L'une des œuvres exposées dans le cadre de l'exposition « Where is my Mind » des artistes Joana Hadjithomas et Khalil Joreige au Musée Sursock. Photo Christopher Baaklini/Musée Sursock
À l’occasion de la Nuit des musées», 24 musées répartis dans cinq villes (Tripoli, Jbeil, Jounieh, Beyrouth et Saïda) ouvriront ce soir gratuitement leurs portes de 19 à 23 heures, des bus assurant la navette depuis la capitale. En amont de l’événement, L’Orient Today a demandé aux conservateurs de trois musées de désigner celle qu’il ne faut absolument pas manquer dans leur établissement... photo à l'appui !
Le « Colosse » de Byblos au musée national
Découvert à Byblos (Jbeil) en 1926, le Colosse est une imposante statue de style égyptien qui veille sur le musée national de Beyrouth depuis son ouverture en 1942. Autrefois membre d’un trio gardant un bassin sacré, il est le seul à avoir survécu intact à l’époque du bronze.
« C’est le gardien du sanctuaire », explique Tania Zaven, directrice du Mont-Liban nord à la Direction générale des antiquités. « Le musée est lui-même un lieu sacré. Le passé du Liban est ici, et nous essayons tous de le protéger. C’est du moins ce que je ressens chaque fois que j’entre dans ce lieu. »

Le colosse de calcaire, large d’épaules, a été brûlé durant la guerre civile (1975-1990), puis enfermé dans des caisses de ciment pour le protéger. « Couvert puis découvert, couvert puis découvert, et il tient toujours debout, il est toujours là ! » s’enthousiasme-t-elle. « Il nous protège… et il est témoin de tout. »
L'exposition « Where is my Mind ? » à Sursock
Au musée Sursock, à Beyrouth, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige présentent une nouvelle collection qui réunit près de dix ans d’œuvres multimédias. En parallèle à une rétrospective de leurs films au cinéma Metropolis, « Where is my Mind ? » est une collaboration avec des archéologues, géologues et historiens.

C’est leur première exposition depuis 2012, et une rare exposition personnelle, indique la commissaire Karina Helou, alors même que le duo libanais jouit d’une reconnaissance internationale. Issus d’une lignée de réfugiés palestiniens, grecs et syriens, ces artistes aux multiples facettes restent néanmoins enracinés dans l’héritage libanais, et la vaste collection présentée s’inspire de leur talent de conteur. Initialement prévue avant l’explosion au port de Beyrouth du 4 août 2020, l’exposition a été repensée pour explorer l’art comme forme de transcendance. « Il s’agit de poésie, de beauté, de l’art comme moyen de surmonter le chaos », estime Karina Helou.
Le verre brisé du musée archéologique de l’AUB
Le 4-Août a réduit en poussière une grande partie de la collection de verre du musée archéologique de l’Université américaine de Beyrouth (AUB) – situé à quelque trois kilomètres de l’épicentre de l'explosion. « Au lieu de tout jeter, nous avons trié les éclats, mêlés aux débris des vitrines et des fenêtres », raconte la conservatrice Nadine Panayot. Sur les 72 objets en verre projetés au sol, 28 ont pu être restaurés, dont huit envoyés au British Museum pour être rassemblés, puis exposés dans le cadre de « The Shattered Glass of Beirut », une exposition ayant battu des records d’affluence avant de voyager en Chine et au Japon.

« Ce ne sont que des vases en verre, rien de particulier, datant de la période romaine au Moyen Âge », précise-t-elle. Ce n’étaient pas les objets eux-mêmes qui attiraient les visiteurs, mais l’histoire de leurs fissures, que la conservatrice a choisi de laisser visibles, au lieu de masquer avec de la résine. « Je voulais garder les cicatrices. » Ils sont désormais de retour à Beyrouth, exposés au public.
Les musées participants à Beyrouth : musée national de Beyrouth ; musée Sursock ; musée archéologique de l’AUB ; musée de géologie de l’AUB ; musée des minéraux de l’USJ ; musée de la préhistoire de l’USJ ; bibliothèque orientale de l’USJ ; musée de la Banque du Liban ; galerie de l’Institut français du Liban ; villa Audi ; et pavillon Nuhad es-Said pour la culture.
Les musées participants hors de Beyrouth : à Tripoli, musée de la citadelle Saint-Gilles ; à Jbeil, musée Aram Bezikian des orphelins du génocide arménien, musée du site de Byblos, musée des fossiles marins, Fondation Pepe Abed, MACAM et Fondation Louis Cardahi de la LAU ; à Jounieh, le musée de l’USEK ; et à Saïda, le palais Debbane, le Khan al-Franj, le musée du savon, le hammam al-Jadeed et le Khan Sacy.

