Une agence d’al-Qard al-Hassan à Beyrouth. Photo d’archives Le Commerce du Levant
La Fondation al-Qard al-Hassan, l’un des principaux bras financiers du Hezbollah, a gelé, à partir du 23 juin et jusqu’à nouvel ordre, le versement de chèques destinés aux personnes touchées par la dernière guerre ayant opposé la milice chiite à Israël, a rapporté mardi 24 juin le journal al-Modon.
Selon al-Modon, des porteurs de chèques ayant tenté d’obtenir des explications sur ce gel se sont vu répondre par des responsables locaux du Hezbollah que « les fonds n’étaient pas disponibles pour le moment, mais le seront prochainement ».
À la suite de la guerre meurtrière d’un an entre Israël et le Hezbollah, le parti avait lancé une vaste campagne d’indemnisation des sinistrés par l’intermédiaire de son institution. Ces versements devaient couvrir la réparation de maisons et de commerces, compenser partiellement les pertes et « garantir un minimum de sécurité sociale et d’aide au logement », d’après al-Modon.
Al-Qard al-Hassan est une institution caritative et financière qui fait office de banque et d’organisme de microcrédit propre au Hezbollah. Elle fonctionne selon le principe islamique du prêt sans intérêt, en fournissant une aide financière sans recherche de profit. L’organisation est sanctionnée par les États-Unis depuis 2007, parce que l’institution a été reconnue comme fournissant un soutien financier au Hezbollah, que les États-Unis désignent comme une organisation terroriste étrangère .
En octobre 2024, Israël avait ciblé plusieurs agences d’al‑Qard al‑Hassan dans la banlieue sud de Beyrouth et dans le sud du Liban. Outre les dégâts colossaux de la guerre, la situation financière du parti est devenue bien plus compliquée depuis la chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie, coupant la ligne d’approvisionnement directe entre Téhéran et Haret Hreik. Des difficultés d'approvisionnement aggravées par le contrôle renforcé des frontières terrestres, maritimes et de l’Aéroport international de Beyrouth, et la surveillance accrue, par Washington et Tel-Aviv, des filières alternatives de contrebande opérant via la Turquie.
Depuis le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, près de 500 millions de dollars ont été versés aux sinistrés, selon les chiffres cités par al-Modon. Selon nos informations, le montant de ces aides oscillait entre e 12 à 14 000 dollars par famille dont le logement a été endommagé ou détruit (selon que ce dernier se situe au sud du pays ou dans la capitale). Mais à peine trois mois plus tard, un manque criant de liquidités se fait sentir : les fonds débloqués jusqu’à présent – et pour lesquels les familles des combattants et des partisans les plus loyaux ont été priorisés – ne couvrent qu’environ 50 % des besoins liés au relogement.
En février dernier, la Fondation avait déjà annoncé des reports de paiement en raison de « problèmes techniques et procéduraux internes », selon un communiqué de l’époque. Depuis, ces périodes de suspension se sont progressivement allongées, passant de quelques jours à plusieurs semaines, précise al-Modon. « Finalement, les paiements ont été conditionnés par des délais postérieurs à l’échéance des chèques. Puis le délai a été prolongé à trois mois. Désormais, un gel complet a été annoncé », poursuit al-Modon.
La Banque mondiale avait précédemment estimé les dommages physiques causés par la guerre entre Israël et le Hezbollah à 6,8 milliards de dollars, le secteur du logement étant le plus touché avec des dégâts évalués à 4,6 milliards de dollars. Les coûts de reconstruction, eux, étaient estimés à 11 milliards de dollars.


La religion est l’opium des peuples. Karl Marx.
00 h 57, le 28 juin 2025