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Lifestyle - La Mémoire Des Podiums (4/6)

Vivienne Westwood : émancipation, sexe et pouvoir dans le Swinging London

Cet été, « L’Orient-Le Jour » vous propose de revisiter six collections de couture mythiques qui, chacune à sa manière, ont révolutionné les codes de la fashion sphère contemporaine. Pour ce quatrième numéro, concentration optimale sur la reine grunge des nuits londoniennes.

Vivienne Westwood : émancipation, sexe et pouvoir dans le Swinging London

Vivienne Westwood et son conjoint Malcolm McLaren au moment de la présentation de la première collection. Photo d'archives AFP

17 mars 1981. À l’Olympia Exhibition Centre, le Tout-Londres retient son souffle alors que Vivienne Westwood et Malcolm McLaren s’apprêtent à lancer une bombe à paillettes dans le monde policé de la mode. Finis les clous et les crêtes de punk. Ce soir-là, le couple hisse les voiles vers un empire où les corsaires croisent les dandys du XVIIIe siècle et les bandits de grand style, les héros perdus de l’histoire. Chemises bouffantes, vestes brodées, pantalons oversize et tricorne vissé sur la tête : le vestiaire s’embrase dans un tourbillon baroque. Ce n’est plus un show, mais un abordage avec Vivienne en maîtresse de navire. La mode a enfin changé de capitaine.

Pirates, dandys et fantômes du passé

Depuis l’ouverture des eighties, l’époque attend son frisson d’aventure. Alors que l’Angleterre s’enlise dans le conservatisme sous Margaret Thatcher, McLaren et Westwood rêvent de saborder le protocole. Pour les besoins de la collection à venir, le premier plonge dans l’univers déjanté du film The Island, peuplé de pirates hors la loi, tandis que Westwood, ancienne institutrice devenue styliste, fouille dans les archives du XVIIIe siècle pour réinventer un paysage enfoui. Autodidacte, elle ne suit aucune école pour transformer l’histoire en matière explosive de création. De ce feu naît « Pirate », voulu comme un carnaval érudit, un manifeste déguisé.

Sur les podiums de Westwood, danse et sourires remplacent la morosité habituelle des défilés. Photo d’archives AFP
Sur les podiums de Westwood, danse et sourires remplacent la morosité habituelle des défilés. Photo d’archives AFP


De ces modes répétitives et figées, Westwood choisit le chaos. Au même moment à New York, Calvin Klein impose son minimalisme clinique, tandis qu’Armani redessine Milan en camaïeux de beige. C’est donc dans ce décor immobile que la petite Vivienne venue d’un village paumé fait irruption. Avant « Pirate », elle et Malcolm McLaren secouaient déjà la vieille Albion avec SEX, leur boutique-choc où la mode flirtait avec la provocation brute de l’underground londonien…

Car dans l’ombre électrique des nuits de la capitale britannique, la scène et la rue fusionnent en un même mouvement et le Blitz Club, considéré comme le berceau d’une révolution esthétique, en reste l’emblème. Lieu mythique et refuge des avant-gardes punk et new romantic, il voit défiler des créatures incandescentes et icônes émergentes, des silhouettes grunge et des visages magnifiés.

Attentive et très présente au Blitz, Vivienne Westwood y explore les récits de corsaires en déconstruisant toute intuition pour son défilé princeps. Et ça marche. Le choc est immédiat. Le look d’ouverture, un pantalon bouffant à rayures porté au-dessus d’une chemise à jabot imprimée et couronnée d’un chapeau, ouvre la marche d’un théâtre de silhouettes exagérées, oniriques, insolentes. Androgyne, chaque figure devient fluide, glorifiée, libre, peu importe le genre.

Androgyne, effrontée et libre est et reste la femme Westwood. Photo d’archives AFP
Androgyne, effrontée et libre est et reste la femme Westwood. Photo d’archives AFP


Avec ce premier défilé, elle ne se contente plus d’habiller : elle revendique, insufflant à ses pièces maîtresses une énergie brute au cœur d’une tempête joyeusement anarchique. Derrière les idées fantasques de son compagnon Malcolm McLaren, c’est elle qui dessine, coupe, coud et pense. Elle traduit le tumulte en silhouettes, le passé en visions. Mais l’équilibre est fragile. Très vite, elle comprend qu’un navire ne peut avoir qu’un seul capitaine. Quelques mois après le show, elle quitte McLaren — compagnon d’une vie d’excès, trublion à l’ego débordant. Elle veut désormais créer seule, signer seule et être reconnue pour ce qu’elle est déjà : une femme de vision. « Malcolm avait des idées, mais c’est moi qui les réalisait. Je voulais que l’on voie que j’étais capable de penser par moi-même », confiera-t-elle bien plus tard dans un magazine.

