Jahida Wehbé, Lubana al-Quntar et Riham Abdel Hakim, trois grandes voix féminines du monde arabe à la la soirée inaugurale du Festival de Beiteddine 2025. Photo Nabil Ismail.
C’est une chanson emblématique qui a marqué la réouverture tant attendue du Festival de Beiteddine. Trente-quatre ans après sa création, Rajeh yetaammar Lebnan de Zaki Nassif a résonné à nouveau dans la cour du palais ottoman, ravivant l’espoir d’un pays à reconstruire et l’émotion d’un public venu nombreux, libanais et arabe, résident ou expatrié, après des mois marqués par la guerre et les avions au-dessus du Sud et de la Békaa.
Hymne à la résilience, ce chant populaire composé après la guerre civile (1975–1990) a accompagné plusieurs générations de Libanais. Mais jamais, peut-être, n’avait-il déclenché une telle scène : le Premier ministre Nawaf Salam, son épouse Sahar Baassiri, le vice-Premier ministre Tarek Mitri, ainsi que les ministres de la Culture, du Tourisme et des Affaires sociales sont montés sur scène, entonnant les paroles et esquissant quelques pas de dabké, entraînés par les voix des chanteuses de la soirée : Jahida Wehbé, Lubana al-Quntar et Riham Abdel Hakim. Le public, debout, ovationnait. Un moment rare, à la fois festif et symbolique, comme une parenthèse de solidarité dans un pays encore meurtri.

Ce soir-là, la politique s’est éclipsée pour laisser place à la joie. Sous une pleine lune bienveillante, le palais des Émirs s’est transformé en une grande dîwâniya d’amour, à l’initiative des organisateurs et de Jahida Wehbé, qui a imaginé ce format intimiste, à mi-chemin entre récital et veillée musicale. La soirée s’est ouverte sur les vers de Mahmoud Darwich Ghatt el-Hamam, dans une interprétation grave et profonde de Wehbé, comme une promesse de douceur.
Trois voix féminines issues du Liban, d’Égypte et de Syrie ont porté cette nuit de retrouvailles, accompagnées par l’orchestre dirigé par le maestro Ahmad Taha. La chanson d’ouverture, dédiée à la beauté de Beiteddine, à sa lumière, à son authenticité, était signée et composée par Wehbé elle-même : « Ô amour, ouvre tes bras, nous sommes à Beiteddine, en présence du beau et de la mémoire, sous un ciel habitué à la splendeur. » Une adresse directe au Premier ministre, à la Première dame Naamat Aoun, à l’ancien président Fouad Siniora, à l'ancienne Première dame Mona Hraoui, aux ambassadeurs, diplomates et à un public avide de réconfort.
Les voix se sont succédé, en syrien, en égyptien, en libanais et en arabe classique, dans un répertoire allant d’Oum Kalsoum à Abdel Halim Hafez, en passant par Dalida, Aïcha Redouane, Asmahan, Sabah, ou encore des textes de Günter Grass ou Talal Haïdar. « Chanter pour la vie, pour l’amour, pour tout ce qui résiste à la douleur » : telle était la promesse d’une soirée vibrante. Riham Abdel Hakim, avec sa voix ample et son phrasé kalsoumien, a envoûté la scène ; Lubana al-Quntar, au timbre clair et à l’interprétation maîtrisée, a fait revivre les heures d’or du tarab.
Le temps, lui, semblait suspendu. « Le temps n’a pas le temps d’attendre », chantait Wehbé, reprenant les mots de Talal Haidar. Le public aurait toutefois souhaité que le rythme du concert ralentisse, pour mieux savourer les morceaux au lieu de les enchaîner dans un format resserré.
Dans une scénographie chaleureuse, faite de bois brut et de coussins colorés, Wehbé a précisé l’intention derrière cette dîwâniya : « Un lieu à l’image de cet espace, empreint de beauté, de mémoire et d’héritages. Un appel à l’amour, à l’hospitalité et à l’espoir. » Elle a elle-même écrit et composé un poème spécialement pour la soirée : « Nous avons défié les circonstances, et c’est par l’amour que nous continuerons d’avancer. »
Interrogée par L’Orient-Le Jour, Lubana al-Quntar a confié sa nostalgie pour la Syrie, où elle n’a pas chanté depuis longtemps. « Damas a besoin de ce genre de concert, d’un art noble et enraciné. » Quant à savoir si elle imaginerait le président syrien danser avec elle, à l’image de Nawaf Salam ? Elle rit : « J’en doute fort. » Riham Abdel Hakim, elle, a salué l’énergie du public : « Ce soir, le Liban danse seul, mais fort. Il se relèvera, comme toujours. » Et ce fut bien là le sens profond de cette nuit à Beiteddine : croire encore, à travers les voix, à travers l’art, que l’on peut se relever, ensemble.



A qua d un enieme festival libanais au sud?
21 h 56, le 11 juillet 2025