Chère lectrice, cher lecteur,
En une semaine, cinq créations théâtrales ont secoué les scènes libanaises comme autant de décharges électriques. Cinq coups de théâtre, au sens propre : mémoire en ruine, désir sous tension, satire sociale, censure religieuse, éclats de joie désespérée. Les metteurs en scène frappent fort. Et ça fait du bien.
Avec Ghasaq, Chrystèle Khodr exhume les restes d’une génération née dans les gravats de la guerre civile. C’est sec, frontal, déchirant. À Saïda, Hanane Hajj Ali déclenche une tempête en récitant une prière dans sa pièce Jogging. Une scène, un mot, et la voilà devenue hérétique, et voilà la liberté artistique crucifiée sur l’autel de la morale religieuse.
À Beyrouth, Lucien Bourjeily dégaine Bi Barcelone, comédie débridée où deux couples libanais s’égarent dans un week-end à quatre, entre mensonges, sexe et faux-semblants. Le vaudeville devient miroir cruel d’une société bien plus libertine qu’elle ne veut l’admettre.
Dans Vénus, Jacques Maroun explore l’ivresse du pouvoir et du désir dans un face-à-face brûlant entre metteur en scène et actrice. Qui domine qui ? Le théâtre tranche : c’est toujours le texte qui gagne.
Enfin, Anything Goes, Kello Masmouh de Roy el-Khoury avec Carole Samaha, envoie tout valser. Rire, danser, pleurer. Ici, la joie est une riposte. Une claque aux drames de la vie. Un pied de nez au désespoir.
Mémoire, sexe, foi, satire, rire : cinq pièces, cinq terrains minés. Le théâtre libanais, lui, avance tête haute – et verbe armé.
Bonne lecture !
Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel
OLJ /
le 15 mai 2025 à 12h11