Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Au-delà du militant... l’artiste

On peut ne pas être de Ras Beyrouth, ne pas être communiste, encore moins guévariste. On peut ne pas avoir applaudi la chute de Saigon ou pleuré la fin de la RDA. Ne pas être un gauchiste de salon, un pseudo-intellectuel ou un artiste de la rue Hamra, un de ceux du Baromètre ou de T-Marbouta... On peut ne pas être tout cela et pourtant s’attrister de la perte d’un homme, que serait-ce d’un grand homme, d’un artiste. Je ne partageais ni ses idées ni ses engagements politiques. Je n’ai jamais brandi le drapeau rouge, ni arboré la faucille et le marteau, ni acclamé ses illusions anti-impérialistes ou son anti-américanisme virulent, et pourtant, je ne peux que constater le vide qu’il laisse. Il est mort. Et avec lui, c’est un pan entier de la culture libanaise qui vacille.

Ziad Rahbani n’était pas qu’un nom, pas seulement le fils de la diva Feyrouz et du génial Assi Rahbani. Il était une voix, une dissonance dans le tumulte, un pianiste qui cogne autant sur les touches que sur les vérités. Il était ce rebelle fatigué, cet éternel cynique qui ne s’est jamais tu. Il disait tout haut ce que d’autres n’osaient même pas penser. Il faisait rire, il faisait honte, il faisait réfléchir. Il ne cherchait pas à plaire, encore moins à se faire aimer. Il n’était pas prophète. Il se voulait conscience, celle qui dérange, celle qui fait exister. Ses pièces de théâtre, ses répliques, ses compositions sont gravées dans la mémoire de plusieurs générations de Libanais, bien au-delà de toute idéologie, car on pouvait être en désaccord avec ses engagements et ses positions politiques, et malgré tout, ressentir aujourd’hui une immense tristesse car, sans pleurer la mort du militant, on peut regretter la perte de l’artiste qui n’a pas cherché à faire carrière dans la facilité ou dans le consensus, un artiste qui a construit sa légitimité à coups de talent brut, d’ironie tranchante et de lucidité douloureuse. Ziad Rahbani, c’était la part d’irrévérence qui manque tant à ce pays anesthésié par le conformisme et les appartenances tribales ou religieuses. Il n’appartenait à personne, sinon à cette culture libanaise qui ose encore parfois être insolente, libre, drôle et surtout vraie.

Non, je ne suis pas communiste, je ne sillonne pas la rue Hamra, et pourtant je peux me permettre d’être triste. Ziad Rahbani est mort et cela suffit pour que l’on regrette l’artiste.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

On peut ne pas être de Ras Beyrouth, ne pas être communiste, encore moins guévariste. On peut ne pas avoir applaudi la chute de Saigon ou pleuré la fin de la RDA. Ne pas être un gauchiste de salon, un pseudo-intellectuel ou un artiste de la rue Hamra, un de ceux du Baromètre ou de T-Marbouta... On peut ne pas être tout cela et pourtant s’attrister de la perte d’un homme, que serait-ce d’un grand homme, d’un artiste. Je ne partageais ni ses idées ni ses engagements politiques. Je n’ai jamais brandi le drapeau rouge, ni arboré la faucille et le marteau, ni acclamé ses illusions anti-impérialistes ou son anti-américanisme virulent, et pourtant, je ne peux que constater le vide qu’il laisse. Il est mort. Et avec lui, c’est un pan entier de la culture libanaise qui vacille. Ziad Rahbani n’était pas qu’un nom,...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut