Des manifestants brandissent des drapeaux libanais près d'un poing géant portant le slogan « Révolution » en arabe, place des Martyrs à Beyrouth, lors des manifestations antigouvernementales de 2019, le 10 novembre 2019. Amir Makar/AFP

Chère lectrice, cher lecteur,
Je fais partie d’une génération qui a grandi au son des bulletins d’information résonnant dans nos foyers : des nouvelles de Syrie, de Palestine, ou simplement d’un quartier voisin. Très tôt, j’ai compris que ce que vivaient les peuples de l’autre côté des frontières libanaises n’était pas si différent de notre propre quotidien. Les noms changeaient, les titres aussi, mais le fond restait le même : injustice, frustration et instinct de survie.
La politique m’a toujours intrigué, mais elle paraissait lointaine, comme un monde auquel nous n’étions pas censés appartenir. Dans le Liban d’après-guerre, un accord tacite s’était installé : la politique, c’était l’affaire des zaïms. En échange, on nous laissait vivre en paix — ou du moins, dans une forme d’accalmie.
Et puis il y a eu 2019. Le soulèvement n’a pas seulement fait trembler les rues, il a fissuré cette vieille logique. Tout à coup, la politique n’était plus un décor figé. Elle devenait proche. Brûlante. Possible.
Si l’on s’en tient aux critères les plus rationnels, ce soulèvement a échoué à atteindre ses objectifs. Et pourtant, il a fait naître quelque chose de difficile à étouffer : une conviction sourde mais persistante, celle que tout cela avait un sens... Il a fait émerger une génération qui, inspirée par l’histoire longue de résistance de ce pays face à des forces plus grandes qu’elle, a osé — même brièvement — imaginer autre chose.
Dans une région marquée par la perte et le chagrin, c’est précisément ce type d’imaginaire qui nous maintient debout. Qui, malgré le poids de l’histoire et le chaos du présent, nous permet, d’une manière ou d’une autre, d’avancer.
À l’époque, comme beaucoup de Libanais et de Libanaises, je vivais encore à l’étranger, au Canada, où je poursuivais mes études. Mais chaque retour au pays devenait plus qu’une simple visite : c’était une manière de rester en lien avec ce mouvement naissant. L’indifférence n’était plus une option.
Il y a six mois, j’ai eu l’opportunité de revenir et de rejoindre L’Orient-Le Jour, pour couvrir cette région que j’observais depuis tant d’années à distance. Je ne voulais plus être un témoin passif des douleurs et des bouleversements, relégué en marge par des forces écrasantes. Si la politique est une scène, alors pourquoi rester dans les gradins ? Aussi modeste soit-il, mon rôle me semble aujourd’hui plus juste, plus nécessaire : être là, écouter, écrire, et prendre part, même humblement, au monde qui se relève.
Dany Moudallal, journaliste au service International


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