Lama el-Amine artiste et réalisatrice libanaise. Photo tirée de son compte Instagram
« Eh ! toi, l’Éthiopienne, tu es dans la mauvaise file ! » C’est par ces mots qu’un agent de la Sûreté générale aurait interpellé Lama el-Amine, artiste et réalisatrice libanaise dont la mère est d’origine africaine, alors qu’elle se trouvait jeudi à l’Aéroport international de Beyrouth. Dans une vidéo publiée sur Instagram, elle dénonce une expérience « raciste » et « humiliante », vécue avec « une profonde douleur et une grande frustration ». Ce n’est « ni la première ni la deuxième fois » qu’un tel épisode lui arrive, assure-t-elle dans sa vidéo.
Contactée par L’Orient-Le Jour, une source au sein de la Sûreté générale indique « suivre l’affaire. L’enquête est en cours afin que nous puissions prendre les mesures nécessaires, une fois que nous aurons confirmé l’incident ».
Lama el-Amine raconte qu’en faisant la queue pour faire tamponner son passeport, un agent lui aurait crié dessus, sur un ton « fort, vulgaire et dégradant » : « Eh ! toi, l’Éthiopienne ! Tu es dans la mauvaise file ! » Elle choisit alors de l’ignorer. L’agent insiste : « Eh ! toi ! Enlève tes écouteurs et écoute-moi bien, l’Éthiopienne. Tu es dans la mauvaise file. » Elle lui répond : « Premièrement, je suis libanaise. Deuxièmement, toutes les personnes à la peau noire ne sont pas éthiopiennes, et tous les Libanais ne sont pas nécessairement blancs. Qu’est-ce qui te dérange ? Pourquoi refuses-tu d’accepter quelqu’un qui ne te ressemble pas ? » L’agent, assis derrière son guichet, lui aurait alors fait un geste de la main pour la faire taire.
La vidéo de la jeune femme a suscité une vague de réactions sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes libanais ont ainsi exprimé leur honte et leur colère face au comportement de l’agent. Certains ont salué le courage de Lama el-Amine. « On doit punir sans pitié ces actes de racisme et les Libanais devraient enfin comprendre que notre métissage est une force : normaliser l’intolérance, c’est trahir notre humanité. Force à toi », a commenté l’humoriste libanaise Coco Makmak.
Jointe par L’Orient-Le Jour, Lama el-Amine regrette qu’« aucun responsable politique » ne l’ait encore contactée. Elle espère que son message parviendra au président de la République, Joseph Aoun, et exige des excuses officielles, tout en appelant à l’adoption d’une loi pour lutter contre la discrimination et le racisme.
Accusée d’avoir « volé un passeport libanais »
Lama el-Amine n’est pas la seule Libanaise à dénoncer ces injustices. L’athlète Aziza Sbaity, née d’un père libanais et d’une mère libérienne et considérée comme la femme la plus rapide de l’histoire du Liban, a elle aussi été victime de racisme à plusieurs reprises, notamment dans des institutions publiques. Elle raconte qu’on l’a déjà accusée, aux services d’immigration, d’avoir « volé » un passeport libanais.
« Automatiquement, ils pensent que nous ne sommes pas libanais. Ils s’adressent aux personnes noires avec condescendance. Ça fait mal », confie-t-elle à L’Orient-Le Jour en dénonçant un « racisme flagrant dans les administrations » libanaises. « Il est difficile de changer une machine gouvernementale figée dans le passé », conclut-elle.



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20 h 33, le 30 juin 2025