Réunion politique chez l'ancien Premier ministre Najib Mikati dans le quartier d'el-Mina à Tripoli (Liban-Nord), pour discuter des développements au Liban et des répercussions des événements en Syrie, vendredi 14 mars 2025. Photo fournie à notre correspondant Michel Hallak.
Les répercussions potentielles des événements en Syrie sur le Liban, principalement sur le Nord, continuaient de mobiliser les forces de sécurité et le monde politique vendredi, après l'arrivée, au cours des derniers jours, de milliers de personnes ayant fui les massacres dans l'Ouest syrien. Dans ce cadre, les forces de sécurité ont poursuivi, pour le deuxième jour consécutif, leurs patrouilles renforcées à Tripoli, où s'est tenue une rencontre de plusieurs figures politiques et religieuses à la résidence de l'ancien Premier ministre Nagib Mikati.
À l'issue de la réunion, M. Mikati a affirmé que les participants « ont discuté des répercussions de la situation en Syrie et de la façon de les gérer. Les échanges ont été constructifs », rapporte l'Agence nationale d'information (ANI, officielle).
« Nous condamnons les événements sanglants en Syrie, l’essentiel étant que le gouvernement libanais s’efforce de porter secours aux déplacés qui sont arrivés au Liban et de garantir leur retour », a poursuivi l'ancien Premier ministre. Avant d'ajouter : « Il est clair qu’il ne peut y avoir de statut de réfugié permanent au Liban sous aucune forme. »
« Il n'y a plus de réfugiés au Liban »
Un communiqué publié par les participants précise, en s'appuyant sur la Convention de Genève, qu'un « réfugié est une personne qui ne veut ou ne peut pas rentrer dans son pays » estimant à ce titre qu’il n’y a plus de réfugiés au Liban selon la définition internationale », comme le clament les autorités libanaises depuis des années.
Le texte se félicite de « l'annonce par le gouvernement syrien de l’ouverture d’une enquête indépendante sur les récents événements et la promesse de traduire en justice les responsables et les coupables des massacres de civils innocents et désarmés. ». Le président par intérim de la Syrie, Ahmad el-Chareh, a déclaré, lundi à l'agence Reuters, que les massacres de civils alaouites constituaient une menace pour sa mission d’unification du pays, et a promis de punir les responsables, y compris ses propres alliés si nécessaire. À plusieurs reprises depuis la chute de l'ex-président Bachar el-Assad, le 8 décembre dernier, il avait demandé aux millions de réfugiés syriens qui ont fui la guerre civile de retourner dans leur pays.
Selon un rapport de la Chambre de gestion des catastrophes, la région du Akkar accueille 9 741 nouveaux réfugiés syriens, à majorité alaouite, soit 2 075 familles, qui ont fui la Syrie vers le Liban en passant par des points illégaux, traversant le fleuve Nahr el-Kabir, qui délimite la frontière entre les deux pays. Ils fuient les massacres dans l’Ouest perpétrés par des miliciens proches des nouvelles autorités syriennes, dont l'Armée nationale syrienne (ANS, pro-turque), ayant fait plus de mille victimes civiles, en majorité alaouites, depuis le 6 mars, selon les chiffres de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).
La plupart des réfugiés ont été accueillis dans une vingtaine de localités, majoritairement alaouites, situées sur la rive libanaise, chez des hôtes libanais ou dans des lieux publics transformés en abris de fortune, tels que des écoles, des mosquées ou des entrepôts.
Au sujet des élections municipales prévues au mois de mai, Nagib Mikati s'est contenté de les qualifier d' « enjeu de développement », précisant qu'il adoptera à leur égard « une position appropriée en temps voulu. ».

Participaient notamment à la réunion chez M. Mikati, les anciens Premiers ministres Tammam Salam et Fouad Siniora, ainsi que les députés du Liban-Nord Abdel Karim Kabbara, Élie Khoury, Jamil Abboud, Ihab Matar, Walid Baarini, Mohammad Yehya, Jihad el-Samad et Ahmad el-Kheir. Des responsables religieux ont également pris part à la rencontre, dont les muftis de Tripoli et du Akkar, respectivement cheikh Mohammad Imam et cheikh Zayd Bakkar Zakaria, ainsi que l'évêque de l'archidiocèse maronite de Tripoli, Mgr Youssef Soueif, le représentant du métropolite de Tripoli, du Koura et de leurs dépendances pour les grecs-orthodoxes, Mgr Éphrem Kyriakos, et l'archevêque des grecs-catholiques (melkites) de Tripoli et du Nord, Mgr Édouard Daher.
Plan de sécurité global
La réunion chez M. Mikati est intervenue à l'heure où un plan de sécurité global pour Tripoli est mis en place pour le mois de Ramadan, sous l'impulsion du ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, et du directeur général des Forces de sécurité intérieure (FSI), le général Imad Osman, dans le but de renforcer les mesures de sécurité.
« Il est également impératif de lutter contre l’insécurité sous toutes ses formes et de lever toute protection politique des criminels. » a expliqué Nagib Mikati. « Le système judiciaire doit accélérer les procédures et garantir que les procès se tiennent dans des délais raisonnables » a-t-il ajouté.
Les forces de sécurité ont poursuivi vendredi leur campagne sécuritaire dans le gouvernorat du Nord en général et à Tripoli en particulier, afin de maintenir l’ordre, réprimer les infractions liées aux motos, limiter la prolifération des armes illégales, ainsi que les vols et les tirs en l'air, rapporte l'ANI. Un grand nombre de motos en infraction ont ainsi été saisies, ce qui a été bien accueilli par les habitants, après une baisse notable des conflits sporadiques, poursuit l'agence.
Cependant, un enfant de douze ans est décédé jeudi des suites de ses graves blessures après avoir été atteint accidentellement par une balle à la tête lors d’une fusillade lundi à Tripoli, a rapporté notre correspondant dans la région, Michel Hallak. Deux personnes avaient été blessées après qu'une dispute a dégénéré dans le quartier de Zahriyé, où un homme a ouvert le feu lundi après-midi dans un restaurant de poulets, quelques minutes avant l’iftar, le repas de rupture du jeune du Ramadan. Le tireur n'a toujours pas été appréhendé. La semaine précédente, plusieurs fusillades avaient déjà éclaté, faisant également des victimes.


