Le sénateur démocrate Ben Cardin, à l'origine de ce projet de loi, prenant la parole lors d'un événement reconnaissant les crimes de guerre en cours en Syrie, coorganisé par le musée commémoratif de l'Holocauste des États-Unis le 11 mars 2020, à Washington, DC. Samuel Corum/Getty Images/AFP
Un projet de loi intitulé « Prévenir l’atteinte à la souveraineté et à l’économie du Liban » (Preventing the Undermining of Lebanon’s Sovereignty and Economy, PULSE), présenté comme une législation de « soutien au peuple libanais », a été introduit mercredi au Sénat par les sénateurs démocrates Ben Cardin, Jeanne Shaheen et Jack Reed.
Commentant ce texte, Ben Cardin, président de la Commission des affaires étrangères du Sénat, explique que les « Etats-Unis doivent se tenir aux côtés du peuple libanais en ce moment décisif - qui ne mérite rien de moins », rapporte un communiqué de la Commission. Selon le sénateur, le cessez-le-feu de 60 jours entre Israël et le Liban, entré en vigueur le 27 novembre, « offre une voie vers la stabilité et la prospérité pour le peuple libanais ».
Le communiqué de son département dresse les grandes lignes du projet de loi : renforcer davantage l’armée libanaise, fournir une aide humanitaire aux personnes déplacées (réfugiés syriens et déplacés lors de la guerre entre Israël et le Hezbollah), soutenir l’Etat de droit au Liban ainsi que l’éducation et le journalisme d’investigation.
« Contrer les forces iraniennes par procuration »
Le texte du projet de loi, décliné en 12 points, est quant à lui beaucoup plus explicite sur son intention : renforcer l’État libanais doit participer à l’affaiblissement du Hezbollah, selon le point 7 du document, qui ne doit recevoir aucune aide, même eu égard aux ministères ou municipalités qu’il contrôle, comme le précise le point 8.
Le parti chiite est présenté comme une « force iranienne par procuration » (points 3 et 7), ayant participé à « saper la démocratie libanaise » (point 2) et s’étant enrichi par la « production et le trafic de Captagon au Liban » (point 2). Le point 3 stipule ainsi qu’il est « de la politique des Etats-Unis de soutenir les aspirations du peuple libanais à vivre en paix, en sécurité et dans la prospérité ; libres de l'influence de l'Iran et des groupes terroristes, tels que le Hezbollah, qui cherchent depuis des décennies à régir les dynamiques sécuritaires et politiques du Liban ».
Ben Cardin, la principale voix de ce projet de loi et l’un des quatre démocrates à s’être opposé à l’accord sur le nucléaire iranien sous la présidence Obama, a été un partisan zélé de l’État d’Israël durant toute sa carrière. Il a soutenu inconditionnellement les guerres d’Israël à Gaza en 2014, 2021 et celle débutée en 2023, et a appuyé le transfert de l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem en 2018. Le 24 juillet dernier, il présidait le discours du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au Congrès américain, visant à défendre la guerre de Gaza, accusée d'être un génocide.
Les deux autres sénateurs à l’origine de ce projet de loi, Jeanne Shaheen, dont le mari est Libano-américain, et Jack Reed ont quant à eux émis des critiques sur la conduite de la guerre d’Israël à Gaza, tout en reconnaissant son « droit à se défendre ».
« Les dépenses ne profiteront pas au Hezbollah »
Le texte insiste sur la nécessité, pour « contrer les forces iraniennes par procuration », de renforcer les structures étatiques, d’appliquer les résolutions internationales dont la 1559 (2004), qui comprend le désarmement des milices au Liban, et de soutenir l’armée libanaise de façon substantielle, le texte évoquant une possible aide financière supplémentaire à celle annuelle de dizaine de millions de dollars à cet effet.
Ces éléments sont en phase avec l'accord de cessez-le-feu entre Israël et le Liban, qui prévoit dans son préambule, comme l'a souligné le nouveau haut conseiller pour les affaires arabes et du Moyen-Orient du président élu Donald Trump, Massad Boulos, le « désarmement complet des groupes armés (qui échappent) au contrôle de l’État ».
Au Congrès américain, le soutien des Etats-Unis à l’armée libanaise fait annuellement l’objet de débats, certains représentants républicains, comme Greg Steube en juin dernier, accusant l’armée libanaise de soutenir le Hezbollah.
Le projet de loi présenté mercredi est quant à lui explicite : « Les dépenses de ces montants ne profiteront pas directement au Hezbollah », entendu dans son acception la plus large, à savoir « les ministères du gouvernement libanais ou les conseils municipaux du Liban contrôlés par le Hezbollah, dirigés par des membres du Hezbollah, ou employant un nombre significatif de membres du Hezbollah ».



