La commission parlementaire des Affaires étrangères au Parlement en présence du chef de la diplomatie Joe Raggi, le 2 avril 2025. Ali Fawaz/Parlement libanais
Rarement, une réunion de la commission parlementaire des Affaires étrangères a fait couler autant d’encre. Mercredi, les députés de cette commission se sont entretenus pour la première fois avec le nouveau ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, à la Chambre. Une démarche qui tire son importance de son timing, puisqu’elle est intervenue en plein regain de tensions entre le Hezbollah et Israël. Dans ce contexte, le Liban officiel joue la carte diplomatique à fond pour mettre fin à l’escalade ainsi qu’à l’occupation israélienne de plusieurs points du Sud, ce que Tel-Aviv conditionne implicitement à la normalisation des rapports. La séance de mercredi était donc une parfaite occasion pour Joe Raggi – ministre nommé par les Forces libanaises et qui s’est retrouvé à plusieurs reprises sous le feu du Hezbollah – de mettre les points sur les « i », notamment pour ce qui est du rejet de la normalisation et de la poursuite des contacts diplomatiques pour imposer le retour au calme conformément au cessez-le-feu de novembre. Un pari vraisemblablement gagné pour le ministre qui a réussi à arracher à tous les protagonistes, dont le tandem chiite, un feu vert à ses efforts.
Pendant que Walid Baarini, député du Akkar, lançait sur X un « oui » surprenant à une normalisation des rapports entre Beyrouth et Tel-Aviv, Joe Raggi barrait la voie à cette éventualité devant les députés réunis sous la houlette de Fadi Alamé (Amal), président de la commission des Affaires étrangères. « Il a affirmé qu’il n’est pas question pour le Liban officiel d’adopter une telle position, rappelant que le président de la République, Joseph Aoun, et le Premier ministre, Nawaf Salam, sont contre toute normalisation », affirme à L’Orient-Le Jour Fadi Alamé, laissant entendre que tous les députés présents à la réunion, y compris ceux du tandem chiite, étaient satisfaits de ces propos.
Cette déclaration du ministre des AE a sonné comme une réponse aux accusations lancées contre lui ces derniers jours par des figures de proue du Hezbollah, dont le député Ibrahim Moussaoui, de presser pour que le Liban reconnaisse Israël sous l’effet d’un forcing américain dans ce sens. Ce parlementaire avait également accusé M. Raggi (sans le nommer) de justifier les frappes israéliennes contre des cibles au Liban en affirmant que le désarmement total du Hezbollah était une disposition du cessez-le-feu de novembre. Sauf que c’est sous le regard de M. Moussaoui que Joe Raggi a affirmé que personne n’a évoqué avec les autorités libanaises cette option, même pas dans les coulisses, indique à L’OLJ une source proche du palais Bustros, à la veille de la seconde visite de l’émissaire américaine, Morgan Ortagus, à Beyrouth.
Le cessez-le-feu, la 1701 et… la 1559
De toute évidence, ce nouveau déplacement de l’envoyée spéciale américaine devrait évoquer la situation entre le Liban et Israël et l’avenir du cessez-le-feu. De sources parlementaires concordantes, on apprend à ce sujet que le ministre des AE a exposé devant ses interlocuteurs les grandes lignes des contacts qu’il mène dans ce cadre, notamment avec les représentants des pays garants de l’accord de novembre, à savoir les États-Unis, la France, ainsi que la Force intérimaire des Nations unies. « Nous avons écouté avec attention l’exposé de M. Raggi, d’autant plus que tout le monde veut éviter le retour à la guerre à l’heure actuelle », indique Fadi Alamé.
Si M. Raggi n’a pas exposé tous les détails du chantier en cours, il a plaidé devant les députés pour l’application de la résolution 1701 (2006) du Conseil de sécurité. Ce texte appelle au retrait du parti chiite vers le nord du Litani et fait référence à la résolution 1559 stipulant le désarmement « de toutes les milices libanaises et non libanaises ». « Cette prise de position n’a pas suscité le mécontentement des représentants du duo chiite », confie la source proche du ministre. « La réunion s’est tenue dans une atmosphère positive », indique même à notre journal Ali Ammar, député Hezbollah qui était présent, sans donner plus de détails. Dans les coulisses du palais Bustros, on fait savoir que le ministre est sorti satisfait de la réunion, espérant que la démarche pourra se répéter dans un avenir proche.
Il n’empêche que lors de la séance, certains députés ont adressé des reproches au ministre. Ceux-ci seraient principalement articulés autour du silence du palais Bustros à la suite de la frappe menée vendredi dernier par Israël dans la banlieue sud pour la première fois depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Un point auquel Joe Raggi a répondu en expliquant que les trois pôles du pouvoir (le président de la République, le Premier ministre et le président de la Chambre) ont condamné cette frappe. Et d’ajouter que parallèlement, il menait des contacts de haut niveau pour contenir l’escalade et éviter le pire. « Ce qui nous importait le plus était de mettre en évidence le fait que la poursuite des agressions israéliennes est inacceptable. Et donc nous voulions qu’il explique clairement la position de la diplomatie libanaise », commente Charbel Maroun, député du Courant patriotique libre présent à la Chambre mercredi. Il fait savoir aussi que plusieurs de ses collègues ont évoqué la possibilité du recours au Conseil de sécurité pour contraindre Israël à respecter le cessez-le-feu. M. Raggi a réagi en précisant que le ministère de la Défense et le commandement de l’armée sont chargés du décompte des infractions en vue de saisir les Nations unies.



Et qu’en est il de l’appréhension des libanais? Arrêtons de nous raconter des histoires. Le seul cancer qui ronge notre pays est cette milice, armée par les mollahs, qui ne cesse de menacer notre existence pour les satisfaire. Ils prétextaient libérer Gaza, le voilà rasé, et assurer la protection du Liban, le voilà envahi de toutes parts. Trêve de balivernes, ouvrons donc les yeux et exigeons la fermeté et l’application des résolutions sans condition. Si ces gens là avaient le moindre sens patriotique, ça se saurait.
11 h 03, le 04 avril 2025