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Nos lecteurs ont la parole

La fracture d’Abraham

Novembre 2025, la Syrie signe officiellement les accords d’Abraham lors d’une cérémonie médiatisée à Washington. Sous le patronage du président Trump, les concessions sont mutuelles : Israël concède des droits économiques limités sur le Golan, tandis que la Syrie accepte de normaliser ses relations diplomatiques et commerciales avec son voisin. Les États-Unis lèvent les sanctions imposées par le Caesar Act, ouvrant la voie à des investissements étrangers massifs.

Résurrection syrienne

Déjà signataires des accords, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite injectent 20 milliards de dollars dans des projets de reconstruction en Syrie (infrastructures, énergie, ports). Des entreprises israéliennes, spécialisées dans la technologie et l’agriculture, établissent des partenariats, notamment pour moderniser l’agriculture dans la plaine de la Békaa syrienne. La levée des sanctions permet à la Syrie d’exporter à nouveau du pétrole et du gaz via des pipelines régionaux, générant des revenus attendus de l’ordre de 3 milliards de dollars par an dès 2026. Le commerce avec les pays du Golfe augmente de 30 % et le tourisme régional (pèlerinages, sites historiques) connaît un essor notable grâce à des accords de libre circulation.

La Turquie et la Jordanie intensifient leurs échanges commerciaux avec la Syrie, appelée à devenir un hub logistique entre l’Europe et le Golfe. La livre syrienne se stabilise, l’inflation chute de 80 % en 2024 à 30 %, avec une croissance du PIB attendue à 5 % en 2026. Devenue un acteur-clé dans la coopération régionale, la Syrie est invitée à participer à des projets d’infrastructures transfrontalières (pipelines, chemins de fer). Elle attire des fonds de l’Union européenne pour la reconstruction, qui renforceront son intégration dans l’économie mondiale.

Déclin libanais

La prospérité croissante de la Syrie attire environ 50 000 travailleurs libanais, qui traversent progressivement la frontière pour des emplois dans le bâtiment et l’agriculture. Il faut préciser que le Liban a rejeté toute intégration aux accords d’Abraham : « La normalisation est hors de question », martèle un ministre influent du gouvernement. Sans accès aux investissements du Golfe ni à la levée des sanctions indirectes, l’économie du pays continue de se dégrader. En quelques mois, la livre libanaise perd 20 % supplémentaires, et l’inflation atteint 200 %. Les importations de carburant et de denrées alimentaires, déjà limitées, chutent de 30 %, provoquant des pénuries généralisées. Environ 100 000 Libanais, principalement des professionnels qualifiés, quitteront le pays en 2026, affaiblissant davantage le tissu économique. Les investissements étrangers s’effondrent, passant de 500 millions de dollars en 2024 à 200 millions fin 2025. Le chômage touche désormais 50 % de la population, dont 70 % vit sous le seuil de pauvreté. Les services publics, comme l’électricité (limitée à deux heures par jour en 2025), implosent dans certaines régions.

Le Liban devient un paria économique, perdant l’accès aux marchés du Golfe et aux initiatives régionales, s’enfonçant dans une marginalisation économique et sociale. Fatalistes, résignés – apathiques serait le mot juste –, les Libanais regardent et attendent, comme lors de la crise financière qu’ils ont vue venir sans réagir. Ils blâment les « mains étrangères », responsables de leurs déboires, espérant une solution extérieure. Les politiques, quant à eux, se contentent de se faire photographier, assis, à la libanaise. Après tout, le Liban n’est-il pas la seule démocratie de la

région ?

Témoignage

J’ai vécu l’occupation syrienne du Liban (1976-2005) et la brutalité de son armée et de ses services secrets. J’ai été témoin du pillage par le régime syrien du Liban qui a perdu en 30 ans environ (selon mes calculs) 150 milliards de dollars en contrebande, taxes illégales, revenus douaniers détournés, ressources naturelles exploitées… Depuis 2011, j’ai vu 1,5 million de réfugiés syriens – soit 25 % de la population libanaise – fuir la guerre civile dans leur pays, coûtant au Liban 50 milliards de dollars, surchargeant ses infrastructures, ses écoles, y provoquant une inflation stratosphérique, déclassant une classe moyenne incapable de se loger.

Aujourd’hui, vu de l’extérieur, le nouveau dirigeant syrien semble déterminé à redresser son pays, quitte à se lancer dans ce qui était impensable il y a encore quelques mois : la paix avec Israël.

Pendant ce temps, les Libanais palabrent langoureusement. Dieu merci : leur frivolité et leur passivité leur évitent de prendre conscience de l’humiliation de voir cette Syrie, qui les a tant fait subir, les surclasser.

Michel SANTI

Macroéconomiste

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Novembre 2025, la Syrie signe officiellement les accords d’Abraham lors d’une cérémonie médiatisée à Washington. Sous le patronage du président Trump, les concessions sont mutuelles : Israël concède des droits économiques limités sur le Golan, tandis que la Syrie accepte de normaliser ses relations diplomatiques et commerciales avec son voisin. Les États-Unis lèvent les sanctions imposées par le Caesar Act, ouvrant la voie à des investissements étrangers massifs.Résurrection syrienneDéjà signataires des accords, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite injectent 20 milliards de dollars dans des projets de reconstruction en Syrie (infrastructures, énergie, ports). Des entreprises israéliennes, spécialisées dans la technologie et l’agriculture, établissent des partenariats, notamment pour moderniser...
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