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« Pirate » devient alors doublement historique. Non seulement rompt-il avec les tendances de son époque, mais il marque aussi le moment où Vivienne Westwood arrache les voiles, largue les amarres et prend seule le gouvernail de sa propre légende.

Et quarante ans plus tard, les tendances lancées par la maîtresse de la nuit continuent d’embrasser l’imaginaire. Elle-même revient à cette veine Buccaneer dans ses collections de 1993-1994, y retrouvant une énergie fiévreuse et indisciplinée. Dans le même élan, John Galliano explore lui aussi ce royaume, distillant dans ses créations de 1993 une brise d’aventure et de théâtre – preuve que cette révolte masquée n’a jamais cessé de hanter les sphères de la haute couture. Car chez Vivienne Westwood, se draper n’a jamais été une échappatoire : c’est une manière d’entrer dans le monde... en meneuse.

Après la tempête, l’empire

« Pirate » n’est que le premier coup de canon. Ce feu d’artifice propulse Vivienne Westwood sur une trajectoire toujours plus audacieuse et raffinée. Corsets rococo, tartans réinventés entre deux clins d’œil à la royauté et l’insoumission, elle bâtit un univers radical, vibrant, indomptable.

Tout au long des années, elle garde intacte sa singularité, refusant que les modes ou les influences extérieures lui dictent sa créativité. Vivienne reste fidèle à sa vision, palpitant au rythme de son propre tempo, jusqu’à ses derniers jours, ne cédant jamais à la facilité ni à la répétition. Depuis sa disparition en décembre 2022, Andreas Kronthaler, son compagnon et complice artistique, a repris le flambeau avec la même passion, entre loyauté aux racines et explorations renouvelées, pour continuer à faire vivre et grandir l’esprit Westwood.

Les tenues masculines de la première collection de Vivienne Westwood. Photo d’archives AFP
Les tenues masculines de la première collection de Vivienne Westwood. Photo d’archives AFP


Comment recréer le rêve en 2025 ?

S’habiller comme un flibustier des temps modernes ? Facile, à condition d’oser. Car l’esprit Pirate, c’est moins une posture statique qu’une poussée vivante : mélanger les époques, brouiller les lignes, jouer avec les codes.

Pour elle :

● Bali Top – SNDYS – 72 dollars

Une blouse diaphane aux manches longues et tissu vaporeux, qui rappelle les chemises à jabot du XVIIIᵉ siècle.

● Trista Faux Leather Pant – NBD – 165 dollars

Pantalon taille haute en faux cuir, pour une allure de duel au clair de lune.

● Faster Horses Filigree Boot – Free People – 298 dollars

Bottes brodées au caractère affirmé, idéales pour fouler le pont d’un navire imaginaire.

Pour lui :

● Karmi Long Sleeve Button Down Shirt – ALLSAINTS – 135 dollars

Une élégance trouble : col ouvert, satin léger, poignets mousquetaires.

● Aged Faux Leather Zip Pant – Advisory Board Crystals – ~240 dollars pantalon à texture vieillie, zips rebelles et allure rocambolesque.

Les accessoires (pour tous) :

● Loop Belt – petit moments – 46 dollars

Ceinture à grande boucle, esprit vintage revisité.

● Oval Pearl Station Belt – Lele Sadoughi – 130 dollars

Détails perles, éclat théâtral – plus qu’un accessoire, une signature.

Astuce : n’hésitez pas à superposer plusieurs ceintures pour créer un effet spectaculaire. Mélanger les styles, les textures et les boucles renforce l’impact visuel et accentue le côté théâtral du look. Un veston structuré, un bijou ancien, un trait de khôl si l’humeur s’y prête.

17 mars 1981. À l’Olympia Exhibition Centre, le Tout-Londres retient son souffle alors que Vivienne Westwood et Malcolm McLaren s’apprêtent à lancer une bombe à paillettes dans le monde policé de la mode. Finis les clous et les crêtes de punk. Ce soir-là, le couple hisse les voiles vers un empire où les corsaires croisent les dandys du XVIIIe siècle et les bandits de grand style, les héros perdus de l’histoire. Chemises bouffantes, vestes brodées, pantalons oversize et tricorne vissé sur la tête : le vestiaire s’embrase dans un tourbillon baroque. Ce n’est plus un show, mais un abordage avec Vivienne en maîtresse de navire. La mode a enfin changé de capitaine.Pirates, dandys et fantômes du passéDepuis l’ouverture des eighties, l’époque attend son frisson d’aventure. Alors que l’Angleterre s’enlise...
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