Le président de la République, Joseph Aoun, recevant le chef du législatif, Nabih Berry, à Baabda, le 7 mars 2025. Photo tirée du compte X de la présidence de la République
Un mois après sa dernière visite à Baabda (lors de la formation du gouvernement), le président de la Chambre, Nabih Berry, s’y est rendu une nouvelle fois vendredi pour un entretien avec le chef de l’État, Joseph Aoun. Objectif ? Tenter de s’entendre autour du nom du futur patron de la Sûreté générale, poste que la coutume accorde aux chiites et dans lequel M. Berry a traditionnellement son mot à dire. « Ils se sont entendus sans pour autant s’entendre », commente une figure proche de Baabda. Elle assure toutefois que le train de nominations sécuritaires devrait être adopté lors du prochain Conseil des ministres, prévu jeudi prochain en principe.
On le sait déjà : Joseph Aoun et Nabih Berry ne sont pas sur la même longueur d’onde au sujet du futur patron de la SG. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement n’a pas évoqué le dossier des nominations lors du Conseil des ministres tenu jeudi à Baabda. D’où l’importance de l’entretien tenu vendredi. Selon les informations de L’Orient-Le Jour, les deux hommes ont évoqué le dossier des nominations sans pour autant parvenir à un accord dans le plein sens du terme. Et pour cause : le chef du législatif presse pour que l’officier Merched Sleiman succède au général Élias Baïssari qui occupe le poste par intérim depuis mars 2023. Mais son nom semble susciter des réserves chez le président de la République qui aurait, lui, une préférence pour l’officier Mohammad el-Amine. « Nabih Berry a répondu aux appréhensions du chef de l’État, ce qui a contribué à réduire le fossé entre eux sans pour autant conduire jusqu'ici à une entente », confie à L’OLJ une source proche du tandem chiite. Sans fournir plus de détails, les milieux de Baabda se montrent optimistes et laissent entendre qu’il y a plusieurs candidats qui pourraient faire l’objet d’un accord entre le président et le chef du législatif. Le nom du général Hassan Choucair est dans ce cadre évoqué. « On a encore du temps d’ici à jeudi pour parvenir à une entente », affirme une figure au courant des discussions entre MM. Aoun et Berry, comme pour cerner le problème au seul désaccord autour du nom du futur chef de la SG.
Mais dans certains milieux hostiles au tandem Amal-Hezbollah, on donne à l’affaire une portée plus politique. « Le duo chiite reproche à Joseph Aoun son discours prononcé lors du sommet arabe consacré à la Palestine (dans lequel il s’est dit de nouveau contre les “guerres des autres sur le territoire libanais”) et le communiqué publié à l’issue de son entretien avec (le prince héritier saoudien) Mohammad ben Salmane » à Riyad, estime un député anti-Hezbollah. Ce texte a, entre autre, insisté sur le monopole du port des armes (donc le désarmement du Hezbollah) et le respect des résolutions internationales. « Le tandem essaie donc de lui compliquer la tâche, sachant que le Hezb ne veut aucunement rendre ses armes », ajoute ce parlementaire.
Quoi qu’il en soit, Baabda se montre confiant que « les nominations sécuritaires seront adoptées dans un même panier comme le veut le président Aoun », pour reprendre les termes d’un proche du palais. En attendant, et dans une volonté manifeste de permettre à ces efforts de porter leurs fruits, le bureau de presse de Baabda n’a pas fait mention, dans son communiqué officiel, de la question des nominations. Le texte se contente en effet d’indiquer que Joseph Aoun a informé Nabih Berry de ses entretiens à Riyad et de l’atmosphère qui régnait au sommet arabe extraordinaire, tenu mardi au Caire. « MM. Aoun et Berry ont également discuté de la situation dans le pays, notamment dans le Sud », peut-on encore lire dans le texte.
Raggi se met au travail
Parallèlement, le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, prépare, lui, le train des nominations et permutations diplomatiques attendu depuis plus de huit ans. Selon une source diplomatique haut placée, la question ne sera cependant pas évoquée lors du prochain Conseil des ministres. Selon nos informations, ce chantier, que M. Raggi veut accomplir en respectant les critères de l’ancienneté et de l’expérience, concerne nombre de postes importants, dont ceux d’ambassadeurs du Liban à New York (auprès des Nations unies), à Washington, à Rome et à Paris. La mission s’annonce donc délicate. D’autant plus qu’il s’agit pour le nouveau ministre de résoudre un problème généré par des erreurs cumulatives, à en croire la source diplomatique citée plus haut. Elle tient par ailleurs à assurer que « Joe Raggi est contraint de respecter la répartition confessionnelle des ambassadeurs. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il cédera aux caprices des protagonistes politiques ».




Rien n'oblige le gouvernement a accepter les considérations de quiconque pour les nominations. Il faut simplement respecter la loi et nommer le plus compétant au poste en fonction. La coutume n'est pas une loi mais est souvent une mauvaise habitude qui n'a fait que détruire le pays. Commençons par changer la coutume en respectant les lois. Je penses que ce sera un bon début pour l'avenir.
12 h 43, le 10 mars 2025