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L’art de survivre

Chère lectrice, cher  lecteur,

Tandis que le Liban tente encore de recoller ses fragments - exercice de haute voltige pour un pays qui a l’habitude des puzzles explosifs - artistes, intellectuels et figures engagées déploient leurs armes les plus affûtées : les mots, l’image et la musique. Certes, ce ne sont pas des tanks ni des missiles, mais quand on sait manier une métaphore comme un drone, on peut encore espérer faire trembler les certitudes.

François Cluzet, acteur au franc-parler tranchant, n’y va pas par quatre chemins. « J’en veux à ceux qui ont traîné le Liban dans cette spirale de violence », nous confie-t-il. Pendant ce temps, à la LAU, Lina Abyad fait résonner trois noms : « Leila, Latifa, Chimamanda ». Son dernier cri féministe donne la parole à celles que l’Histoire a trop souvent voulu faire taire. Taysir Batniji, lui, préfère le langage des formes et des silences. Son art dit l’indicible, capte la douleur et la résistance d’une Palestine en lambeaux. De même, sur grand écran, La mer et ses vagues plonge dans les abysses de Beyrouth, capturant une lumière vacillante au milieu du chaos. Le chaos, Ghassan Abou Sitta le connaît bien. Chirurgien de guerre et militant, il jongle entre ses « doubles vies », entre bistouri et engagement, entre soins et combats.

Sous la terre, Byblos murmure un autre récit. Sa nécropole nouvellement dévoilée, avec ses étages souterrains uniques, rappelle que le Liban n’est pas seulement une terre de tragédies, mais aussi un foyer d’histoires à exhumer.

Mais si le passé s’inscrit dans la pierre, l’avenir se chante et se joue. Le festival al-Bustan prépare une « aube nouvelle », rassemblant des musiciens amis dans une symphonie d’espoir. Un espoir que l’on retrouve aussi à la Philharmonie de Paris, où Béchara el-Khoury offre un hommage poignant aux victimes du 4-Août, en notes et en mélodies.

Le Liban est-il encore un pays possible ? Joe et Ali, personnages réels d’une histoire commune, répondent à leur manière : oui, malgré tout. Malgré les divisions, les conflits, les silences assourdissants.

Et si les images marquent les esprits, No other land, documentaire sur la colonisation israélienne en Cisjordanie, inscrit une vérité brutale sur pellicule. Une nomination aux Oscars pour un film qui, au-delà de la reconnaissance, porte un témoignage que personne ne pourra effacer.

Bonne lecture !

Maya Ghandour Hert

Cheffe du service culturel

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