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Politique - Affrontements À Soueïda

Affrontements en Syrie : un « échec de l’État à contenir les extrémistes », selon le chef spirituel druze

Le parti Tawhid de l'ancien ministre Wi'am Wahhab, dénonce le silence de la communauté internationale sur les affrontements à Soueïda.

Affrontements en Syrie : un « échec de l’État à contenir les extrémistes », selon le chef spirituel druze

Le chef spirituel de la communauté druze au Liban, Sami Abi el-Mona, lors d’une réunion « exceptionnelle » à Beyrouth, le 3 mars 2025. Photo ANI

Le cheikh Akl druze Sami Abi el-Mona, plus haute autorité religieuse de la communauté au Liban, a condamné mercredi les affrontements meurtriers survenus à Soueïda, dans le sud de la Syrie, où les forces gouvernementales sont accusées d’avoir lancé une offensive sanglante contre des druzes, et dénoncé l'incapacité du nouveau régime d'Ahmad el-Chareh à « contrôler » les éléments extrémistes dans ses rangs.

« Les scènes de haine perpétrées par les extrémistes témoignent de l’incapacité de l’État syrien à les contrôler », a estimé le dignitaire dans un communiqué. « Les extrémistes ont plutôt déversé leur haine sur le turban de ce cheikh druze ou la moustache de cet homme célèbre, piétinant le drapeau symbolique et humiliant les pères sous les yeux de leurs familles », a poursuivi le chef spirituel sur le réseau social X, en allusion à des vidéos ayant circulé sur les réseaux sociaux, montrant notamment un cheikh qui se fait raser la barbe et la moustache par des combattants présumés du régime. Et de s’interroger, en s'adressant aux « dirigeants syriens et aux organisations de défense des droits de l’homme » : « Est-ce ainsi que l’on construit un État moderne ? »

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« Une couverture au terrorisme »

Les affrontements qui ont débuté dimanche dans le quartier bédouin d'al-Maqous, ont près de 250 morts parmi les druzes, les Bédouins et les forces de l’armée syrienne, selon le dernier bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Les combats se sont étendus à d'autres villages des environs de Soueïda, avant l’intervention des forces des ministères syriens de l’Intérieur et de la Défense, qui ont affronté les groupes armés druzes. Les forces gouvernementales se sont déployées mardi matin dans cette ville et ont instauré un cessez-le-feu, affirmant vouloir rétablir le calme après deux jours d'affrontements. Toutefois, la trêve a été de courte durée et des affrontements ont repris mercredi matin, selon le média local Sweida24.

L'organe médiatique du parti druze Tawhid, fondé par l’ancien ministre libanais Wi’am Wahab, a estimé de son côté que « la décision de l’administration américaine de retirer le classement terroriste de l’organisation Hay’at Tahrir el-Cham, en dépit de son lourd passé sanglant et de sa logique d’anéantissement, constitue un signal extrêmement dangereux, soulevant de sérieuses interrogations quant aux intentions réelles concernant l’avenir du pluralisme en Syrie ». « De telles décisions ne favorisent pas la paix, mais offrent une couverture au terrorisme et légitiment les assassinats », poursuit le communiqué du parti druze.

Un « plan sanglant » visant les Druzes de Soueida

Washington avait révoqué le 23 juin dernier la désignation d'organisation terroriste du Front al-Nosra, également connu sous le nom de Hay'at Tahrir el-Cham (HTC). L'ancien chef du Front al-Nosra, précédemment connu sous le nom de Mohammad al-Joulani et actuel président syrien Ahmad el-Chareh, avait pris la tête d'une coalition de rebelles et lancé une offensive, qui a abouti au renversement du régime de Bachar el-Assad le 8 décembre 2024.

