienne. Elle l’est par ignorance, au mieux, ou par instrumentalisation.
Pourtant le problème mérite un examen serein et responsable.
La diaspora, puisque c’est d’elle qu’il s’agit et dont on prétend défendre les droits, est faite de strates nées des vagues successives d’émigration. Il y a en effet une partie, en général, récente qui continue de vivre à l’heure libanaise et de partager les heurs et malheurs du pays mais aussi de reproduire les mêmes clivages politiciens mâtinés d’une dose d’affectivité propre à l’éloignement.
Mais il y a aussi une partie, et c’est numériquement la plus importante, que nous avons du mal à mobiliser malgré les actions continues et formidables d’organismes comme « l’Intichar » émanation du patriarcat et de la ligue maronites, ou encore l’ULCM ou autres.
Il en ressort une première constatation que les sujets d’intérêt ne sont pas forcément les mêmes dans les deux cas. Il est légitime de penser que certains Libanais absents depuis des générations aient plutôt besoin de pouvoir évoquer des problèmes spécifiques à la diaspora, formalités, garanties, liens avec le pays d’accueil, etc. C’est une problématique que la France, par exemple, a retenue leur réservant une possibilité de représentation spécifique. Une telle approche a été retenue dans notre loi électorale, malheureusement incomplète.
Mais les discours populistes libanais se sont empressés d’y voir un déni de démocratie, un affront à la diaspora, voire une mesure illégale et anticonstitutionnelle. Peut-on réellement croire à ces accusations quand un pays phare comme la France a adopté ces mesures ?
L’approche sereine devrait se concentrer sur l’intérêt du Liban et de ses émigrés et pour cela tenir compte des diverses positions et craintes, quand elles sont légitimes, et aussi de l’état de la diaspora.
En revenant aux fondamentaux, trois actions fondent toute solution rationnelle.
L’inscription sur les listes électorales est une base du système électoral. Il s’agit donc en priorité pour chaque candidat électeur de s’inscrire sur une liste électorale et dans notre cas soit celle de sa commune de naissance au Liban, ce qui lui permettra de participer à l’élection des 128 députés, soit celle de son pays de résidence, en l’occurrence au consulat du Liban le plus proche de sa résidence, où il pourra participer à l’élection des six députés
Ensuite le vote par procuration. Il est indispensable d’ouvrir cette possibilité aux seuls non-résidents qui veulent voter dans leur circonscription de naissance. C’est plus simple que de demander aux consulats déjà avec peu de moyens de tenir plusieurs registres. Les votants auront ainsi un délai pour se présenter au consulat, ils le feront à leur convenance sans engorger les bureaux le jour du vote. Seules les procurations délivrées par les ambassades à l’étranger seront recevables.
Enfin, pour ceux inscrits sur les listes du consulat de leur résidence, ils devront choisir parmi les candidats pour les six sièges réservés à l’expatriation. Ils connaissent en général ces candidats ou en tout cas ils partagent les mêmes soucis de l’expatriation et des besoins spécifiques.
Cette proposition, outre sa simplicité, aura le mérite de satisfaire le plus grand nombre d’expatriés et surtout de désamorcer une polémique inutile.
Ancien ministre

