Le chef du Parti Kataëb, le député Samy Gemayell . Photo OLJ
Le chef du Parti Kataëb, Samy Gemayel, a estimé jeudi que la situation sécuritaire en Syrie, qui reste très instable depuis la chute du régime de Bachar el-Assad le 8 décembre dernier et son remplacement par une coalition de rebelles islamistes, ne pouvait pas justifier que le Hezbollah conserve ses armes au détriment du monopole que doit détenir l'État libanais dans ce domaine.
« Les événements en Syrie, avec les différentes violations et les massacres qui terrifient les populations, ne peuvent être utilisés comme excuse pour justifier les armes du Hezbollah au Liban », a déclaré le leader chrétien lors d'une conférence de presse à Beyrouth. Il a souligné que la Syrie ne représentait aucune menace pour le Liban, la décrivant comme « un pays en guerre civile, dont l’État est incapable de contrôler son propre territoire, y compris Soueida — et qui est donc incapable de venir au Liban ». «S’ils osaient, que Dieu nous en préserve, franchir la frontière vers le Liban, l’armée serait là pour répondre», a affirmé M. Gemayel.
Les combats à Soueida, en Syrie, qui ont fait plus de 1 300 morts, ont d’abord opposé des miliciens druzes à des tribus bédouines, avant que les forces du régime syrien n’interviennent en soutien aux Bédouins, faisant craindre un débordement du conflit au Liban. L’armée israélienne est intervenue contre les forces gouvernementales, frappant des cibles à Soueida ainsi que des sites stratégiques à Damas, dont le ministère de la Défense. Un cessez-le-feu a ensuite permis une accalmie relative dès dimanche, ramenant un calme fragile dans la région.
« Ne laissez pas la propagande venue de Syrie vous affecter ou vous effrayer. Personne ne peut préserver les composantes de ce pays, à part l’État libanais et son armée », a affirmé Samy Gemayel. « Les armes n'ont jamais été une réponse à quoi que ce soit. On nous demande toujours : comment peut-on remettre les armes alors qu’Israël n’a pas retiré ses troupes ? La réponse, c’est que les armes n’ont jamais protégé le Liban. Elles ne sont pas une solution à l’occupation israélienne, et ne nous aideront pas, bien au contraire, elles ont été l’une des raisons de la présence israélienne. Avant que ne soit ouvert le ‘front de soutien’, il n’y avait pas un seul soldat israélien au Liban ». Le front de soutien a été ouvert par le Hezbollah au Liban-Sud au lendemain du déclenchement de la guerre de Gaza le 7 octobre 2023.
Un accord de cessez-le-feu est entré en vigueur le 27 novembre dernier pour mettre fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah, qui s'était intensifiée en septembre 2024. L’accord prévoyait notamment un retrait progressif d’Israël des localités occupées au Liban-Sud, afin que l’armée libanaise puisse s’y déployer. Cependant, même après l’expiration de la période transitoire prolongée, le 18 février 2025, des soldats israéliens occupent toujours cinq points dits stratégiques et poursuivent presque quotidiennement leurs opérations militaires.
L’accord stipule que le Hezbollah doit remettre l’ensemble de son arsenal à l’armée libanaise, ce que prévoyait également la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies qui a mis fin à la guerre de 2006 entre les deux mêmes belligérants. «Nous ne pourrons pas avancer tant qu’il y a un obstacle qui empêche la construction de l’État. Aucun État ne peut être bâti lorsqu’une force armée, poursuivant une agenda régional ou idéologique, agit indépendamment de l’État et prend le pays en otage. Nous avons élu un président et formé un gouvernement, mais tout reste paralysé à tous les niveaux. Les touristes ne viennent pas, par peur des bombardements», a déclaré M. Gemayel.
La saison touristique au Liban est marquée par un mélange d’optimisme et de prudence. Bien que certains indicateurs, tels que l’augmentation du trafic à l’aéroport de Beyrouth ou l’allègement des restrictions de voyage, laissent espérer une reprise, les tensions régionales persistantes et la situation sécuritaire fragile jettent une ombre d’incertitude.
« Toute personne armée doit être soumise à la loi »
« Nous avons obtenu une reconnaissance du Parlement, à plus de 90 %, pour limiter les armes à l’armée libanaise. Ce qui s’est passé n’est pas un simple geste symbolique, mais un signal adressé à l’État, au président et au gouvernement, pour dire que le Parlement soutient cette position. Et nous encourageons l’État à s’engager selon la volonté du peuple représenté au Parlement », a encore affirmé Samy Gemayel.
« Toute personne portant une arme doit être soumise à la loi. Personne n’a de droit légitime à posséder une arme sur le sol libanais (...) Nous ne sommes ni un terrain d’essai, ni une partie du Bilad al-Cham (Levant). Nous sommes un pays appelé Liban, avec une souveraineté et une indépendance, 6 000 ans de civilisation et d’histoire, et un peuple remarquable qui brille dans le monde entier. Nous méritons un véritable État, mais cela implique de prendre nos responsabilités. Et les autres doivent nous respecter et nous traiter en conséquence », a-t-il encore dit.
Dans une déclaration antérieure, l’émissaire présidentiel américain Tom Barrack avait mis en garde : si le Liban ne prend pas de mesures — concernant les armes du Hezbollah et les réformes bloquées —, le pays risque de « retourner au Bilad al-Cham », une phrase largement interprétée comme une menace voilée de réintégration dans la sphère d’influence syrienne. Bien qu’il ait ensuite précisé ses propos, cette déclaration a suscité un tollé.
Appel à la fermeture d’al-Qard al-Hassan
Le député s'en est également pris à l’institution financière du Hezbollah, al-Qard al-Hassan, sanctionnée par les États-Unis: «Est-il acceptable qu’un système économique fonctionne en dehors du cadre de l’État sous le nom d’al-Qard al-Hassan ? Fermez cette organisation illégale qui blanchit de l’argent, renforce l’économie parallèle et expose le Liban aux sanctions, aux bombardements et à la destruction ».
Après avoir subi des frappes israéliennes et des sanctions américaines, le Hezbollah fait désormais face à une offensive économique de la part de la Banque du Liban (BDL). Dans une directive émise le 14 juillet, la BDL a interdit aux banques et institutions financières libanaises de traiter avec al-Qard al-Hassan.
Cette organisation, fondée en 1985, est utilisée par le parti-milice chiite pour accorder des microcrédits sans intérêts à ses partisans et rémunérer ses membres. C’est la première fois que la BDL cible officiellement al-Qard al-Hassan, qui figure sur la liste noire du Trésor américain depuis 2007. Tom Barrack a conclu sa visite à Beyrouth mercredi en exhortant les autorités libanaises à assumer pleinement leurs responsabilités concernant le désarmement du Hezbollah.
« Le Liban ne dispose pas d’un temps illimité. Oui, il y a un calendrier pour le démantèlement de ces armes, et c’est Israël — non Washington — qui le fixe », a souligné l'émissaire. Washington exige un plan clair et public pour le retrait des armes du Hezbollah, incluant un calendrier et des mécanismes de mise en œuvre. Le Hezbollah, de son côté, a fermement rejeté tout nouvel accord, insistant pour qu’Israël respecte d’abord les accords précédents. Le parti refuse de remettre son arsenal ou de s’engager dans un processus de désarmement.



Tout libanais n'étant pas autorisé de porter des armes devrait être envoyé dans un camp de rehabilitation.
13 h 48, le 25 juillet 2025