Manifestation contre la loi sur la libéralisation des loyers des locaux non résidentiels devant le Sérail, à Beyrouth, le 10 juin 2025. Lyana Alameddine/L’Orient-Le Jour
Plus d’une cinquantaine de manifestants ont protesté mardi matin devant le Sérail de Beyrouth contre la loi sur la libéralisation des loyers non résidentiels, rapporte notre journaliste sur place Lyana Alemeddine.
Le président de la République, Joseph Aoun, avait signé jeudi 5 juin cette loi pour la deuxième fois, de même que celle sur les retraites des enseignants. Les deux lois avaient été publiées au Journal officiel le 3 avril, mais invalidées par le Conseil constitutionnel (CC) en raison d’un vice de procédure. En effet, elles avaient été promulguées par le locataire de Baabda sans le contreseing du Premier ministre, Nawaf Salam.
Une loi « injuste »
Cette loi prévoit notamment la libéralisation des loyers conclus avant 1992, au bout d’une période de transition maximale de quatre ans après son entrée en vigueur. Un propriétaire peut ainsi soit réclamer une augmentation progressive des loyers, soit y renoncer, en attendant l’éviction des lieux dans un délai de deux ans. La nouvelle législation met ainsi fin au gel des loyers, très défavorable aux propriétaires, à cause de l’inflation, ainsi que de la dévaluation monétaire depuis la crise financière de 2019.
Castro Abdallah, président de la Fédération nationale des syndicats et des employés du Liban (Fenasol), a appelé le gouvernement libanais à revoir cette loi et à mettre en place un nouveau plan équitable pour les locataires de locaux résidentiels et non résidentiels. « Cette loi est injuste. Plus de 300 écoles publiques seraient contraintes de voir leurs élèves les plus pauvres quitter l’apprentissage. Des usines, des pharmacies, des boulangeries, des institutions seront menacées, nous n’allons pas accepter de subir cette injustice pour le bonheur des compagnies immobilières », s'est-il insurgé.
Pour rappel, le Parlement avait adopté en 2014 une loi qui entamait un processus de libéralisation progressif des anciens loyers résidentiels, mais la situation n’avait plus évolué depuis.
Ali Jamal, un commerçant, a expliqué être sur les lieux pour « défendre (ses) droits ». « Qu’ils (les propriétaires) augmentent (les baux), mais pas autant. Il faut que nous soyons tous les deux sur un pied d'égalité», a-t-il ajouté. Un autre manifestant a estimé que « cette décision jette les commerçants à la rue ». « Alors que les responsables politiques, ont volé le Liban, ils tentent de compenser à nos dépens », a-t-il dénoncé.
Zahra, 24 ans, pharmacienne à Beyrouth, a dénoncé cette décision qu’elle juge « injuste ». Elle manifeste au nom du propriétaire de la pharmacie où elle travaille, ouverte depuis 75 ans à Hamra. « Ils veulent augmenter les loyers de manière drastique, et non pas de façon équitable. Il est même possible de voir la pharmacie fermer ses portes », a-t-elle regretté, tout en soulignant que les « locataires ne sont pas opposés à une loi, à condition qu’elle soit juste pour les deux parties ».



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