Un bureau de l'Unrwa à Saïda, au Liban-Sud. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Le 23 juin, quatre professeurs palestiniens officiant au Liban ont été licenciés par l’Unrwa, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens. Le média propalestinien en ligne Palestinian Information Center affirme qu’il s’agit de Hassan el-Sayyid, directeur de l'école al-Qods à Beyrouth ; Ibrahim Maraï, directeur de l'école Hatine à Saïda (Sud) ; Maher Tawieh, enseignant à l'école secondaire Amqa dans le camp de Nahr al-Bared (Nord) et Osama el-Ali, enseignant à l'école secondaire Nazareth dans le camp de Beddaoui (Nord). Le média ajoute qu'ils étaient suspendus depuis novembre 2023. La décision ferait suite à des publications sur les réseaux sociaux par les quatre professeurs, au sujet de la guerre en cours à Gaza, dont certaines en faveur du 7-Octobre et du Hamas.
Certaines de ces publications ont été répertoriées par UN Watch, une ONG pro-israélienne fondée par l'ex-ambassadeur des États-Unis aux Nations unies à Genève Morris B. Abram. Cette association affirme documenter ce qu'elle qualifie de positions anti-israéliennes des employés au sein des différentes agences onusiennes. Pour Hassan el-Sayyid, UN Watch lui attribue des publications dans lesquelles il évoque « l'honneur et la bravoure » représentés par le 7-Octobre et qualifiant les membres du Hamas l'ayant perpétré de « héros et chevaliers ». UN Watch attribue à Ibrahim Maraï des publications faisant l'éloge de Ismaïl Haniyé, ex-leader du Hamas assassiné par Israël à Téhéran le 31 juillet 2024, ainsi que de Fateh Charif Amine, chef du Hamas au Liban et ancien professeur de l'Unrwa, tué par une frappe israélienne en septembre 2024. L'ONG lie Maher Tawieh à deux publications au sujet de Fateh Charif Amine lors de sa mort. Enfin, Osama el-Ali rend hommage à Ismaïl Haniyé et Hassan Nasrallah, ex-leader du Hezbollah assassiné par Israël le 27 septembre 2024 à Beyrouth.
Le 25 juin, l’Association des enseignants palestiniens au Liban a publié un communiqué, disant « condamner et rejeter » la décision de l’Unrwa. Le texte affirme que le licenciement aurait eu lieu sur la base de « l’appartenance nationale » des professeurs et de « leur expression quant aux causes justes de leur peuple ». L’association poursuit, accusant l’agence onusienne « d’exploiter le principe de “neutralité” comme outil de représailles contre tous ceux qui s’opposent aux politiques injustes menées par l’administration de l’Unrwa ». Considérant que la décision constitue « un dangereux précédent qui affecte la liberté d’expression », l'association accuse l’Unrwa d'avoir « réduit l’espace de liberté des employés palestiniens » et « fait pression sur eux pour qu’ils se distancient de leur cause ». L’association a appelé enfin l’agence onusienne à revenir sur cette décision « malveillante et injuste. »
Une enquête menée par l'agence
Contactée, l’Unrwa affirme que ces quatre membres du personnel ont été démis de leurs fonctions « en raison de violations des principes humanitaires » de l’agence ainsi que « d’autres cas de fautes professionnelles », sans en dire plus. La décision émane du quartier général de l’Unrwa, à Amman, en Jordanie. Les principes humanitaires invoqués sont ceux de « la neutralité, de l’impartialité et de l’indépendance. » Le message transmis par l’agence indique que ces « mesures disciplinaires ont été imposées après une enquête interne approfondie, impartiale et objective menée par le département des services de contrôle interne » depuis Amman, que les membres du personnel ont eu la possibilité « de répondre aux allégations » et qu’ils ont connaissance des conclusions de l’enquête.
Dans son texte, l’Unrwa affirme que si elle respecte le droit du personnel d’avoir et d’exprimer « des opinions personnelles, des croyances politiques, des convictions religieuses et des sentiments nationaux, tous les membres du personnel sont tenus de se conformer pleinement aux politiques, règles et règlements » de l’agence. Celle-ci conclut en affirmant qu’« apporter un soutien humanitaire aux civils de Gaza, défendre leur situation humanitaire désastreuse et exprimer des sentiments d'appartenance nationale – y compris sur les réseaux sociaux – n'enfreint pas le cadre réglementaire » de l’agence, mais que tout personnel doit le faire conformément aux règles internes et en respectant « les obligations en tant qu’employé » des Nations unies.
L’Unrwa, dans le viseur de Washington et Tel-Aviv, s’est retrouvée au cœur d’une polémique depuis qu’Israël a accusé, au cours de la guerre à Gaza, des employés de l’agence d’être impliqués dans l’attaque meurtrière du 7 octobre perpétrée par le Hamas. En septembre 2024, Fateh Charif Amine, enseignant, directeur d’école et président de l'Union des enseignants de l'Unrwa au Liban, qui était suspendu depuis six mois par l’agence, avait été tué dans une frappe israélienne. Il s'est avéré être le chef du Hamas au Liban.
L'Orient-Le Jour a contacté Hassan el-Sayyid, l'un des enseignants licenciés qui est aussi le président de l'association des professeurs de l'Unrwa. En réponse, celui-ci a partagé une vidéo avec notre publication, dans laquelle il reprend les éléments du communiqué publié le 25 juin, dénonçant la décision de l'agence onusienne.



