Une vue des quartiers de Bab el-Tebbané et de Jabal Mohsen dans la ville de Tripoli, au Liban-Nord, le 17 janvier 2022. Joseph Eid/AFP
Alors que des tensions ont éclaté ce week-end à Tripoli après que des réfugiés syriens principalement issus de la communauté alaouite ont fui vers le Liban-Nord suite aux violences dans les régions côtières de l'ouest de la Syrie, une source au sein de l'armée libanaise a affirmé lundi à L'Orient Today que la troupe « prend les mesures nécessaires pour empêcher la situation de dégénérer » et qu'« en principe, tout est aujourd'hui sous contrôle ».
Dans la nuit de samedi à dimanche, la tension est ainsi montée d’un cran à Qobbé, après qu'un jeune homme présenté comme originaire du quartier majoritairement alaouite de Jabal Mohsen a poignardé un mineur qui serait, selon les médias locaux, un Syrien originaire d'Idleb. La tension est alors montée d'un cran dans les quartiers de Qobbé, Bakar et Bab el-Tebbané où des coups de feu ont été entendus, poussant les unités de l'armée à se déployer massivement entre les quartiers traditionnellement rivaux de Bab el-Tebbané (sunnite) et Jabal Mohsen (alaouite), notamment dans la rue de Syrie, qui sépare les deux secteurs, afin de rétablir le calme.
Face à ces événements, le Conseil islamique alaouite a annoncé dimanche soir que « suite à la demande des forces de sécurité de remettre le jeune homme aux autorités, nous avons pris contact avec lui, et il a répondu favorablement à cette demande ».
Une source des Forces de sécurité intérieure (FSI) a également déclaré à L'Orient Today que « les mesures de sécurité nécessaires ont été prises », ajoutant que la journée de lundi était moins tendue et que la situation était étroitement surveillée par les autorités. Aucun autre détail n'a été fourni.
Le député Achraf Rifi, originaire de Tripoli et qui est lui aussi intervenu rapidement, a déclaré mardi à Nida' al-Watan que « des mesures ont été prises pour contenir la situation, la plus importante étant l'intervention rapide de l'armée libanaise et des services de renseignements pour rétablir l'ordre ». « Peut-être que le facteur contributif a été également l'échec rapide de la tentative de coup d'État en Syrie », a-t-il souligné.
Depuis des années, mais de manière répétée depuis le début en 2011 du conflit en Syrie voisine, les alaouites du quartier de Jabal Mohsen et les habitants du quartier majoritairement sunnite de Bab el-Tebbané s'affrontent. Les premiers soutiennent le régime déchu de Bachar el-Assad, tandis que les seconds appuient la rébellion syrienne. En avril 2024, un plan de sécurité pour la ville de Tripoli a été mis en place par l'ancien ministre de l’Intérieur, Bassam Maoulaoui, pour mettre un terme à ces combats meurtriers.
Les autorités craignent ainsi des heurts après les violents affrontements entre les nouvelles autorités syriennes et des loyalistes du président Assad. D'autant que d'après les chiffres fournis par le gouvernorat de la région du Akkar et les municipalités concernées, plus de 10 000 Syriens ont traversé la frontière vers le nord du Liban au cours du week-end.
Interdits d'espaces publics dans le centre-ville
Indiquant être en contact avec les FSI, Riad Yamak, président de la municipalité de Tripoli, a déclaré à L'Orient Today être également en liaison avec le gouverneur du Liban-Nord, Ramzi Nohra, pour mettre en place un plan visant à protéger Tripoli de nouvelles violences « car nous ne pouvons pas prévoir ce qui va se passer ». S’il affirme que « seules les personnes ayant des membres de leur famille à Tripoli sont arrivées en ville », il souligne néanmoins que les déplacés en provenance de Syrie ne peuvent pas rester dans les espaces publics afin de préserver la sécurité. Cependant, aucune directive officielle n’a encore été publiée à ce sujet.
Riad Yamak a également précisé avoir pris contact avec les autorités locales du Akkar et de Jabal Mohsen « pour voir si nous pouvions porter assistance aux déplacés », précisant que ces autorités pourraient devoir solliciter le gouverneur pour une coordination supplémentaire. « Si les chiffres de déplacés augmentent considérablement, nous ne pourrons pas les héberger dans les écoles. Nous devrons peut-être utiliser des salles publiques et des associations caritatives pour leur venir en aide. Si les déplacés fournissent leurs noms et coordonnées, nous travaillerons avec le gouverneur pour leur apporter l’aide nécessaire », a-t-il expliqué.
Cet afflux de réfugiés s'inscrit également dans un contexte de renforcement des mesures de sécurité dans la ville. Sous l'impulsion du ministre de l'Intérieur Ahmad Hajjar et du directeur général des FSI, le général Imad Osman, la police a récemment mis en place un plan de sécurité global pour ramadan. Ce plan comprend des barrages routiers et le déploiement de patrouilles motorisées et pédestres à travers la ville.



