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Trop d’art pour un si petit pays ?

Chère lectrice, cher lecteur,

De Beyrouth à Venise, en passant par Paris, les artistes libanais prouvent que si le pays tangue, sa scène, elle, voyage en première classe. Dans un monde devenu un « global village », les créateurs du Cèdre refusent de jouer petit bras. Ils s’exilent, s’exposent, s’imposent — armés de talent, de rage, et souvent d’un humour très local, genre noir, corsé, sans sucre.

Prenez Journée de noces chez les Cromagnons, pièce de Wajdi Mouawad censée être montée à Beyrouth. Entre menace et censure, elle a préféré faire ses bagages pour la France. Pas question de se taire, surtout quand le théâtre se veut miroir déformant d’une société en ruines. Aïda Sabra, pilier de cette création, n’a pas la langue dans sa poche ni le cœur en berne : sur scène, elle « donne tout », comme elle le confie, incapable de faire semblant. Une sincérité brutale qui traverse les frontières sans visa.

À la Biennale de Venise, le pavillon libanais refuse le silence avec « La terre se souvient ». Le Liban y parle d’exil, de mémoire et de sol, à défaut de pouvoir le cultiver en paix. Rifaat Torbey, quant à lui, crie son amour-haine pour le théâtre libanais : ça paie en gloire, dit-il, pas en loyer - mais quelle gloire !

Dans un autre coin du monde, Marie Khouri sculpte son histoire entre Vancouver et Beyrouth, pendant que les nuits beyrouthines vibrent de pop arabe « trop nawré », résonnant comme un remix moderne de l’Orient. Même Charlotte Gainsbourg, au détour d’un entretien, nous rappelle qu’entre mémoire, deuil et provoc’, les blessures sont universelles.

Ainsi va l’art libanais : nomade, viscéral, mondialisé — mais jamais déraciné.

Bonne lecture !

Maya Ghandour Hert

Cheffe du service culturel 

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