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Politique - Décryptage

« Rien ne peut être fait sans nous » : le message du tandem chiite à Joseph Aoun

Un Aoun remplace l’autre. Entre les deux élections, beaucoup de choses ont toutefois changé, notamment sur le plan des rapports de force internes et surtout au niveau du contexte régional.

L’élection qui a eu lieu hier ne vient donc pas seulement combler une vacance présidentielle qui dure depuis presque deux ans et trois mois, elle marque aussi le début d’une nouvelle étape pour le Liban, après une série de crises successives et une guerre terrible dont les plaies ne se sont pas encore refermées. Elle marque aussi surtout une nouvelle implication internationale et régionale au Liban, après un retrait plus ou moins revendiqué qui avait pratiquement mis le Liban dans une situation d’isolement forcé. Mais ce nouveau départ pour le pays ne pouvait pas se dérouler selon un scénario simple. Il fallait forcément un peu de suspense, pétri de messages codés pour bien marquer l’importance des enjeux et permettre aux protagonistes, en particulier au tandem chiite (Amal et le Hezbollah), de « marquer en quelque sorte son territoire », après avoir reçu un coup très dur au cours des derniers mois. Il voudrait par conséquent montrer qu’il était encore en mesure d’influer sur la scène interne. Mais comment transmettre un tel message au général Aoun sans compromettre son élection, voulue par les Occidentaux et les Arabes ? C’est ce que montre le scénario de la séance d’hier.

Quelques minutes avant son ouverture, le scénario le plus courant était donc celui qui prévoyait un premier tour et que la séance serait ensuite levée pour quelques jours pour laisser du temps aux ultimes concertations.

Lorsque le premier tour s’est achevé avec 71 voix pour le candidat Joseph Aoun et 57 voix partagées entre un bulletin blanc et des appellations diverses et que le président de la Chambre a levé la séance, personne n’a donc été vraiment surpris, ni même déçu. Par contre, la surprise est arrivée lorsque Nabih Berry a fixé la reprise de la séance pour 14h. D’abord, le président de la Chambre n’a pas parlé de l’ouverture d’une nouvelle séance, mais bien de la poursuite de l’actuelle... ce qui pourrait ouvrir la voie à un autre candidat qui serait, lui, élu à 65 voix et non 86 selon la jurisprudence adoptée pour l’élection de tout fonctionnaire de première catégorie, en remplacement de l’amendement constitutionnel à 86 voix requis, puisque l’assemblée est transformée en collège électoral et ne peut donc légiférer. Ensuite, pourquoi donner un laps de temps, si court, en l’occurrence deux heures, s’il y a réellement des points encore à régler ? C’est qu’en réalité, il fallait transmettre un message, et le meilleur moyen de le faire, c’était à travers le vote.

En sortant de l’hémicycle, les députés avaient donc la mine longue, et si la plupart d’entre eux sont restés au Parlement ou dans les rues toutes proches, les discussions ont essentiellement porté sur les possibilités que l’élection n’ait pas lieu le jour même.

Pourtant, il y avait aussi des indices rassurants, comme le fait que le palais présidentiel était en train de se préparer à accueillir son nouveau locataire...

De leur côté, des députés et des fonctionnaires du Parlement qui évoluent autour du président de la Chambre paraissaient très occupés, multipliant réunions et apartés. Les députés du Hezbollah, eux, restaient très discrets, ne faisant de conciliabules qu’avec leurs collèges du bloc du Développement et de la Libération (Berry). Dans les salons entourant l’hémicycle, d’ultimes concertations ont eu lieu, notamment avec l’ambassadrice des États-Unis Lisa Johnson, avec l’ambassadeur saoudien Walid Boukhari et, bien entendu, avec l’émissaire présidentiel français Jean Yves Le Drian. Ce dernier avait, au cours de ses rencontres la veille avec les différentes parties libanaises, et notamment avec le chef du bloc de la Fidélité à la résistance Mohammad Raad, tenu des propos très clairs et fermes sur la nécessité d’élire le commandant en chef de l’armée le général Joseph Aoun.

