Le sapin que je monte toutes les années ne sera pas décoré. Les boules scintillantes que j’ai l’habitude d’accrocher et de demeurer devant elles éberluée, resteront dans leurs boîtes, bien fermées. Les guirlandes lumineuses seront débranchées. La crèche qui abrite l’Enfant Jésus, Marie, Joseph, les rois mages, vaches, ânes et moutons sera celée. Les costumes de fête seront pliés et tous les artifices demeureront bien cachés. La belle vaisselle astiquée et la nappe toute blanche, brodée, qui ordinairement ornent la table à manger seront dissimulées. Les flammes des bougies seront étouffées. Je troquerai la musique de Noël pour des mélodies d’implorations, de prières et de supplications. Je suis endeuillée.
Je suis en souffrance pour tous ces meurtres, ces agressions, ces massacres, ces invasions, ces infamies, ces abjections, ces vilénies, pour tous ces crimes qui demeurent hélas impunis. Je suis en douleur pour toutes ces régions attaquées, envahies, effondrées tombées, abandonnées jusqu’à l’oubli.
Et j’attends... et je guette.
Une dénonciation, une manifestation, une compassion pour les milliers de victimes égorgées, exécutées et blessées.
Une émotion, une conscience, un regard sur tous ces orphelins, les sans-abri que la guerre a engendrés.
Une empathie pour des milliers de martyrs tombés pour assurer leur souveraineté ; une attention, une diligence.
Une affection pour tant de déplacés dépossédés, dépouillés et volés.
Une douce pensée pour ces terres brûlées, dévastées, rasées par tant de cruauté, de haine et de férocité.
Une opiniâtreté, une assiduité, une volonté qui viendrait mettre fin à tant d’agression, d’inhumanité et d’indignation.
J’attends….
Le pardon, une obole, un don pour effacer les insolences, confesser les offenses, avouer les impertinences, pardonner les maltraitances, pour délivrer les cœurs et apaiser les esprits.
L’humilité, la bonté, la modestie, la décence, la bienséance, la convenance pour récuser, réfuter et rejeter arrogance, suffisance et décadence et mépris.
La joie d’être et non de paraître, la joie d’exister, pour donner, se donner, partager, se dépasser pour aimer jusqu’à l’infini, jusqu’au dernier souffle de vie.
Le cadeau, un bienfait, une offrande, une faveur, une aménité qui viendrait dessiner l’émerveillement, l’enchantement et inviterait l’exaltation à danser.
Le respect, la déférence, la reconnaissance de nos croyances et de nos convictions. La considération de nos valeurs, la confirmation de notre foi.
Le commencement, le début de notre merveilleuse histoire qu’on affirmera qu’on contera, qu’on rapportera jusqu’à l’épuisement, l’essoufflement, l’éboulement, jusqu’au dernier jour de notre vie.
La réunion et l’union des familles, des peuples du monde entier.
La paix, l’étouffement des souffrances, la répression des guerres, la punition des injustices, la condamnation des tyrannies, pour évoluer dans un monde où bonté, charité, humilité et solidarité se conjugueraient au présent parfait.
La naissance, la délivrance, une libération qui viendrait briser les chaînes, effacer les heurts, renverser les entraves, concilier, nous réconcilier pour recevoir le rédempteur, le sauveur de toute l’humanité.
J’attends.
Ton enfantement, ta présence parmi nous, car mon existence, par ta naissance, est désormais affranchie.
Merveilleux Noël !
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