L’émissaire présidentiel américain Tom Barrack à Beyrouth, le 22 juillet 2025. Photo L'OLJ/Mohammad Yassine
L’émissaire présidentiel américain Tom Barrack a achevé mercredi sa visite à Beyrouth en appelant les autorités libanaises à assumer pleinement leurs responsabilités dans le dossier du désarmement du Hezbollah. Il a affirmé, dans un message sans ambiguïté, que « le Liban ne dispose pas d’un délai illimité », et que le calendrier du démantèlement des armes « est fixé par Israël, non par Washington ». « Le Liban ne dispose pas d’un délai illimité. Oui, il existe un calendrier pour leur démantèlement, et c’est Israël, non Washington, qui le fixe », a-t-il déclaré devant un groupe de journalistes mercredi soir.
Washington exige un calendrier précis et une position claire et publique concernant le retrait des armes et les modalités de sa mise en œuvre. Le Hezbollah, qui persiste dans son refus de remettre ses armes ou de fixer un calendrier à cet effet, est le plus catégorique dans son rejet d’un nouvel accord, insistant sur la nécessité d’obliger Israël à appliquer celui déjà conclu.
Dans une mise en garde directe, l’émissaire américain a estimé que l’absence de mesures concrètes ne ferait que perpétuer le statu quo actuel, caractérisé par les raids israéliens dans le Sud et les survols de drones au-dessus de Beyrouth. Il a néanmoins évoqué « une opportunité » pour le Liban, qui pourrait bénéficier de l’appui réel des États-Unis, de la France et des pays du Golfe. Mais cet appui est conditionné : « Sans application des lois, vous ne recevrez pas un centime de capitaux étrangers », a-t-il averti. « La vraie force, c’est le courage d’appliquer la loi. Sans cela, les drones et les frappes ne s’arrêteront pas. »
Tout en saluant le comportement des responsables libanais dans ce contexte délicat, M. Barrack a lancé un appel à l’action : « Le soutien américain suppose une prise de conscience de la nécessité du changement, avant qu’il ne soit trop tard. ».
Chebaa « n'a aucune valeur »
Interrogé sur la question de la normalisation avec Israël, l’émissaire a affirmé percevoir chez certains une volonté d’ouverture, bien que celle-ci ne soit pas exprimée officiellement. « Qui peut croire qu’Israël convoite le Liban ? S'il avait voulu l’annexer, il l’aurait fait depuis longtemps », a-t-il lancé. À propos des fermes occupées de Chebaa, territoire revendiqué par le Liban mais considéré comme syrien par la communauté internationale, Tom Barrack a ironisé : « Je croyais que c’était un haras du Kentucky ! C’est la plus belle terre que j’aie vue, mais pour quoi se bat-on ? Ces terres n’ont aucune valeur, elles pourraient être échangées sans difficulté. »
Les fermes de Chebaa, de quelque 14 kilomètres de long et 2 kilomètres de large, « anomalie frontalière » entre le Liban et la Syrie, considérées comme syriennes par la communauté internationale et occupées par Israël depuis 1967, sont revendiquées par le Liban depuis le retrait israélien du Liban-Sud le 25 mai 2000, alors que le Hezbollah estime que la libération du Sud reste inachevée sans récupérer ce bout du Golan.
L’émissaire américain avait averti dans une déclaration passée : « Si le Liban ne bouge pas », évoquant un possible maintien des armes du Hezbollah et un blocage des réformes, « le pays reviendra à Bilad el-Cham ». Cette formule, malgré un rectificatif ultérieur, a largement été perçue comme une menace voilée d’un retour du Liban dans le giron d’une « Grande Syrie ».
Revenant sur ses propos sur la Syrie, il a affirmé : « Les Syriens peinent à sortir de Damas. Ne craignez ni l’Iran, ni la Syrie, ni Israël, mais vos divisions internes. » Selon lui, la Syrie ne représenterait plus une menace pour le Liban. « Damas ne nourrit aucune hostilité envers le Liban et ne cherche pas à s’emparer de son territoire. » Enfin, l’émissaire américain a évoqué un afflux de capitaux du Golfe vers la Syrie sous sa « nouvelle direction », alors que le Liban, empêtré dans ses crises, reste perçu comme un dossier « complexe ».




Il va casser la barack
15 h 23, le 24 juillet 2025