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Société - Liban-Nord

Un spectacle d'humour annulé sous la pression de manifestants religieux à Tripoli

Plus d'une centaine d'individus ont exigé l'arrêt d'une représentation du Comedy club Awk.word devant se tenir dans le théâtre « Stereo Kawalis », dans le quartier de Mina.

Un spectacle d'humour annulé sous la pression de manifestants religieux à Tripoli

Un spectacle organisé par le collectif "Awk.word comedy club" à Beyrouth. Photo tirée du compte Facebook de Awk.word

Un spectacle de stand-up du Awk.word Comedy Club a été annulé de force dans le quartier de Mina, à Tripoli, samedi soir, après que des manifestations pour protester contre la tenue de l'événement ont éclaté devant le théâtre « Stereo Kawalis », près du nouveau bâtiment municipal de la ville.

Alors que la première partie du spectacle qui a débuté à 19h30 avait eu lieu sans encombre plus tôt dans la soirée, la seconde, prévue à 22h30, a été annulée de force après que des centaines d'individus se sont rassemblés pour exiger de façon véhémente l'annulation du spectacle accusé d'être « offensant pour les sacrements religieux » et « blasphématoire ».


« La religion de Dieu ne se fera pas insulter ici ! »

Sur les images disponibles, on peut voir une masse compacte de manifestants encerclant la salle de spectacle tout en scandant « Allah Akbar ». Le mouvement a conduit à l'annulation immédiate de l'événement, avant même que la partie principale du spectacle puisse débuter. Les comédiens censés jouer et une partie du public qui était sur place ont été évacués par une porte dérobée, a indiqué à L'Orient-Le Jour l'un des membres d'Awk.word. Les Forces de sécurité intérieure se sont déployées sur place pour disperser la foule.

La manifestation a été précédée d'une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux, dans laquelle on y voit un homme tenir des propos menaçants à l'encontre des organisateurs et des artistes censés participer au show. « Il est du devoir de la Sûreté générale qui a autorisé ce groupe, poursuivi pour des infractions odieuses à l'encontre des religions, d'arrêter cette représentation immédiatement. La religion de Dieu ne se fera pas insulter ici ! », s'exclame-t-il. « Nous ne leur permettrons pas d'organiser ce spectacle, même s'ils ont obtenu l'autorisation », a ajouté un cheikh en habit religieux au milieu de la foule. « Nous ne permettrons pas que l'on puisse insulter Dieu et son prophète dans notre pays. L'État est responsable du maintien de la sécurité, et il ne relève pas de la sécurité de laisser des gens insulter les religions des uns et des autres », a-t-il lancé.

Pour mémoire

Le comédien Nour Hajjar finalement relâché

L'un des sept comédiens présents sur les lieux, Mohammad Berslane, s'est exprimé sur ses réseaux sociaux pour donner sa version des faits. « Le public était incroyable lors de la première partie, tout s'était très bien passé. Nous ne nous attendions pas à recevoir un tel accueil, les gens étaient juste venus pour rire et nous demandaient de revenir plus souvent », commence-t-il. « Puis lorsque nous sommes revenus dans le bâtiment après le dîner, nous avons attendu ces dizaines de personnes crier 'Allah Akbar' de façon agressive depuis l'intérieur du bâtiment. Certains spectateurs étaient terrifiés et tremblaient », rapporte-t-il.

Et d'ajouter : « Des gens du théâtre essayaient de négocier avec un cheikh, alors je suis allé vers la porte pour voir ce qui se passait. J'ai croisé le regard d'un homme qui a mimé un signe d'égorgement en disant 'on va vous massacrer'. Ensuite, nous sommes tous sortis par la porte de derrière, en marchant comme si de rien n'était. Nous avons croisé quelques jeunes qui couraient vers l'autre entrée, mais comme prévu, ils ne savaient même pas qui nous étions, alors nous avons pu partir sans encombre ». Aucune agression n'a finalement été rapportée, selon lui.


Spectacle annulé à Saïda

Ce nouvel incident s'inscrit dans une longue lignée de polémiques lancées par les milieux conservateurs à l'encontre du monde du stand-up, portant atteinte à la liberté d'expression des artistes souhaitant aborder des problématiques politiques ou religieuses. Deux semaines plus tôt, un autre spectacle du Awk.word Comedy Club avait été déprogrammé à Saïda, autre grande ville à majorité sunnite, après que des menaces ont été proférées à l'encontre du lieu censé accueillir l'événement, le théâtre Ichbilia.

L'année dernière, deux comédiens, Nour Hajjar et Shaden Fakih, avaient été particulièrement visés par de virulentes campagnes en ligne, alors que les manifestants ont cru, à tort, que ces derniers allaient se produire à Tripoli samedi soir. Le premier d'entre eux a réagi sur son compte personnel à l'incident : « Je n'ai rien à voir avec ce spectacle et je n'étais pas présent », a-t-il écrit sur Instagram. « Il y a des groupes sur WhatsApp qui republient le même extrait de moi qui date d'il y a huit ans. J'ai été emprisonné à cause de cette vidéo et je suis toujours sous le coup de poursuites judiciaires », a-t-il poursuivi. En août 2023, l'humoriste avait été placé en garde à vue par la police militaire après une plainte déposée à son encontre par Dar el-Fatwa, la plus haute autorité sunnite du Liban, pour une blague évoquant l'armée libanaise.

