Francisco Ramos, vice-président de Netflix chargé du contenu latino-américain, pose pour une photo à côté d’une statue représentant Mafalda. Luis Robayo/AFP
Des décennies après le « boom
latino-américain », qui vit l’essor, ou plutôt la diffusion à échelle mondiale, d’une génération d’auteurs de la région dans les années 1960-1970, ces écrivains ou certaines de leurs œuvres vivent une seconde vie, sous forme d’adaptation pour des plateformes vidéo en appétit.
Cent ans de solitude (Gabriel Garcia Marquez, 1967), Tours et détours de la mauvaise fille (Mario Vargas Llosa, 2006), La maison aux esprits (Isabel Allende, 1982), entre autres auteurs emblématiques, sont déjà ou vont prochainement débarquer sur Netflix, Prime Video, Vix...
Sans oublier la plus célèbre des fillettes argentines, la tendre et irrévérente Mafalda de la bande dessinée éponyme, qui vient de fêter ses 60 ans (créée en 1964) et va être adaptée en série d’animation par Juan Jose Campanella, réalisateur argentin oscarisé en 2009 pour Dans ses yeux.
Garcia Marquez, Vargas Llosa, mais aussi Juan Rulfo, Laura Esquivel... « C’est un peu lié au hasard que ces adaptations coïncident dans le temps, à quelques mois d’écart », indique Francisco Ramos, vice-président du contenu pour l’Amérique latine chez Netflix.
« De très bonnes histoires »
Pour le producteur mexicain, à qui il revient de donner le « feu vert » à ces productions, ce qui les unit n’est pas tant que les œuvres aient appartenu au « boom » des 1960-1970, mais que « ce sont de très bonnes histoires » qui « racontent des choses très intéressantes sur la culture de ces pays ».
Et le marché est là. Selon un rapport de l’agence spécialisée Digital TV Research en 2024, le nombre d’abonnés aux services de streaming en Amérique latine devrait augmenter de 50 % d’ici à 2029, pour atteindre 165 millions de foyers.
Cette demande amène les plateformes à rechercher toujours plus de titres et « avoir des sorties constantes », explique Leonardo Murolo, enseignant en communication à l’Université de Quilmes et spécialiste de streaming et récits numériques.
Des œuvres telles que Cent ans de solitude ou Pedro Páramo ont en elles « des marques de « colombianité » ou de « mexicanité » (...) qui génèrent de l’identification, et pour cela attirent », analyse Leonardo Murolo.
Mais pour faire de l’audience, ces adaptations ne doivent pas seulement parler à un public local, « curieux de voir comment des histoires qu’ils connaissent très bien » sont racontées à l’écran, ajoute le communicant. Elles doivent avoir le potentiel de traverser les frontières.
Par exemple, la première saison de Cent ans de solitude du Colombien Garcia Marquez a très bien marché en Colombie à sa sortie le 11 décembre, mais aussi, selon Netflix, se classait dans le top 3 mondial des séries non anglophones.
Mafalda, elle aussi, a ce potentiel, « de par son itinéraire international », estime Francisco Ramos, en combinant à la fois « culture populaire, divertissement, et un positionnement politique ».
Investissements sans précédent
Même chose pour une série à venir (en avril sur Netflix), L’Éternaute, d’après une BD culte de science-
fiction de la fin des années 1950, où une invasion extra-terrestre – sous forme d’une neige mortelle – détruit presque toute vie sur terre, et la résistance s’organise autour de quelques survivants à Buenos Aires. Une adaptation qu’incarnera le plus célèbre des acteurs argentins, Ricardo Darin.
Reste que pour des raisons de budget, « il aurait été très difficile il y a 20 ou même 15 ans de réaliser des productions de cette envergure, comme nous en faisons, nous ou les autres », souligne Francisco Ramos.
Ainsi, la reconstitution, près d’Ibagüe en Colombie, de quatre versions grandeur nature reflétant les époques de Macondo, le village imaginaire de Garcia Marquez, atteste du « puissant développement » de l’industrie audiovisuelle ces dernières années.
Dans cet ordre d’idées, Netflix a annoncé la semaine dernière investir 1 milliard de dollars au cours des quatre prochaines années pour produire des séries et des films au Mexique.
Nicolás BIEDERMAN/AFP