Le parti Tawhid a également dénoncé un « plan sanglant » visant les druzes de Soueïda. « Il ne s'agit ni d'un incident passager et ni un simple détail dans le paysage syrien complexe, mais bien la poursuite méthodique de politiques d’élimination et d’exclusion visant l’existence même et l’identité de nos concitoyens druzes, dans le cadre d’un plan sanglant qui rappelle les massacres survenus sur le littoral et d’autres épisodes noirs marqués par l’empreinte de l’idéologie takfiriste (extrémiste islamiste) barbare ». Le parti de Wi'am Wahhab a également stigmatisé « un silence international inquiétant », qui ne peut plus être interprété que comme une complicité implicite dans un crime de génocide de civils — enfants, femmes et personnes âgées — à Soueida, sous les yeux de la communauté internationale et de ses institutions qui prétendent défendre les droits de l’homme ».

Le parti a enfin appelé « les habitants druzes de Soueïda à l’unité, à la vigilance dans la défense de leur terre et de leur dignité, à préserver leur cohésion et leur honneur, et à rejeter tout chantage ou menace exercé par les groupes armés ».

Le chef du Tawhid a une nouvelle fois commenté les affrontements mercredi matin, appelant « tous les Libanais » à se joindre aux druzes « de Galilée », le nord d'Israël, qui « vont commencer à se mobiliser ».

« Dynamique criminelle »

Le Courant patriotique libre (CPL) a pour sa part dit suivre « avec une vive inquiétude la scène sanglante dans le gouvernorat syrien de Soueida, qui laisse présager une discorde orchestrée dans le but de plonger la Syrie dans un conflit interne ouvert, menaçant son tissu social diversifié et déplaçant une partie de sa population ». Le parti aouniste dirigé par le député Gebran Bassil a estimé que « le Liban ne sera pas à l’abri des répercussions de la situation en Syrie » et a appelé « tous les Libanais à se rassembler autour de l’État et à préserver leur paix civile ». Le CPL a également condamné « les exactions subies par la communauté druze à Soueida » qui s’inscrivent dans une « dynamique criminelle ayant visé toutes les composantes de la Syrie depuis le début de la guerre ». « Le retour de la paix et de la stabilité en Syrie passe par l’arrêt des ingérences étrangères et l'instauration d’un État respectueux de la diversité et préservant les libertés publiques », a conclu le parti chrétien.

Le Parti socialiste progressiste (PSP) a, lui, renouvelé dans un communiqué son appel à un cessez-le-feu à Soueida et à un véritable dialogue afin de « parvenir à une solution politique incluant toutes les composantes de la province syrienne sans exception et garantissant les droits et les revendications de la population sous l'égide de l'État ». Le PSP a également condamné « les attaques contre les civils et leurs familles, le ciblage des lieux de culte et les attaques contre des personnalités religieuses et sociales » et estimé que « ces actes constituent une violation flagrante des valeurs humaines, sociales et religieuses et ne peuvent en aucun cas contribuer à la solution souhaitée ». « Face à cette situation douloureuse », le PSP a appellé le gouvernement syrien à « assumer pleinement ses responsabilités et à prendre des mesures complètes et immédiates pour mettre fin à cette escalade, protéger les civils, assurer la sécurité de la population locale et instaurer une nouvelle phase de sécurité et de stabilité dans le cadre de l'unité totale de la Syrie ».

Des « contacts intensifs »

Le député druze libanais et chef du PSP Taymour Joumblatt a indiqué plus tard dans la journée que « la construction du nouvel État syrien ne doit pas devenir une chose du passé. Les slogans de la révolution fraternelle ne doivent pas être abandonnés, ni remplacés par des violations et des atteintes à la vie et à la dignité des innocents. L’État devrait plutôt protéger la population de Soueïda par une solution politique, afin de préserver l’idée d’une nouvelle Syrie que nous soutenons depuis le début. »

Parallèlement, le PSP a dit mener des contacts intensifs à plusieurs niveaux en vue de parvenir à « une déclaration de cessez-le-feu dans le gouvernorat de Soueïda », afin d’éviter « de nouvelles effusions de sang ». Cette déclaration est conforme à la position fondamentale et de principe exprimée par Walid Joumblatt depuis le début des événements sanglants, et constitue, selon le PSP, « la seule voie efficace vers une solution politique juste ».

