Chère lectrice, cher lecteur,
D’Abou Dhabi à Enfé, en passant par Doha, Cannes ou Beyrouth, l’art se déploie comme un fil tendu entre territoires éclatés. Ni tout à fait enraciné, ni tout à fait déraciné, il circule, relie, interroge.
À Abou Dhabi, l’art coréen s’impose dans les institutions de l’émirat comme un levier de soft power et de rayonnement culturel. À Doha, un duo libanais transforme 250 000 porte-clés du Mondial en sculpture publique, entre geste esthétique et relecture critique de la consommation.
À Beyrouth, Samir Sayegh trace ses « soutours », lignes d’encre et d’ombre, dans un dialogue méditatif avec la mémoire. À Enfé, Pascale Feghali filme la vie quotidienne comme on sauvegarde une langue menacée : avec une caméra, une écoute, et beaucoup de délicatesse.
Et sur la Croisette, une panne de courant sème le trouble. Cate Blanchett s’essaye à l’activisme poli, pendant que le chaos technique rappelle, avec une ironie presque libanaise, que même les temples du cinéma ne sont pas à l’abri des court-circuits du réel.
Dans To a Land Unknown, projeté au Metropolis, Mahdi Fleifel suit deux cousins palestiniens pris dans les limbes migratoires entre le Liban, la Grèce et l’Europe. Un récit d’exil sans ancrage, où la quête de dignité devient la seule géographie possible.
Face aux récits dominants, ces œuvres fragmentées composent une autre carte du monde : mouvante, vulnérable, mais résolument connectée.
Bonne lecture !
Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel
OLJ /
le 28 mai 2025 à 16h38