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Culture - Evénement

« La Nuit des musées » : quand le Liban rouvre les portes de sa mémoire, le temps d’un soir

Une soirée, des établissements ouverts à tous et une foule au rendez-vous, malgré la chaleur, les embouteillages et les files d’attente.

« La Nuit des musées » : quand le Liban rouvre les portes de sa mémoire, le temps d’un soir

Au musée Mim : un univers minéral, constellé de cristaux et de pierres précieuses. Nicolas Frakes/L'Orient-Le Jour

À 18h30, le soleil baignait encore de lumière dorée les colonnes du Musée national de Beyrouth. Déjà, une foule s’était massée devant l’entrée : des familles venues des quatre coins du Liban, des étudiants, des couples âgés, des enfants en tenue de scouts. Raya, une adolescente venue de Tripoli, souriait malgré la chaleur. « C’est la première fois que je viens ici. J’espère qu’ils referont ça chaque année », confiait-elle avec enthousiasme.

Des bus alignés attendaient les visiteurs. Gratuits pour le public, les journalistes et les curieux, ils se remplissaient en quelques minutes à peine. On ne se rendait plus seulement au musée – c’était devenu un événement. Comme avant un concert, l’excitation flottait dans l’air.

Mais Beyrouth reste fidèle à elle-même. La circulation a ralenti notre tournée de presse censée relier plusieurs institutions. Le programme s’est effondré, les musées sont restés lointains, jusqu’à ce que nous soyons de retour juste à temps pour l’inauguration officielle à 20h30.

Au cœur de la foule, le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, assistait au lancement de « La Nuit des musées », une initiative conjointe du ministère et de la Direction générale des antiquités. Sur la façade du musée national, une projection 3D faisait danser l’histoire du Liban sur la pierre romaine. La séquence s'est achevée par un hommage musical à Ziad Rahbani, disparu quelques jours plus tôt. La tristesse a laissé place à la joie : des inconnus ont entonné ses chansons, une vieille dame a applaudi, le ministre s’est même mis à danser.

« Cette année, Ghassan Salamé a tenu à relancer cette initiative non seulement pour rouvrir les portes des musées, mais aussi pour rouvrir symboliquement l’accès à la culture », explique Nadim Choueiri, conseiller au ministère. « L’événement est gratuit et accessible à tous. Et cette accessibilité est essentielle. »

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Des statues aux minéraux

Les deux premières étapes de la soirée se jouaient à quelques mètres l’une de l’autre : le Musée national de Beyrouth et le Pavillon Nuhad Es-Said pour la culture, suivis du Mim – le musée des minéraux, niché à l’USJ.

Le musée national était plein. L’ambiance y était animée mais respectueuse. Des enfants glissaient entre les sculptures, des adolescents se prenaient en photo devant des tombes antiques. Une bénévole racontait l’histoire d’un sarcophage phénicien à deux lycéens captivés.

Au Musée national de Beyrouth, la foule d'un seul soir. Nicolas Frakes/L'Orient-Le Jour
Au Musée national de Beyrouth, la foule d'un seul soir. Nicolas Frakes/L'Orient-Le Jour


En face, le musée Mim proposait une expérience radicalement différente : un univers minéral, constellé de cristaux et de pierres précieuses. Dans leurs vitrines éclairées, les gemmes scintillaient comme des galaxies. Un enfant demandait à son père si les pierres pouvaient grandir, tandis que deux fillettes débattaient de leur couleur favorite.

« Chaque musée participant a été encouragé à imaginer sa propre programmation, précise Nadim Choueiri. Cette diversité reflète la richesse du paysage culturel libanais. »

L’or en balance

Lorsque nous avons atteint Hamra, dernier arrêt de notre tournée, il était déjà 22h. Mais le musée de la Banque du Liban accueillait encore les visiteurs. Et c’était, sans doute, le musée le plus inattendu de la soirée. Habituellement fermé au public, il expose des monnaies venues de toutes les époques : pièces ottomanes, premières livres libanaises, projections numériques futuristes. Des visiteurs interagissaient avec des écrans tactiles retraçant l’histoire des devises.