À la télévision syrienne, M. Joumblatt a assuré que « les efforts se poursuivent avec les ministres syriens de l'Intérieur et de la Défense pour réduire les tensions dans le Jabal (druze) ». « Israël ne protège pas les druzes de Soueida, mais utilise certains individus influençables pour prétendre les protéger, et ces personnes ont bénéficié des violations et des attaques qui ont eu lieu ces deux derniers jours », a déploré Walid Joumblatt, dans des propos rapportés par l’agence al-Markazia.

Pour sa part, Wiam Wahhab, a adressé un message musclé au président syrien Ahmad el-Chareh, le mettant en garde par ces mots : « Ton État est sur la sellette ! »

Le cheikh Akl druze Sami Abi el-Mona, plus haute autorité religieuse de la communauté au Liban, a condamné mercredi les affrontements meurtriers survenus à Soueïda, dans le sud de la Syrie, où les forces gouvernementales sont accusées d’avoir lancé une offensive sanglante contre des druzes, et dénoncé l'incapacité du nouveau régime d'Ahmad el-Chareh à « contrôler » les éléments extrémistes dans ses rangs.« Les scènes de haine perpétrées par les extrémistes témoignent de l’incapacité de l’État syrien à les contrôler », a estimé le dignitaire dans un communiqué. « Les extrémistes ont plutôt déversé leur haine sur le turban de ce cheikh druze ou la moustache de cet homme célèbre, piétinant le drapeau symbolique et humiliant les pères sous les yeux de leurs familles », a poursuivi le...
commentaires (3)

...nous vivons malheureusement dans une région ou tout le monde réagit à chaud au lieu de réfléchir à la meilleure approche dans l'intérêt de tous: N'aurait-il pas été plus judicieux d'engager le gouvernement, d'exiger l'arrestation et le jugement des responsables du tout premier acte? l'affaire aurait pu être close là. Au lieu de cela, nous en sommes déjà, en quelques jours, à 250++ morts, l'implication d'Israël, et même l'implication de druzes libanais, et potentiellement du Hezbollah. Est-ce que personne n'a appris les leçons des dernières 50 années?

Alain

17 h 09, le 16 juillet 2025

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Commentaires (3)

  • ...nous vivons malheureusement dans une région ou tout le monde réagit à chaud au lieu de réfléchir à la meilleure approche dans l'intérêt de tous: N'aurait-il pas été plus judicieux d'engager le gouvernement, d'exiger l'arrestation et le jugement des responsables du tout premier acte? l'affaire aurait pu être close là. Au lieu de cela, nous en sommes déjà, en quelques jours, à 250++ morts, l'implication d'Israël, et même l'implication de druzes libanais, et potentiellement du Hezbollah. Est-ce que personne n'a appris les leçons des dernières 50 années?

    Alain

    17 h 09, le 16 juillet 2025

  • Tout a fait d'accord avec le commentateur précédant, l'édification d'un État moderne et de droit se fait par le respect. Et j'ajouterais, "par la volonté de tous de travailler ensemble". De ce que j'ai pu comprendre (par les excellents articles de l'OLJ), un jeune druze s'est fait brigander et molester par des membres d'une tribu bédouine. C'est grave. La réaction, non moins grave, a été l'enlèvement de 8 membres de cette tribu par des druzes. Contre-réaction, enlèvement de druzes, et la spirale de violence a continué à monter jusqu'à arriver la ou nous en sommes aujourd'hui...

    Alain

    17 h 05, le 16 juillet 2025

  • C’est bien connu, on ne dénonce le ""silence international inquiétant"", que quand les siens sont en mauvaise posture. Comment expliquer la complicité implicite de génocide ? Comment prouver l’intention génocidaire ? Que dit le droit international ? Mais par contre, la construction d’un Etat moderne selon Dr. et Cheikh Abi el-Mona, ne se fait pas par l’humiliation, en rasant la barbe fleuve ou la moustache d’un édile druze qu’il soit ou non un cheikh. Il a raison notre Cheikh Akl libanais, l’édification d’un Etat moderne et de droit se fait par le respect.

    nabil

    12 h 59, le 16 juillet 2025

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