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Moyen-Orient - Justice Transitionnelle

L’équipe syrienne derrière César appelle à une « justice durable » en Syrie

Après des années de travail clandestin, l’ONG Caesar Files for Justice est sortie de l'ombre le 28 mai à Paris en alertant sur « le désintérêt croissant des médias et des autorités de transition sur le dossier de la justice pour les victimes de torture et de disparition forcée ».

L’équipe syrienne derrière César appelle à une « justice durable » en Syrie

Certains clichés de César révélant la torture dans les prisons du régime de Bachar el-Assad montrés au Congrès américain en 2014. Photo AFP

« La chute du régime Assad n’est pas la fin du combat, mais le début du chemin vers une Syrie libre, démocratique, basée sur l’État de droit et la redevabilité. » Par ces mots, Mohammad Hassan, membre du conseil de Caesar Files for Justice (CF4J), donne le « la » de la conférence « Témoins de la justice : en quête de vérité et de responsabilité en Syrie – et après ? », organisée à la mairie de Paris le 28 mai par CF4J avec les ONG Access for Human Rights et Revivre.

Certes, il y a l’apparat de l’hôtel de ville et la remise par Jean-Luc Romero-Michel, adjoint au maire, de la médaille d’honneur de la ville de Paris à tous les membres de CF4J, basé dans la capitale. Mais si l’équipe constituée autour de Farid al-Mazhan, alias César, l’homme ayant exfiltré plus de 50 000 photos montrant la torture dans les prisons syriennes au péril de sa vie, décide de sortir de l’ombre six mois après la chute du régime à laquelle ils ont contribué, c’est moins pour recevoir des honneurs que pour rappeler au nouveau pouvoir de Damas l’indispensable poursuite du travail de justice.

Oussama Othman (au milieu), directeur exécutif de CF4J, s'exprime à l'hôtel de ville de Paris le 28 mai. Photo Emmanuel Haddad
Oussama Othman (au milieu), directeur exécutif de CF4J, s'exprime à l'hôtel de ville de Paris le 28 mai. Photo Emmanuel Haddad


« Désintérêt croissant des autorités pour la justice »

Le choix de CF4J de s’exprimer depuis Paris et non Damas tient au rôle joué par la France dans la mise en lumière des preuves exfiltrées par César, qui n’a pas pu être présent. Éric Chevallier, ex-ambassadeur de France en Syrie, rappelle avoir été envoyé par le Quai d’Orsay en 2012 pour rencontrer l’ex-photographe de la Police militaire syrienne, et l’avoir retrouvé en pleine nuit dans un appartement de la banlieue d’Istanbul. « Je lui ai offert, au nom de la France, l’environnement nécessaire afin d’être à l’abri pour témoigner de ce qu’il a vu et photographié, pour la mémoire des victimes, leurs familles, mais aussi pour l’histoire et la justice. » La suite est connue. Sur l’initiative de la France, les clichés insoutenables de César sont montrés au Conseil de sécurité de l’ONU en avril 2014, puis le lanceur d'alerte témoigne en août de la même année devant le Congrès américain, capuche bleue et lunettes noires. Cela aboutira à l’adoption en 2019 du Caesar Syria Civilian Protection Act, un ensemble de sanctions américaines s’imposant aussi aux entités hors des États-Unis, qui a contribué à affaiblir le régime Assad.

Oussama Othman, alias Sami, directeur exécutif de CF4J ayant travaillé au côté de César depuis 2011, revient sur l’autre raison derrière cet appel de Paris : « Six mois après la chute du régime, on voit un désintérêt croissant des médias et des autorités de transition sur le dossier de la justice pour les victimes de torture et de disparition forcée. Or cette cause est prioritaire avant toutes les autres, y compris la reconstruction et le retour des services de base », estime-t-il.

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Les nouvelles autorités ont annoncé la création d’une commission nationale pour la justice transitionnelle et d’une commission sur les personnes disparues, des signes positifs, mais insuffisants selon certaines voix de la société civile. Éric Chevallier a dit espérer que la documentation obtenue par CF4J sur les crimes de l’ancien régime nourrira le travail de ces nouvelles institutions.

« Nouveau contrat social »

Dans un communiqué publié le 18 mars à l'occasion du quatorzième anniversaire de la révolution syrienne, l’équipe de CF4J rappelait que « la justice n’est pas un slogan répété dans les conférences internationales ou un outil de négociations politiques ». Après être revenu sur les années de travail clandestin et bénévole de l'équipe de CF4J, Oussama Othman affirme que l’ONG cherche aujourd'hui à s'institutionnaliser, sans pour autant perdre son indépendance, ayant refusé des financements « qui visaient à faire du dossier humaniste de la justice en Syrie un dossier partisan ou lié aux intérêts d’un État », sans donner plus de précision. Le communiqué du 18 mars mettait aussi en garde contre « l’octroi de l’impunité aux responsables des atrocités, qui mènerait à la répétition des erreurs du passé et permettrait à l’oppression de prendre de nouvelles formes ». Plusieurs cas de remise en liberté de responsables de l’ancien régime responsables de terribles crimes ont récemment choqué l’opinion publique en Syrie. 

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Outre les photographies de César, Oussama Othman précise que l’ONG a documenté des violations de droits humains entre 2011 et 2024, et qu’elle entend poursuivre sa mission pour « une justice durable basée sur trois piliers : la redevabilité, la réparation pour les victimes et l’absence de répétition ». Sur ce dernier point, il met en garde : la garantie de la non-répétition des crimes du passé « ne doit pas dépendre du pouvoir à Damas, qui repose entre les mains d’un leader charismatique », estime-t-il. « Voilà pourquoi on a besoin des tribunaux indépendants en Europe et d'organisations de la société civile. »

Dans son communiqué final publié le 29 mai, CF4J dit espérer « collaborer avec un gouvernement qui considérera la justice non seulement de manière rétrospective, mais aussi comme une pierre angulaire d’un avenir juste », tout en précisant que si « la justice transitionnelle doit être façonnée par les Syriens, pour les Syriens, un soutien international reste essentiel pour atteindre nos objectifs communs ».

« La chute du régime Assad n’est pas la fin du combat, mais le début du chemin vers une Syrie libre, démocratique, basée sur l’État de droit et la redevabilité. » Par ces mots, Mohammad Hassan, membre du conseil de Caesar Files for Justice (CF4J), donne le « la » de la conférence « Témoins de la justice : en quête de vérité et de responsabilité en Syrie – et après ? », organisée à la mairie de Paris le 28 mai par CF4J avec les ONG Access for Human Rights et Revivre.Certes, il y a l’apparat de l’hôtel de ville et la remise par Jean-Luc Romero-Michel, adjoint au maire, de la médaille d’honneur de la ville de Paris à tous les membres de CF4J, basé dans la capitale. Mais si l’équipe constituée autour de Farid al-Mazhan, alias César, l’homme ayant exfiltré plus de 50 000 photos montrant la torture...
commentaires (1)

On peut parler de torture sous le régime des Assad su le nouveau est nickel. L’actuel président syrien, issu de l’islamisme le plus radical, est pire que son prédécesseur. Chassez le naturel, il revient au galop.

Hitti arlette

19 h 05, le 31 mai 2025

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Commentaires (1)

  • On peut parler de torture sous le régime des Assad su le nouveau est nickel. L’actuel président syrien, issu de l’islamisme le plus radical, est pire que son prédécesseur. Chassez le naturel, il revient au galop.

    Hitti arlette

    19 h 05, le 31 mai 2025

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