Une agence d’al-Qard al-Hassan à Beyrouth. Photo d’archives Le Commerce du Levant
Les États-Unis ont annoncé jeudi de nouvelles sanctions visant sept hauts responsables de l’institution financière al-Qard al-Hassan (AQAH), contrôlée par le Hezbollah, ainsi qu’une société libanaise liée, Tashilat SARL, dans le cadre d’un effort accru pour « perturber les mécanismes d’évasion des sanctions » du groupe chiite et « soutenir les efforts du nouveau gouvernement libanais pour limiter l’influence de cette organisation terroriste », a indiqué le département du Trésor.
Selon le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC), ces responsables, actifs au sein d’al-Qard al-Hassan depuis plusieurs années, ont « servi dans des postes de direction et facilité l’évasion des sanctions américaines », permettant ainsi au Hezbollah d’« accéder au système financier formel ». Ils sont accusés d’avoir orchestré des transactions financières complexes et dissimulé l’intérêt réel du parti chiite dans des opérations apparemment légitimes menées auprès d’institutions financières libanaises, les exposant à de graves risques en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Parmi les personnes sanctionnées figurent Nehme Ahmad Jamil, responsable des départements d’audit et d’affaires d’al-Qard al-Hassan, qui « gère également les services financiers du Hezbollah et de ses institutions affiliées ». Jamil est aussi copropriétaire de la société Tashilat SARL, qui a joué un rôle clé dans la fourniture de prêts hypothécaires après la guerre Israël-Liban de 2006, en soutien aux opérations d’al-Qard al-Hassan ainsi qu’à d’autres entités financières liées au Hezbollah telles que Yousser Company et Bayt al-Mal.
Sont également visés Issa Hussein Kassir, chargé de la logistique et des achats pour al-Qard al-Hassan, qui « a transféré près d’un million de dollars à d’autres responsables sanctionnés », notamment à Ahmad Mohammad Yazbeck, Abbas Hassan Gharib et Hasan Chehada Othman. Samer Hasan Fawaz, directeur administratif d’al-Qard al-Hassan depuis 2010, figure aussi parmi les sanctionnés. Imad Mohammad Bezz, responsable de l’évaluation et du stockage, est impliqué dans des opérations portant sur plus de 2,5 millions de dollars liés à l’or.
Ali Mohammad Karnib, chef du département des achats d’al-Qard al-Hassan, a supervisé l’acquisition de plus de 1000 onces d’or, tandis qu’Ali Ahmad Krisht, directeur de la branche de Tyr, « a travaillé en étroite coordination avec le directeur désigné d’al-Qard al-Hassan, Adel Mansour, ainsi qu’avec d’autres responsables ». Krisht est également lié à Hassan Moukalled, conseiller financier du Hezbollah sanctionné en 2023. Enfin, Mohammed Suleiman Badir, ancien directeur adjoint à Nabatiyé, est accusé d’avoir ouvert un compte conjoint avec Wahid Mahmoud Sbayti dans le cadre d’un mécanisme visant à contourner le système bancaire officiel.
La société Tashilat SARL est également sanctionnée pour avoir été « détenue, contrôlée ou dirigée, directement ou indirectement, par Nehme Ahmad Jamil, Ahmad Mohammad Yazbeck et Hussein al-Shami », lui-même désigné depuis 2006 pour son soutien au Hezbollah.
Ces sanctions ont été émises en vertu du décret présidentiel américain 13224, qui autorise à cibler les entités et individus « appartenant à, contrôlés par, ou agissant pour le compte » d’organisations terroristes, le Hezbollah étant classé comme tel depuis 2001.
Dans un communiqué, le sous-secrétaire au Trésor Michael Faulkender a déclaré que « ces responsables ont cherché à obfusquer l’intérêt du Hezbollah dans des transactions apparemment légitimes, exposant les banques libanaises à des risques importants en matière de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme, tout en permettant au groupe de canaliser des fonds à son propre profit ». Il a ajouté que « le Trésor demeure fermement engagé à démanteler l’infrastructure financière du Hezbollah et à limiter sa capacité à se reconstituer ».
Al-Qard al-Hassan, principal bras financier du Hezbollah, a suspendu à partir du 23 juin le versement des indemnités destinées aux victimes de la récente guerre avec Israël, en raison d’un manque de liquidités croissant malgré une campagne d’aide lancée après le conflit. Cette institution, qui fonctionne comme une banque islamique sans intérêt et est sanctionnée par les États-Unis depuis 2007 pour son soutien au Hezbollah, avait déjà reporté ses paiements en février, les suspensions s’étant ensuite prolongées jusqu’au gel total actuel. Près de 500 millions de dollars ont été versés aux sinistrés depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, mais ces fonds ne couvrent qu’environ la moitié des besoins, alors que la Banque mondiale estime les dommages causés par la guerre à près de 7 milliards de dollars, avec des coûts de reconstruction avoisinant 11 milliards.
Cette nouvelle vague de sanctions s’inscrit dans une série d’actions américaines visant à fragiliser les réseaux financiers du Hezbollah.


