Rechercher
Rechercher

Lifestyle - La Mémoire Des Podiums (3/6)

Neuf jours avant son assassinat, les sages adieux de Gianni Versace

Cet été, « L’Orient-Le Jour » vous propose de revisiter six collections de couture mythiques qui, chacune à sa manière, ont révolutionné les codes de la fashion sphère contemporaine. Pour ce troisième numéro, retour sur l’ultime acte du designer milanais, bien plus sombre que d’habitude.

Neuf jours avant son assassinat, les sages adieux de Gianni Versace

Gianni Versace salue le public après son dernier défilé, en juillet 1997. Photo d'archives AFP

6 juillet 1997. L’atmosphère est feutrée, l’assistance triée sur le volet et les coulisses en ébullition. En ce soir caniculaire parisien, Gianni Versace dévoile, sans le savoir, ce qui sera sa dernière collection Haute Couture, sa révérence au monde neuf jours seulement avant d’être assassiné. Ce défilé, tout en raffinement, a, avec le recul, des allures testamentaires. Loin des shows spectaculaires auxquels il avait habitué la fashion sphère, le couturier milanais opte ici pour une présentation intimiste, dramatique, cérémoniale, où la beauté devient prière, et chaque silhouette une relique offerte par un maître au sommet de son art.

Rockstar de la mode

De ses présentations spectaculaires à ses campagnes scandaleuses, Gianni Versace rêve sa vie comme un roman et la consume comme l’une de ses clopes Vogues. Collectionneur d’art antique, il dort sous des fresques romaines et dîne entre des colonnes dorées. Sa maison à Miami, un palais néo-baroque bordé de mosaïques, de marbre et de statues grecques, reste l’un des emblèmes de ses excès.

Gianni et Naomi, inséparable duo de la mode dans les années 1990. Photo d'archives AFP
Gianni et Naomi, inséparable duo de la mode dans les années 1990. Photo d'archives AFP


Solaire, secret, généreux, excessif, il incarne l’idée que le style est une forme de résistance à l’ennui, d’arme contre l’oubli. Pour lui, la mode n’est pas une façade, mais un langage total, une célébration du corps et du pouvoir qu’il peut dégager. Il habille les femmes comme des divinités modernes : souveraines, sensuelles, inaccessibles. Dans son regard, elles ne sont ni fragiles ni décoratives — elles sont mythologiques, électrisantes, invincibles.

Obsédé par l’art, l’opéra, l’architecture et la nuit, Versace bâtit un monde où la décadence devient prestige. Ce dernier défilé, plus intériorisé mais d’une intensité rare, dévoile un Gianni à 50 ans, plus grave, presque mystique. Comme s’il troquait, l’espace d’un soir, les projecteurs contre la pénombre qui l’a longtemps rongé. À une époque où la mode privilégie la sobriété et le minimalisme froid de maisons comme Calvin Klein, Gianni Versace choisit une voie plus voyeuriste. Là où les tendances dictent l’effacement, il opte pour une omniprésence médiatique et nocturne qui lui coûtera finalement sa vie.

Les dernières œuvres d’un maître

Sous les dorures tamisées du Ritz, les icônes de la maison défilent dans un décor rococo réinventé. Naomi Campbell ouvre les festivités dans un tailleur structuré aux épaules affirmées avant de les clôturer dans une robe mini en maille argentée scintillante — un clin d’œil à la tradition des mariées en fin de couture. Aux côtés de la sulfureuse panthère britannique, Amber Valletta, Stella Tennant, Esther Cañadas (et Karen Elson, initialement prévue pour présenter la robe finale) portent toutes des silhouettes sculptées ornées de croix byzantines en cristal et de subtiles cruciformes raffinés, mêlant volumes majestueux, sensualité et rigueur.

Extravagance, luxe et luxure chez les Versace. Photo d'archives AFP
Extravagance, luxe et luxure chez les Versace. Photo d'archives AFP


Le maquillage aux yeux charbonneux, cheveux tirés en arrière, évoque un visage finement taillé, tandis que les capes portées comme des reliquaires et les corsets perlés dessinent des formes presque architectoniques. La bande sonore — sobre, dramatiquement rituelle — transporte l’audience dans un espace sacré, modelé par l’intensité de chaque passage.

Dans la salle, une constellation de célébrités illumine le front row. Claudia Schiffer, Cindy Crawford, Elton John, Sharon Stone et même… Michael Jackson — tous sont réunis pour célébrer, sans le savoir, le dernier acte du pape de la démesure européenne. Au lendemain de la présentation, la presse réagit avec retenue. Certains témoignent du choc face à ce ton plus sombre, moins flamboyant qu’à l’accoutumée, mais la majorité soulignent la sophistication du geste, saluant cette collection comme un exercice de maîtrise. L’événement, volontairement discret et peu documenté visuellement, laisse peu de traces photographiques officielles. Le silence qui l’entoure accentue son mythe bien que plusieurs pièces rares de la collection Haute Couture Automne/Hiver 1997 ont été portées par des célébrités au fil des années.