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L'humoriste Shaden Fakih quitte le Liban, après une polémique religieuse sur un de ses sketchs

La même chose était arrivée en 2024 à Shaden Fakih, également visée par une campagne diffamatoire virulente ainsi que par des plaintes de Dar el-Fatwa et du Conseil supérieur chiite pour « blasphème, atteinte aux symboles religieux et incitations aux conflits sectaires et racistes ». Ces accusations ont été lancées à la suite d'un sketch tournant en dérision les comportements de certains dignitaires religieux musulmans.

Depuis, la comédienne est toujours contrainte de vivre en dehors du Liban après avoir été menacée de viol, ainsi que sa sœur et sa mère ou encore d'avoir sa « langue coupée et donnée aux chiens », depuis la diffusion du sketch. Une manifestation avait déjà été organisée à l'époque à Tripoli pour protester contre le contenu du sketch. « Je ne voulais pas quitter le pays, mais l'État ne peut pas me protéger. Je continuerai néanmoins à parler et à me battre », avait alors déclaré l'artiste, qui était en tournée au Canada au moment où la polémique a éclaté.

Un spectacle de stand-up du Awk.word Comedy Club a été annulé de force dans le quartier de Mina, à Tripoli, samedi soir, après que des manifestations pour protester contre la tenue de l'événement ont éclaté devant le théâtre « Stereo Kawalis », près du nouveau bâtiment municipal de la ville.Alors que la première partie du spectacle qui a débuté à 19h30 avait eu lieu sans encombre plus tôt dans la soirée, la seconde, prévue à 22h30, a été annulée de force après que des centaines d'individus se sont rassemblés pour exiger de façon véhémente l'annulation du spectacle accusé d'être « offensant pour les sacrements religieux » et « blasphématoire ».« La religion de Dieu ne se fera pas insulter ici ! »Sur les images disponibles, on peut voir une masse compacte de manifestants...
commentaires (7)

Les religieux qui se prennent pour LA Religion peuvent facilement entraîner des pauvres gens qui n'ont plus que la Foi pour survivre. Ils organisent la pagaille contre le bien-être social ! L'Etat doit les arrêter et ne pas céder à leur fanatisme.

Fredo

01 h 39, le 03 juin 2025

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Commentaires (7)

  • Les religieux qui se prennent pour LA Religion peuvent facilement entraîner des pauvres gens qui n'ont plus que la Foi pour survivre. Ils organisent la pagaille contre le bien-être social ! L'Etat doit les arrêter et ne pas céder à leur fanatisme.

    Fredo

    01 h 39, le 03 juin 2025

  • La prochaine foit faites un programme qui commence par critiquer pendant 45 minutes les rabins juifs puis pendant 30 minutes les pretres chretiens puis pendant 15 minutes les responsables religieux musulmanst peut etre ils changeront d'avis et vous laisseront effectuer votre programme ou alors vous arreterez votre programme au bout d'une heure A ETUDIER POUR AVOIR UNE LIBERTE D'EXPRESSION MEME SI ELLE N'EST PAS A 100 %

    LA VERITE

    14 h 15, le 02 juin 2025

  • Et qu’est il arrivé à celui qui revendique le contrôle de notre pays en menaçant les artistes? L’état devrait agir sans trembler pour empêcher que des extrémistes prennent le contrôle de notre pays en jugeant sévèrement et sans trembler tous ces fauteurs de troubles qui n’ont que faire de la religion mais préfèrent semer le chaos si l’état se montrerait indulgente pour prendre le contrôle de certaines régions toujours au nom d’un dieu qui ne les reconnaît pas.

    Sissi zayyat

    12 h 19, le 02 juin 2025

  • Liban pays FÉDÉRAL. SVP . Sans frustration et sans avoir à imposer sa vision aux autres. FÉDÉRAL FÉDÉRAL FÉDÉRAL svp… y a t il un responsable vraiment responsable dans ce pays qui oserait poser ce projet pour notre Liban unifié mais fédéral ?

    LE FRANCOPHONE

    01 h 05, le 02 juin 2025

  • Et après les gens de Saida et Tripoli se demandent comment faire pour attirer des investisseurs et touristes ? Quelle personne normale veut aller se faire lyncher ou lapider à Kandahar?

    Mago1

    19 h 45, le 01 juin 2025

  • Triste triste pays… Nous sommes deux peuples, deux cultures, emprisonnés dans un pays unique. Quand le rire et l’autodérision sont interdits, que reste-t’il à l’humain?

    Tabouleh Fattouche

    18 h 46, le 01 juin 2025

  • Un très bon retour en arrière pour le droit à l'expression et un grand bond en avant pour les obscurantistes arriérés.

    Zeidan

    18 h 14, le 01 juin 2025

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