Le pianiste canadien Tony Yike Yang lors de son récital à l'Université antonine, Baabda. Photo avec l’aimable autorisation de l’Université antonine
Tony Yike Yang, jeune et brillant pianiste canadien, a donné son récital à l’Université antonine, Baabda, le lundi 24 février. Un programme éclectique incluant des pièces de Mozart, Chopin, Scriabine entamé avec les gentilles neuf variations sur le thème de « Lison dormait » composée et créée à Paris en septembre 1778 par Mozart. Une série bien appréciée par les pianistes pour sa fraîcheur juvénile, quelques inventions inattendues, sa richesse d’écriture et surtout la formidable cadence finale de ce recueil, témoignant d’un moment important dans l’évolution du style de Mozart qui avait 22 ans à l’époque. Suivies, pour se réchauffer les doigts, par la Sonate K 282 qui s’ouvre curieusement sur un mouvement lent, Adagio d’une grande tendresse que notre pianiste joue avec beaucoup de simplicité et d’allant, d’entrain et de vie sans rechercher de l’effet. Brillant sans affectation, sensible sans sensiblerie, T.Y. Yang joue magnifiquement cette Sonate de 1774. Pour le Scherzo numéro 2, les mots manquent. C’est étourdissant, éblouissant, d’une splendeur de sons, d’une franchise de textures et d’une royauté d’attaque, les « fa » du suraigu, incomparables. La fureur cyclique est là. Quant au Scherzo numéro 3, une fois de plus, le pianiste nous a prouvé qu’il était un très grand interprète de Chopin, brillant par toutes ses qualités de toucher et de sensibilité.

Tony Yike Yang possède de toutes les vertus requises pour dominer cette musique redoutable qu’est la Fantaisie Op 28 de Scriabine et, dans ce cas, accepter de se laisser dominer sans perdre le contrôle. Tout d’abord, c’est un pianiste à la technique formidable. Superathlétique, c’est-à-dire capable du fortissimo le plus foudroyant, comme du pianissimo le plus impalpable, de la vélocité la plus aérienne, comme de la poigne la plus cyclopéenne. Page très romantique, un peu lisztienne même. Sa Polonaise Fantaisie est d’un beau lyrisme soutenu avec force et ampleur. Sobre et énergique, le style de Yang nous offre dans la 3e Sonate de Chopin une vision altière. Sa fermeté, sa vigueur d’expression mettent en valeur toute la grandeur de l’inspiration, sa pudeur de sentiments le met à l’abri des fautes de goût de plusieurs pianistes.
Le largo de cette sonate conçue de manière très intérieure réalise un bel équilibre sonore et réussit une magnifique détente centrale. Le finale a beaucoup d’énergie. Sinon, beaucoup de capacités directement émotives, surtout avec ce soudain et merveilleux rallentando à la reprise du thème. Le pianiste a su montrer de la puissance et de la virtuosité avec éclat. Surtout avec en bis cette Polonaise héroïque de l’opus 53, où Yang atteint à la grandeur avec la netteté implacable, la rigueur et la splendeur des progressions. Un récital héroïque.

