Des agents des nouvelles forces de sécurité syriennes quittant la ville d'Idleb, dans le nord-ouest du pays, pour renforcer la zone côtière, le 8 mars 2025. Photo Omar HAJ KADOUR/AFP
Le président syrien par intérim, Ahmad el-Chareh, a reçu dimanche le rapport complet de la Commission nationale « indépendante » chargée d’enquêter sur les événements meurtriers survenus sur le littoral syrien au début du mois de mars, a annoncé la présidence dans un communiqué sans y divulguer de détails sur le rapport. Ces affrontements entre les milices loyales à l’ancien régime de Bachar el-Assad et les nouvelles forces de sécurité syriennes avaient fait plus de 1.700 morts, dont de très nombreux civils alaouites et chrétiens victimes d'exécutions et de massacres.
Dans un communiqué, la présidence de la République a indiqué que cette commission — mise en place le 9 mars, quelques jours après les événements sanglants survenus dans l'Ouest syrien — avait été créée pour garantir que la Syrie « progresse sur une voie où ni violations ni tentatives de dissimulation de la vérité n’ont leur place », qu’il s’agisse de ce qui s'est passé sur le littoral ou de toute autre situation, du nord au sud du territoire syrien.
Rapport transmis après plus de 90 jours
La commission est composée de cinq juges, d’un officier de l’armée et d’un avocat, la plupart étant des anciens du comité constitutionnel syrien basé à Genève. Elle a pour mission d’enquêter sur les facteurs ayant conduit à cette explosion de violence, les exactions contre les civils, ainsi que les atteintes aux institutions et aux agents de l’État. Les cinq juges sont Jomaa el-Anzi. Khaled Hélou, Ali Naassan, Alaëddine Youssef et Hanadi Abou Arab. L'officier est Awad el-Ali et l'avocat Yasser Farhan.
La présidence a exprimé sa « reconnaissance pour les efforts sincères déployés par les membres de la commission », précisant qu’elle examinerait « les conclusions du rapport avec la plus grande rigueur et attention », afin de prendre les mesures nécessaires pour promouvoir les principes de vérité, de justice et de responsabilité, et prévenir toute répétition de violations similaires, dans ces faits comme dans le processus de construction de la « nouvelle Syrie ».
Alors que la commission nationale devait remettre son rapport dans un délai de 30 jours à compter de sa création, son mandat a été prorogé de trois mois le 10 avril. Le rapport n’a finalement été transmis qu’après plus de 90 jours, sur fond de nouvelles violences survenues entre-temps dans le sud du pays. Dans la province de Soueida, des affrontements sanglants ont opposé des combattants druzes à des groupes rivaux. Le gouvernement syrien avait annoncé, dans la nuit de samedi à dimanche, la fin des combats dans cette région, aussitôt reprise par les groupes druzes. Les violences entre ces groupes et des bédouins sunnites, déclenchées le 13 juillet, ont fait plus de 1.000 morts.
« Dans le respect du droit du peuple syrien à connaître la vérité », la présidence a demandé à la commission nationale « d'organiser une conférence de presse pour présenter ses travaux et ses principales conclusions», dans le respect de la dignité des victimes, de la régularité des procédures judiciaires et de la préservation des preuves dans les plus brefs délais pratiques.
Le 9 juillet, Amnesty International avait appelé les autorités syriennes à publier intégralement les conclusions de l'enquête et à traduire les responsables en justice.



