Chère lectrice, cher lecteur,
En septembre 2020, Michel Aoun, alors président de la République, nous a promis « une descente aux enfers ». Et il a tenu promesse. Aux Libanais qui criaient leur révolte contre la classe politique, il a conseillé « l’émigration ». Au Hezbollah, cette milice armée jusqu'aux dents, il a offert une couverture politique si épaisse qu'elle pouvait réchauffer un pingouin en Antarctique.
Quatre ans plus tard, alors qu'il passait sa retraite à Rabieh, après avoir assouvi son désir le plus fou de trôner sur le fauteuil présidentiel, les Libanais se faisaient dévorer par les flammes des bombes israéliennes. Ses regrets - s'il en a eu -, sa prise de conscience, son revirement ne pouvaient plus servir à grand-chose. Son pacte avec le diable, ce n'est pas lui qui en a payé le prix. Mais nous, ce « grand peuple du Liban ». Par sa décision de prendre les armes pour soutenir Yahya Sinouar, en ce 8 octobre 2023, son allié a grand ouvert les portes de l'enfer. Beaucoup de Libanais - parmi ceux qui n'avaient pas plié bagage dès 2020 - ont alors perdu espoir. Un tourbillon emportait le Liban, et seul un miracle pouvait l’arrêter...
Jeudi 9 janvier 2024, nous avons entrevu la lumière au bout du tunnel. Joseph Aoun est élu président de la République. Oui, un autre général s'est installé à Baabda. Oui, un sexennat Aoun a de nouveau commencé. Mais il suffit de réécouter son discours d'investiture pour savoir que la porte de l’enfer se refermait. Chaque phrase était une invitation aux Libanais partis à revenir. Chaque mot redonnait le sourire et faisait battre le cœur.
L'actuel général de Baabda est celui qui, tout au long de son parcours à la tête de l'institution militaire, a pu gagner la confiance de la communauté internationale. Le seul fil qui n'a pas été coupé entre le Liban et les pays amis. La seule raison pour laquelle ces pays-là sont prêts à nous tendre de nouveau la main. Son armée est sortie renforcée alors que le Hezbollah a perdu la guerre, et le pouvoir avec. Avec son « colistier », Nawaf Salam, désigné Premier ministre - encore une victoire pour ces contestataires dont Michel Aoun voulait que l’armée de Joseph Aoun les réduise au silence - le nouveau président nous permet de rêver d'un avenir meilleur. Pour la première fois depuis des décennies, le Liban se trouve sur le bon chemin. Celui de la restitution de l'État. Celui de la « Troisième République ». La mission est certes difficile. Mais elle n'est plus impossible.
Finalement, ce romancier écossais avait bien raison : « L'enfer, c'est d'avoir perdu l'espoir ».
Rita Sassine
Rédactrice en chef adjointe
OLJ /
le 14 janvier 2025 à 14h56