Interrogez tout accro à la course hippique, il vous confiera volontiers que dans certains cas, c’est en pariant contre toute probabilité sur l’outsider – le cheval le moins coté – que l’on réussit le coup de sa vie. Ce même flirt avec le risque et ses éventuels profits, on le retrouve aussi dans des domaines aussi peu ludiques que la politique et la diplomatie ; la tentation du pari hasardeux peut même se muer alors en impérieuse nécessité.
Coprésidée par la France et l’Arabie saoudite, la conférence internationale pour l’admission d’un État de Palestine qui s’est tenue en début de semaine à l’ONU en est l’exemple le plus récent. Paris a longtemps différé sa décision de reconnaître un tel État, qui d’ailleurs n’existe encore que sur le papier, préférant attendre pour cela la conjoncture adéquate : celle où une telle reconnaissance aurait un impact optimal. Mais qu’est-ce qui a donc changé et en quoi la conjoncture actuelle pourrait-elle donc passer pour idéale, ou même seulement pour favorable ? Forts de leur droit de veto, affichant plus ostensiblement que jamais leur criante partialité pour Israël, les États-Unis restent immuablement détenteurs du sésame qui ouvrirait aux Palestiniens l’accès à la dignité étatique. Non contents de boycotter la conférence, les Américains ont d’ailleurs vu dans l’initiative d’Emmanuel Macron un grossier coup de pub, aussi improductif qu’inopportun.
Mais à bien y réfléchir, n’est-ce pas précisément quand l’horizon est totalement bouché par les nuages diplomatiques et la fumée des champs de bataille que s’impose avec le plus de détermination la recherche effrénée d’une trouée salvatrice ? Pour s’y résoudre, fallait-il plutôt attendre que Trump et Netanyahu aient quitté la scène, que les Israéliens aient fini de coloniser la Cisjordanie, que les habitants de Gaza soient tous morts sous les bombes ou alors de faim, pour remettre sur le tapis le seul règlement logique et équitable de la question de Palestine ?
Par un singulier concours de circonstances, c’est ce même type d’interrogations qui s’impose aujourd’hui aux Libanais. Rassembler plus d’une centaine de pays au palais de verre de l’ONU autour de la solution à deux États n’était pas une mince affaire. Plus délicat et laborieux pourtant se sera avéré le processus consistant à réunir deux douzaines de ministres libanais avec, en bonne place au menu, le dossier de l’arsenal du Hezbollah : ce sera chose faite dès la semaine prochaine, a promis mardi le Premier ministre Nawaf Salam. Reste à savoir si la séance projetée débouchera ou non sur un document formalisant de la plus explicite des manières la volonté de l’État de s’assurer le monopole de la détention des armes. Il est vrai que ce point capital est déjà consigné dans le programme du cabinet. Mais s’il est devenu nécessaire de mettre les points sur lesi, de dissiper toute équivoque en engageant solidairement à cette fin un organe exécutif incluant des proches du Hezbollah, c’est parce que le facteur temps, avec sa proverbiale capacité d’érosion, est venu, comme pour l’État de Palestine, peser sur la balance. Et appuyer sur l’accélérateur.
Car la discrète négociation menée avec la milice par le président de la République n’a pas obtenu à ce jour les résultats escomptés. À l’impatience très évidente du médiateur américain s’est ajoutée celle, non moins vive, d’une grande partie des forces politiques locales. De responsabiliser le gouvernement peut-il aider à mettre fin au double langage que persiste à tenir un Hezbollah demeuré fidèle à son obédience iranienne ? Les paris sont ouverts.
Issa GORAIEB