Crunge, punk, glamour, Gianni Versace mêlait les mondes et les modes. Photo d'archives AFP
Crunge, punk, glamour, Gianni Versace mêlait les mondes et les modes. Photo d'archives AFP


Elizabeth Hurley a notamment été photographiée dans un corset à croix incrustée, emblématique de ce défilé. Plus récemment, Bella Hadid a évoqué l’esprit de cette collection lors de certains événements, arborant des silhouettes sculptées et des touches ornées inspirées directement de la dernière vision de Gianni.

L’ère Donatella

Gianni Versace partageait avec sa sœur Donatella un lien profond, artistiquement intime. En bonne muse, confidente et partenaire de création, Donatella a connu la vision et l’esprit du créateur mieux que quiconque. Après le décès de son aîné abattu le 15 juillet 1997 devant sa villa de Miami par Andrew Cunanan, un tueur en série aux motivations jamais élucidées, le monde de la mode est plongé dans le deuil. Gianni est pleuré comme un génie incandescent, apprécié autant pour son esprit visionnaire que pour sa générosité.

La clôture du tristement célèbre défilé, avec Naomi Campbell en mariée moderne. Photo d'archives AFP
La clôture du tristement célèbre défilé, avec Naomi Campbell en mariée moderne. Photo d'archives AFP


La prise de relais par Donatella est accueillie avec un mélange d’émotions, admiration pour son courage, mais aussi scepticisme quant à sa capacité à préserver l’âme de la maison. Pourtant, elle parvient rapidement à rallumer la flamme Versace, insufflant sa propre énergie tout en restant fidèle à la signature de son frère. Aujourd’hui, sous la direction de Dario Vitale — ancien directeur du design de Miu-Miu nommé directeur de la création — la maison continue d’exister comme un phare puissant de glamour, mêlant patrimoine, innovation et esclandres...

Lire aussi

Seins percés et corps sculptés : la nudité revue par Thierry Mugler

Comment recréer le rêve en 2025

Réinterpréter l’esprit de la Haute Couture Automne/Hiver 1997 de Versace en 2025, c’est incarner une féminité sculpturale et magnétique, entre sensualité antique et modernité affirmée. Pour faire revivre ce rêve grandiose et intense, on mise sur des volumes marqués, des robes ajustées, des matières lumineuses et des détails symboliques.

Le soir, privilégiez des pièces qui rappellent le charisme des silhouettes du Ritz :

La Oversized Long Sleeve Shoulder Pad Mini Dress de Norma Kamali (env. 260 USD) dessine une carrure théâtrale digne de l’ouverture du show par Naomi.

La Narine Dress de Retrofête (env. 580 USD), tout en fluidité et éclat, évoque la richesse des drapés de l’époque.

La Carmine Dress de Retrofête (env. 1 250 USD) incarne la démesure couture avec ses reflets métalliques.

La Skylar Mini Dress de Michael Costello x Revolve (env. 300 USD) épouse les formes avec autorité, entre glamour et architecture.

– Enfin, la Quinn Embellished Mini Dress de Lovers and Friends (env. 360 USD) fait renaître l’esprit joaillier des broderies cruciformes du défilé.

Pour parfaire votre look, enfilez une paire de bottes hautes gainant la jambe, portées avec des collants noirs pour allonger la ligne. Côté accessoires, le bijou vedette est une croix oversize — portée au cou ou en broche — clin d’œil sacré aux pièces mythiques du show. Et pour signer la mise en beauté : un bandeau de satin dans les cheveux, un smoky eye profond, un teint nude et un port de tête altier — comme une déesse nocturne revenue des années 90.

6 juillet 1997. L’atmosphère est feutrée, l’assistance triée sur le volet et les coulisses en ébullition. En ce soir caniculaire parisien, Gianni Versace dévoile, sans le savoir, ce qui sera sa dernière collection Haute Couture, sa révérence au monde neuf jours seulement avant d’être assassiné. Ce défilé, tout en raffinement, a, avec le recul, des allures testamentaires. Loin des shows spectaculaires auxquels il avait habitué la fashion sphère, le couturier milanais opte ici pour une présentation intimiste, dramatique, cérémoniale, où la beauté devient prière, et chaque silhouette une relique offerte par un maître au sommet de son art.Rockstar de la modeDe ses présentations spectaculaires à ses campagnes scandaleuses, Gianni Versace rêve sa vie comme un roman et la consume comme l’une de ses clopes Vogues....
commentaires (1)

Ce Calabrais de talent est monté à Milan et s est vite imposé alors même qu en apparence il n en n avait les moyens (mais du talent) Bref il aurait été commandité par la n’draghette ( mafia calabraise)

Zampano

18 h 08, le 20 juillet 2025

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Ce Calabrais de talent est monté à Milan et s est vite imposé alors même qu en apparence il n en n avait les moyens (mais du talent) Bref il aurait été commandité par la n’draghette ( mafia calabraise)

    Zampano

    18 h 08, le 20 juillet 2025

Retour en haut