Fadia Hamed croyait mettre sa fille à l'abri en fuyant les combats à Soueida dans le sud de la Syrie. Mais une balle a fauché l'adolescente dans un car bondé de femmes et d'enfants, brisant les rêves de la jeune violoniste en herbe.
"Ghina était ma petite, ma chérie", confie à l’AFP cette mère éplorée. "On venait de fêter son 14e anniversaire, huit jours avant sa mort (…) C’était une artiste, elle aimait dessiner et apprenait à jouer du violon".
Fadia, une infirmière de 49 ans, raconte, la voix brisée, le trajet de dix minutes en car qui a fait basculer sa vie, alors qu'elle fuyait les affrontements meurtriers qui ont secoué Soueida la semaine dernière.
Ces violences entre druzes et tribus sunnites ont fait plus de 1.300 morts, dont au moins 70 femmes et 28 enfants, selon une ONG.
"J'étais assise, ma fille Ghina sur mes genoux, ma sœur et sa fille à côté, près du chauffeur, lorsqu'une voiture noire nous a barré la route".
Le chauffeur, inquiet, fait demi-tour, mais une pluie de balles s’abat sur le véhicule. " Ils ont tiré de toutes parts, même une grenade a été lancée en notre direction".
Une balle atteint Ghina à la gorge. " Elle est morte sur le coup… Elle a fermé les yeux et a rendu son dernier souffle dans mes bras", raconte sa mère.
Fadia, ses proches et d'autres femmes et enfants avaient fui au début des combats leur village pour la ville à majorité druze de Soueida. Le 16 juillet, avec l'aggravation des combats, elle décide de partir à nouveau, après avoir passé la nuit dans un lieu de culte druze sous les bombardements.
- Des rideaux comme pansements -
Elles étaient une quarantaine de femmes et d'enfants dans le car supposé les conduire en lieu sûr.
Lorsque les tirs se produisent, les autres passagers se réfugient dans une maison proche.
Fadia tente de rester dans le véhicule, pour "ne pas abandonner ma fille". "Je me suis dis que je resterais avec elle, même si je devais mourir aussi", raconte cette mère de trois enfants.
Mais de nouveaux tirs les forcent à courir vers la maison. Fadia découvre alors que 15 femmes et deux enfants ont été atteints à la tête, au ventre ou au dos dans le car et saignent.
"C’était une scène catastrophique. En tant qu’infirmière, j’ai commencé à leur donner les premiers soins. On déchirait des rideaux et des draps pour panser les plaies, sans désinfectants ni antalgiques."
"Ce qui m’a brisé le cœur, c’est que les femmes pensaient que j’allais pouvoir atténuer leur douleur (…) mais je n’avais rien, que du tissu", ajoute-t-elle.
Mais elle ne peut se résoudre à laisser le corps de sa fille abandonnée. Sous les bombardements, elle retourne dans le car, où elle lave le visage ensanglanté de l'adolescence avec une bouteille d'eau.
Au petit matin, des combattants druzes réussissent à prendre le contrôle du secteur. Les blessés sont transférés à l'hôpital, mais trois d'entre eux sont morts.
La famille de Ghina a pu l'enterrer il y a une semaine aux côtés de son cousin Amer, âgé de 22 ans, tué ailleurs dans les combats, dans le village qu'elle aimait tant, selon sa mère.
- Violon brisé -
"Voilà mon histoire", dit Fadia, la gorge nouée. "J’étais forte au moment de la tragédie, mais après avoir enterré Ghina, je me suis effondrée. C’est là que j’ai vraiment ressenti la douleur."
De retour dans son village d'origine, elle découvre sa maison saccagée : les affaires éparpillées, les bouteilles d’huile, la bonbonne de gaz et la moto volées, alors que la plupart des maisons ont été brûlées ou bombardées.
"Même le violon de Ghina… on l’a retrouvé brisé", confie-t-elle.
Ghina, visage délicat et longs cheveux noirs, était très appréciée de ses amis et ses professeurs. Elle était passionnée de dessin et de musique.
L’institut où elle apprenait le violon a publié sur Facebook une photo de Ghina assise tenant son violon. "Les cordes du violon pleurent ta perte, adieu jeune fille aux yeux sublimes, toi qui avait un rêve immense que ce pays a assassiné."
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© Agence France-Presse


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