Ce message avait donc été clairement transmis aux parties concernées, notamment le Hezbollah et le mouvement Amal, et il avait été bien reçu. Mais ces parties ont choisi d’y répondre à leur manière. Elles avaient accepté l’idée qu’il n’y avait pas d’autre alternative que d’élire Joseph Aoun à la présidence mais en même temps, elles voulaient lui adresser, ainsi qu’aux parties étrangères qui poussent vers cette option, un message qui se résume ainsi : « Vous ne pouvez pas nous ignorer et rien ne peut être réalisé sans nous. » Dans les messages codés, le jeu des chiffres a son importance. Le tandem chiite a joué cette carte à fond, tout en respectant les règles du vote. Il a donc pris soin, au premier tour, de faire en sorte que le nombre de voix hostiles à l’élection de Joseph Aoun soit de 57 (même si toutes ne viennent pas d’eux), c’est-à-dire 6 de plus que n’en avait obtenu Sleiman Frangié dans la dernière séance électorale du 12 juin 2023. On avait alors déclaré que le camp qui évolue dans l’orbite du tandem chiite avait plafonné avec 51 voix et ce camp a voulu montrer qu’il peut en avoir 57, voire plus. Pour qu’il n’y ait pas de confusion possible, une délégation menée par Mohammad Raad et Ali Hassan Khalil s’est aussi rendue chez le général Aoun, avant la reprise de la séance, pour discuter de certains détails relatifs à l’étape future, notamment à la participation aux prochains gouvernements.

À 14 heures, tous les députés sont revenus au sein de l’Hémicycle pour procéder au vote. La présence de l’épouse de Joseph Aoun et de ses enfants dans la salle montrait bien que l’élection de ce dernier était acquise. De fait, après le dépouillement des bulletins, Joseph Aoun a obtenu 99 voix et il a été ainsi élu avec 13 voix de plus que celles requises.

Le nouveau mandat est ainsi lancé et le président Joseph Aoun a annoncé la couleur dans son premier discours en lançant à son tour plusieurs messages. Il a ainsi déclaré qu’il faut que cesse le fait de compter sur l’extérieur pour se renforcer à l’intérieur et il a dit que si une partie du Liban est blessée, tout le pays l’est. Mais il a aussi assuré que l’État doit avoir le monopole des armes et il a conclu en rappelant que « le Liban ne nous appartient pas, c’est nous qui lui appartenons ». Des propos qui rassemblent au lieu d’exclure. Message reçu ?

Un Aoun remplace l’autre. Entre les deux élections, beaucoup de choses ont toutefois changé, notamment sur le plan des rapports de force internes et surtout au niveau du contexte régional.L’élection qui a eu lieu hier ne vient donc pas seulement combler une vacance présidentielle qui dure depuis presque deux ans et trois mois, elle marque aussi le début d’une nouvelle étape pour le Liban, après une série de crises successives et une guerre terrible dont les plaies ne se sont pas encore refermées. Elle marque aussi surtout une nouvelle implication internationale et régionale au Liban, après un retrait plus ou moins revendiqué qui avait pratiquement mis le Liban dans une situation d’isolement forcé. Mais ce nouveau départ pour le pays ne pouvait pas se dérouler selon un scénario simple. Il fallait forcément un peu...
commentaires (16)

Tout ce qui est demandé aujourd’hui au Tandem chiite c’est de faire son “mea-culpa” de comprendre que hors du Liban, de la légalité, de la souveraineté nationale “point de salut”. le président de la chambre et header d’Amal Nabih Berri l’a sans doute compris reste au Hezbollah de voir la réalité en face.

Helou Nelly

22 h 44, le 10 janvier 2025

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Commentaires (16)

  • Tout ce qui est demandé aujourd’hui au Tandem chiite c’est de faire son “mea-culpa” de comprendre que hors du Liban, de la légalité, de la souveraineté nationale “point de salut”. le président de la chambre et header d’Amal Nabih Berri l’a sans doute compris reste au Hezbollah de voir la réalité en face.

    Helou Nelly

    22 h 44, le 10 janvier 2025

  • « Il a ainsi déclaré qu’il faut que cesse le fait de compter sur l’extérieur ». Sur qui Joseph Aoun a compté pour être élu président ? Surement pas sur l’intérieur ? Il y a de quoi mourir de rire .

    Hitti arlette

    14 h 27, le 10 janvier 2025

  • A ces messieurs qui pensent encore être important et se permettent de lancer des veto ou des slogans creux nous leurs disons: Tout peut se faire sans le Hezbollah, NOUS ne voulons pas le faire sans les Chiites et ses derniers ne sont pas vous!

