L'ancien ministre libanais des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, à Moscou, le 22 novembre 2021. Photo d'archives EVGENIA NOVOZHENINA / POOL / AFP
L’ancien ministre des Affaires étrangères Abdallah Bou Habib, est décédé mercredi soir à l’âge de 84 ans, des suites d’une crise cardiaque, a rapporté l’Agence nationale d’information (ANI, officielle). Il avait été transféré à l’hôpital, où il est décédé par la suite. Sa disparition a marqué la fin d’une carrière de plusieurs décennies dans la diplomatie, l’économie et le service public, à laquelle le monde politique et médiatique libanais a rendu hommage.
Abdallah Bou Habib a entamé sa carrière à la Banque mondiale en 1976 en tant qu’expert économique, avant d’y occuper le poste de haut responsable des prêts pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, dite MENA.
Entre mai 1983 et février 1990, il a représenté le Liban à Washington en tant qu’ambassadeur. Il a ensuite réintégré la Banque mondiale en 1992, où il a occupé plusieurs postes de haut niveau, dont celui de conseiller du vice-président pour la région MENA. De retour à Beyrouth en 2001, il a été nommé conseiller en chef du vice-Premier ministre de l’époque, Issam Farès, un poste qu’il a occupé jusqu’en 2005. Il a ensuite été ministre des Affaires étrangères entre septembre 2021 et février 2025, dans le gouvernement de Nagib Mikati. Un mandat marqué, dans ses derniers mois, par la guerre entre Israël et le Hezbollah et l’offensive à grande échelle menée par l’armée israélienne au Liban. Abdallah Bou Habib était diplômé de l’Université américaine de Beyrouth (AUB) et titulaire d’un doctorat en économie de l’Université Vanderbilt, dans le Tennessee.
Sourire et optimisme malgré les difficultés
Rendant hommage au défunt, Nagib Mikati a dit être « profondément peiné » par la disparition de l’ancien ministre, révélant qu’il devait le voir ce jeudi matin. L’ancien chef de gouvernement a souligné une « collaboration fructueuse malgré la gravité » de la situation et s’est remémoré la « fermeté » de M. Bou Habib dans ses prises de décision, « avec une diplomatie mêlant sagesse, réalisme, patriotisme sincère et une expertise approfondie en relations internationales ». « Je l’ai connu profondément attaché à ses convictions nationales, sans jamais transiger. Nous étions liés par une solide amitié personnelle qui a permis de résoudre nombre de dossiers épineux, souvent dans la discrétion, loin de tout tapage médiatique », a encore écrit l’ex-Premier ministre, qui a évoqué le « sourire, la présence agréable et le sens de l’humour constant » du disparu.
De son côté, l’ex-ministre de la Jeunesse et des Sports Georges Kallas s’est souvenu du « calme souriant et de la présence distinguée » de l’ancien ministre, qui a « dirigé le ministère des Affaires étrangères pendant l’une des périodes politiques les plus sensibles au Liban ». « Il a su consolider la position du Liban et améliorer ses relations avec le monde arabe et international, en adoptant une politique d’ouverture dans l’intérêt du pays », a ajouté M. Kallas, qui a également relevé sa « capacité à résoudre les crises et surmonter les conflits ».
Le député Fouad Makhzoumi a qualifié Bou Habib d’« homme ayant laissé une empreinte durable dans la vie diplomatique et politique du Liban », le décrivant comme un modèle de dévouement national durant les périodes les plus difficiles.
Le député Fadi Alamé, président de la commission parlementaire des Affaires étrangères, a fait écho à ces sentiments, qualifiant Bou Habib de « modèle dans le travail politique fondé sur l’intégrité et l’honnêteté ».
Le député Gebran Bassil, chef du Courant patriotique libre (CPL, aouniste), a déclaré avoir connu Bou Habib de près et l’a décrit comme « profondément attaché à l’identité libanaise, levantine et arabe », quelqu’un qui a laissé une « marque distinctive dans la vie diplomatique ».
L’ancien vice-Premier ministre Saadé Chami a déclaré : « J’ai été profondément attristé par la disparition soudaine de mon cher ami l’ancien ministre Abdallah Bou Habib. Je l’ai rencontré il y a de nombreuses années à Washington, et nous avons ensuite travaillé ensemble au ministère. » « Je l’ai vu pour la dernière fois à Washington il y a environ deux mois, en compagnie de quelques amis communs. Il nous a parlé de ses riches expériences et a raconté certaines de ses rencontres diplomatiques avec précision, une analyse approfondie, un esprit vif et un calme remarquable », a-t-il ajouté.
Joseph Kosseify, président du syndicat des éditeurs de la presse libanaise, s’est rappelé de Abdallah Bou Habib comme un homme « profondément libanais », un « combattant inflexible pour sa patrie », quelqu’un qui a « suivi un chemin droit à travers des routes sinueuses ». Il a salué ses contributions à la Banque mondiale et au service public, notant qu’il « privilégiait son appel national plutôt que l’intérêt personnel ». M. Kosseify a également cité les Mémoires de Bou Habib, Papers from Washington, décrivant ce livre comme un reflet des « difficultés et des nostalgies » qui ont marqué ses années comme ambassadeur du Liban aux États-Unis.
La Ligue maronite a également rendu hommage au ministre défunt dans un communiqué relayé par l’Agence nationale d’information. « Avec son départ, c’est une voix de raison qui s’éteint. Il œuvrait toujours pour l’unité plutôt que la division, aspirant à ce que le Libanais soit un éclaireur, où qu’il se trouve », a déclaré la ligue, rappelant que Abdallah Bou Habib avait notamment occupé le poste de vice-président de son conseil exécutif.



Bof, il n'aura pas laissé de trace, qui s'en souvient encore, qu'il repose en paix.
11 h 01, le 25 juillet 2025