À une station, une balance numérique mesurait le poids – non en kilos, mais en or. « Viens essayer ! », criait un garçon à sa mère. Autour de lui, les gens riaient, comparaient leurs valeurs.

Lana, une fillette, répondait fièrement à un quiz pendant que sa mère la filmait. Un homme âgé nous glissa : « Je suis venu à cette Nuit des musées il y a des années. C’est différent maintenant. Mais je suis content d’avoir fait le chemin. Ça valait le coup. » Une employée du musée confie : « Avant la crise, on ouvrait souvent. Mais ensuite, tout s’est arrêté. Ce soir, c’est une rare parenthèse. »

Une seule nuit ne suffit pas

Le musée national a offert l’ouverture la plus spectaculaire – une mise en scène lumineuse, symbolique, solennelle. Mais celui de la Banque du Liban, avec sa rareté et son atmosphère intimiste, a été une surprise délicieuse. Comme le secret d’un lieu enfin révélé.

Malgré l’enthousiasme, la soirée n’a pas échappé aux critiques. Quatre heures – de 19h à 23h – se sont avérées insuffisantes. Entre les bouchons, les rotations lentes des bus et les longues files d’attente, la majorité des visiteurs n’ont pu explorer que deux ou trois musées. Nous en avions prévu cinq. Nous en avons vu quatre. Et les musées de Jbeil, Tripoli, Saïda ? Et ceux qui ont attendu un bus qui n’est jamais venu ?

La cerise sur le gâteau ? Certains journalistes, pourtant invités à se garer dans une zone dédiée, ont retrouvé des contraventions sur leurs pare-brises. Une fin amère pour une soirée censée être gratuite et ouverte à tous.

Et pourtant, les gens sont restés. « Ça change de l’ordinaire. Ça rassemble », confiait une visiteuse.

« Cette nuit envoie un message fort : la culture est encore là, vivante et accessible, affirme Nadim Choueiri. Nous voulons changer la manière dont les gens perçoivent les musées – ce ne sont pas des lieux figés ou académiques. Des événements comme celui-ci, festifs, joyeux et gratuits, permettent de tisser un lien plus intime. Une première expérience heureuse, c’est souvent une promesse de retour. »

Et si on laissait les portes ouvertes ?

En quittant le musée de Hamra, nous avons vu une petite fille tirer la manche de son père : « On peut revenir demain ? » Elle ignorait encore que cette fête n’aurait pas de lendemain. Mais son souhait – simple, limpide – disait tout.

Cette nuit a prouvé une chose : le public a soif d’espaces culturels, de mémoire et de moments partagés, sans barrière financière. Alors pourquoi se limiter à une nuit ? La prochaine fois, offrons un jour. Un week-end. Ou davantage.

Car la culture ne vit pas dans le silence. Elle vit dans les voix qui bravent le couvre-feu, dans les enfants qui découvrent et dans les inconnus qui dansent sous une projection d’histoire. Elle vit dans le désir de revenir.

À 18h30, le soleil baignait encore de lumière dorée les colonnes du Musée national de Beyrouth. Déjà, une foule s’était massée devant l’entrée : des familles venues des quatre coins du Liban, des étudiants, des couples âgés, des enfants en tenue de scouts. Raya, une adolescente venue de Tripoli, souriait malgré la chaleur. « C’est la première fois que je viens ici. J’espère qu’ils referont ça chaque année », confiait-elle avec enthousiasme.Des bus alignés attendaient les visiteurs. Gratuits pour le public, les journalistes et les curieux, ils se remplissaient en quelques minutes à peine. On ne se rendait plus seulement au musée – c’était devenu un événement. Comme avant un concert, l’excitation flottait dans l’air.Mais Beyrouth reste fidèle à elle-même. La circulation a ralenti notre tournée...
commentaires (1)

Excellent ! Bravo à cette belle initiative et content que le public ait été au rdv. Cela montre que les Libanais sont avides de culture.

K1000

11 h 33, le 31 juillet 2025

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Commentaires (1)

  • Excellent ! Bravo à cette belle initiative et content que le public ait été au rdv. Cela montre que les Libanais sont avides de culture.

    K1000

    11 h 33, le 31 juillet 2025

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