    Pierre Christo Hadjigeorgiou

    13 h 15, le 10 janvier 2025

  • Il faut se rendre à l'évidence que ce pays ne fonctionne qu'à l'envers: on prétend gagner quand on est entre la vie et la mort...

    Lecure serj

    12 h 43, le 10 janvier 2025

  • Mon commentaire précédent a été censuré, Je pense que you are not out of the woods...

    Lecure serj

    12 h 26, le 10 janvier 2025

  • Le tandem mafieux veut encore croire en sa toute puissance ... j'espère qu'ils n'obtiendront pas gain de cause et qu'ils soient obligés de plier aux règles de l'état.

    Zeidan

    12 h 23, le 10 janvier 2025

  • Et vous oubliez (vu votre parti pris, pas surprenant), le "sahsouh" d'Amos Hochstein au tandem chiite (pour ne pas dire la raclée donnée par les israeliens et la chute de bachar..) mais vous pensez toujours que vous avez gagné...Restez dans votre déni....il faut de tout pour faire un monde

    Nad

    11 h 17, le 10 janvier 2025

  • Le vrai coup de force du President serait dans la nomination d'un nouveau Premier Ministre autre que le renouvellement de Monsieur Mikati. ceci me semble une nécéssité afin de mettre sur pieds le plan de travail et les objectifs qu'il se propose d'achever. qui sont tous plus ou moins a court terme.

    DRAGHI Umberto

    11 h 00, le 10 janvier 2025

  • Les élections ont eu lieu … et c’est parfait, mais à lire tant de contrevérités, cela laisse perplexe, vous écrivez Madame que: la surprise est arrivée lorsque Berry a fixé la reprise de la séance pour 14h. D’abord, il n’a pas parlé de l’ouverture d’une nouvelle séance, mais bien de la poursuite de l’actuelle.. ce qui n’était pas une surprise, il avait auparavant dit que la prière à la mosquée ou à la messe attendrait, c’est à se demander si vos accointances ne sont pas davantage avec le duo chiite qu’avec bassil tombé dans les poubelles de l’histoire.

    C…

    10 h 33, le 10 janvier 2025

  • C'est pas du tout vrai et toujours la meme propagande qui a mené le Liban a la destruction. Le duo chiite a élu le nouveau président par contrainte et pas par force. Ils sont détruit et ils savent très bien que ce n'est pas l'Iran qui va venir a l'aide mais seul l'occident et les pays du Golfe. Ils n'ont pas eu le choix que de signer le nouveau plan de paix avec Israël (avec une perte totale de notre souveraineté) aussi bien qu'ils n'ont pas eu de choix d'élire le nouveau président.

    Ma Realite

    10 h 25, le 10 janvier 2025

  • Article biaisé et partisan, mais il faut tout pour faire un monde…

    Mok Potreau

    10 h 00, le 10 janvier 2025

  • Vous dites « Un AOUN remplace l’autre?? JAMAIS. Ce VRAI président J AOUN ne remplace que du VIDE!!! Je ne poursuis même plus la lecture de l’article !!!! Rien à voir entre un président fort M J AOUN patriote ……avec « l’autre » qui n’était que l’ombre de lui-même et le porte parole/ couverture du Hezbollah !!!!!!

    LE FRANCOPHONE

    09 h 29, le 10 janvier 2025

  • Oui nous avons bien reçu le message, merci Pourquoi, il ne vous semble pas clair?

    Farandole

    09 h 25, le 10 janvier 2025

  • Vous avez probablement raison dans ce que cet article dit, mais vous avez oublié la réponse du président qui leur a limité clairement leur marge de manœuvre.

    Vincent Makhlouf / ENHANCED FORM

    07 h 45, le 10 janvier 2025

  • Scarlett merci , toujours très claire quand tu expliques .

    Chucri Abboud

    07 h 42, le 10 janvier 2025

  • Rien ne peut être fait sans le tandem chiite, soit! Mais RIEN NE PEUT ÊTRE FAIT TANT QUE CE TANDEM POSSÈDE DES ARMES ILLÉGALES NOTAMMENT CEUX QUI S’APPELLENT RÉSISTANCE ISLAMIQUE. Message reçu ?

    Lecteur excédé par la censure

    07 h 34, le 10 janvier 2025

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