C8 a cumulé 7,6 millions d’euros d’amende en raison des dérapages de Cyril Hanouna, l’une des motivations mises en avant par l’Arcom. Joël Saget/AFP
C8, comme NRJ12, vont s’éteindre à minuit ce vendredi, en raison du non-renouvellement de leur fréquence par l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, une décision inédite.
Le dossier C8 est devenu très politique, l’extinction de la chaîne ayant été critiquée par des responsables de droite et d’extrême droite. Marine Le Pen (RN) a dénoncé « les menaces qui pèsent lourdement sur le pluralisme et la liberté d’opinion », quand le ministre de l’Intérieur français (LR), Bruno Retailleau, a critiqué le fait que « C8 avait trouvé son public » et que « sa disparition du paysage audiovisuel la prive d’un espace d’expression ».
Questionné samedi dernier, Emmanuel Macron a fait de la pédagogie : les fréquences de la télévision numérique terrestre sont une « occupation du domaine public » et il est « donc normal qu’il y ait une autorisation ». Une institution indépendante, l’Arcom, « regarde » si le cahier des charges est respecté, et ce n’est ainsi « pas une décision politique », a insisté le chef de l’État français, appelant à ce que « personne ne déborde ».
Propriété du groupe Canal+, dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, C8 a cumulé 7,6 millions d’euros d’amende en raison des dérapages de Cyril Hanouna. C’est l’une des motivations mises en avant par l’Arcom, qui a été validée par le Conseil d’État mercredi dernier. Pour écarter NRJ12, le régulateur a relevé des « engagements de diffusion de programmes inédits » insuffisants et des « prévisions de croissance des recettes publicitaires » trop optimistes, a aussi rappelé le Conseil d’État.
Avec une part d’audience de 3,1 %, C8 a été la sixième chaîne de France en janvier, selon les derniers chiffres de Médiamétrie. Quelque 400 emplois sont touchés par son arrêt, d’après les dirigeants de la chaîne. NRJ12 a, elle, réalisé une part d’audience de 1 %. Une centaine d’emplois seraient impactés.
Les deux chaînes peuvent perdurer sur câble, satellite ou internet, mais les ressources publicitaires seraient bien inférieures. Sur la TNT, elles vont être remplacées par T18, qui sera lancée en juin par le groupe CMI France du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, et par OFTV en septembre par le groupe Ouest-France.
Cyril Hanouna, et derrière lui ses soutiens, ne décolère pas. Il a accusé le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, d’avoir « monté un dossier » contre C8, à l’insu d’Emmanuel Macron. Lundi sur Europe 1 (également dans l’escarcelle Bolloré) où il officie quotidiennement de 16h à 18h, il a demandé un « sondage » sur « la suppression de l’Arcom ».
Croisée il y a quelques jours dans la file d’attente pour assister à TPMP, Sylvia Dornier, 62 ans, critiquait une décision d’arrêt « injuste ». « On suivra (Cyril Hanouna) sur une autre chaîne s’il va ailleurs. »
Certains prêtent des ambitions politiques à Cyril Hanouna, surnommé « Baba ». « Si je reste, c’est pour les téléspectateurs et les auditeurs. J’ai besoin d’eux », a encore martelé le roi de l’audience et du clash.
Anne Pascale REBOUL/AFP


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