Illustration: Jaimee Lee Haddad.
Jamal Hasan Nabaa
Âge : 64 ans
Lieu de résidence : Chebaa
Date de l’arrestation : 24 juillet 2006
Lieu de l’arrestation : Beit Jin, rif de Damas
Durée de la détention : 18 ans et 4 mois
Détention : « Branche Palestine » et « branche 48 » (2006) ; prison de Saydnaya (2006-2011) ; prison de Adra (2011-2024)
Date de libération : 8 décembre 2024, chute du régime Assad
C’était le 24 juillet 2006, en pleine guerre au Liban, que le berger Jamal Hassan Nabaa, accompagné de son fils Mohammad, 6 ans, mais aussi de son troupeau, fuit son village de Chebaa, dans le caza de Hasbaya, et se dirige vers Beit Jin, dans le rif de Damas. Il traverse plaines et forêts afin de protéger son bétail des bombardements et des raids israéliens.
Arrivé à Beit Jin, le père de famille est intercepté par une patrouille des gardes-frontières de l’armée syrienne. Ces derniers l’invitent à les suivre jusqu’au poste militaire de Qatna, sous prétexte d’un interrogatoire de dix minutes. Mais, sans préavis et sans explications, Jamal Nabaa est transféré au tristement célèbre centre de détention appelé « branche Palestine » ou « branche 235 ».
Ce père de huit filles et d’un garçon a passé 18 ans et 4 mois dans les geôles du régime syrien. Déplacé de prison en prison, il a été témoin des formes les plus brutales de torture et de violations de la dignité humaine. Il est libéré par les factions rebelles syriennes dans la foulée de la chute du régime Assad.
« J'ai été interrogé au poste Qatna, nous racontait-il le 23 décembre dernier. Trois jours plus tard, j’ai été transféré à la branche Palestine. Les Syriens m'ont accusé de collaboration avec l’ennemi israélien. » Et de lancer, avec amertume : « Je n’ai qu’un crime à avouer : avoir eu la mauvaise idée de me réfugier en Syrie pour fuir les bombardements israéliens... »
Nabaa se remémorait, alors, les premiers jours de son calvaire. « La torture a commencé dès mon arrivée. Toutes les méthodes imaginables ont été utilisées : simulation de noyade, coups de bâton, coupures au couteau... Ils nous faisaient mourir et revenir à la vie, comme s’ils voulaient tester les limites de l’endurance humaine. » Après quelques instants de silence, il ajoutait : « On entend parler de la torture, mais la réalité est bien pire. J’aurais préféré qu'Israël me tue... »
Lire, ici, l'intégralité de son témoignage.

