Chère lectrice, cher lecteur,
Il y a des mois comme des boîtes noires : on les ouvre, et tout un vacarme s’en échappe. Avril, au Liban, n’est jamais innocent.
Depuis un demi-siècle, le 13 avril revient avec ses fantômes. Ce jour fatidique de 1975, des couples se mariaient, des balles sifflaient, et le pays se mettait déjà en mode autodestruction. Aujourd’hui, les films, les pièces, les souvenirs nous rappellent que le passé, sous notre ciel si bleu, est un muscle douloureux qu’on ne cesse de solliciter. Et pourtant, quelque chose en nous résiste. Une voix de femme, peut-être, comme celle de Hoda Barakat, qui écrit « sous les bombes » avec la précision d’un chirurgien et l’obstination d’une survivante. Son dernier roman, récompensé, n’est pas une consolation mais un acte de lucidité.
À l’Institut du Monde Arabe, une autre voix s’élève, celle de Gaza. Détruite, muselée, pillée, elle retrouve à Paris quelques fragments de son histoire plurimillénaire.
Et puis il y a les souvenirs plus tendres, ceux qui cuisent à feu doux. Nadim, le fils du célèbre Chef Ramzi, évoque son père non pas comme une légende, mais comme un legs. Parce que même dans le chaos, la cuisine reste une langue maternelle.
Et l’on se demande si Adolescence, la série phare de Netflix, parle du Liban. Bien sûr qu’elle en parle. L’adolescence, ici aussi, est une saison sans fin.
Bref, en avril, on marche sur le fil : entre la mémoire et la marmite, la guerre et les mots.
Bonne lecture !
Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel
OLJ /
le 16 avril 2025 à 16h49