Des portraits des victimes de la double explosion du 4 août 2020 accrochés devant le port de Beyrouth, le 4 juin 2021. Matthieu Karam/L’Orient-Le Jour
Il s’appelle Alexander Shishkin et serait un « personnage-clé » – « passé sous les radars » – dans le déroulé des événements ayant amené à l’acheminement dans le port de Beyrouth du stock de nitrate d’ammonium qui a explosé le 4 août 2020. C’est en tout cas ce qu’affirme l’enquête de deux journalistes du média français Revue XXI, intitulée « On a retrouvé le fantôme du port de Beyrouth » et publiée le 15 décembre. Cette catastrophe, causée par la détonation au sein du port de Beyrouth de larges quantités de ce fertilisant agricole, avait tué au moins 235 personnes, blessé environ 6 500 autres et dévasté des quartiers entiers de la capitale libanaise, le 4 août 2020.
Entreposé dans le hangar portuaire n° 12 depuis 2013, ce stock de 2 750 tonnes avait été acheminé par le navire Rhosus, parti de Géorgie la même année, mais seul un cinquième de la cargaison avait explosé à l’époque, soulevant des questions sur l’utilisation du reste, certains y voyant la main du régime syrien de Bachar el-Assad et du Hezbollah. Plus de quatre ans après les faits, l’enquête libanaise, menée par le juge Tarek Bitar, piétine toujours, entravée par de nombreux obstacles politiques sur la scène locale.
Selon l’enquête de Revue 21, sans Alexander Shishkin, trader russe de fertilisant, le stockage du nitrate n’aurait pas été possible. Décrit dans l’article comme « un très discret intermédiaire russe », il aurait été « en relation avec les différents acteurs de l’approvisionnement » à travers sa société Dreymoor Fertilizers, créée en 2000 et enregistrée à Singapour, qui n’a jamais été « inquiétée dans les enquêtes judiciaires en cours ». Alexander Shishkin « n’a jamais été mentionné » ou interrogé par un juge. Des sources judiciaires en lien avec l’enquête du port ont confirmé aux journalistes « n’avoir jamais entendu parler de lui ».
Ces derniers peignent Dreymoor Fertilizers comme l’architecte du deal qui a « mis en relation les différents acteurs », citant le transporteur, le Rhosus, un bateau moldave chargé de la cargaison de nitrate d’ammonium (produit par Rustavi Azot, une société géorgienne), qui devait acheminer le nitrate d’ammonium de la Géorgie vers le Mozambique ; l’acheteur, officiellement « la fabrique nationale d’explosifs du Mozambique » ; et l’intermédiaire Savaro, la société-écran ayant passé la commande.
C’est en mettant la main sur la copie de l’autorisation d’exportation du nitrate d’ammonium que les deux journalistes se sont lancés sur la piste de Dreymoor Fertilizer. Si le certificat de cargaison du bateau, daté du 23 septembre 2013, ne mentionne pas la société, c’est en « parcourant d’autres documents, collectés par la police géorgienne », qu’ils tombent « sur une version postérieure de ce même certificat, daté cette fois-ci du 27 septembre 2013, soit le jour du départ du bateau ». Le contrat de transport certifiant la cargaison indique alors que l’exportation a été effectuée « pour et au nom de Dreymoor Fertilizers », tandis qu’un autre document « de l’autorité douanière géorgienne confirme que la cargaison a été payée 803 000 dollars par la société russe », rapportent-ils.
« Offtake agreement »
Pendant trois ans, les deux journalistes ont « couru après » Alexander Shishkin avant de pouvoir le rencontrer dans un hôtel à Istanbul début octobre 2024. S’il rejette la faute sur les autorités portuaires libanaises, l’homme d’affaires russe finit par admettre avoir obtenu « 10 % » des parts de la société géorgienne « il y a des années », qui ont depuis été rachetées par le géant indien de l’industrie pétrochimique Indorama, se dit uniquement lié au producteur géorgien de nitrate Rustavi Azot par un « offtake agreement », soit un contrat d’achat à long terme, et dénonce la recherche par les journalistes d’« une histoire sensationnelle », tout en disant comprendre leur démarche étant donné « que je suis citoyen israélien depuis 2017... ».
Contactés par les journalistes, les avocats de M. Shishkin reconnaissent le rôle de la société de leur client dans la transaction mais rappellent que « la cargaison était destinée au Mozambique, comme l’indiquent les documents », rapporte le média, qui ajoute que les deux avocats « rejettent la responsabilité du choix du bateau sur Savaro ». « C’est donc Savaro, et non Dreymoor (Fertilizers), qui est responsable du produit une fois chargé », répondent-ils aux journalistes, tout en ajoutant que cette vente était « parfaitement classique », destinée à « un client actif et reconnu sur le marché ».



-LE NITRATE N,A PAS EXPLOSE. -UNE OU PLUSIEURES MAINS ONT OSE, -SI DE L,INTERIEUR J,EN DOUTE FORT. -SI DE L,EXTERIEUR C,EST EN RENFORT. -LES EXECUTEURS EN FAIT PLUS QU,UN, -ONT OEUVRE SUR PLACE ET EN COMMUN. -ESPIONS AU QUAI D,AUTRES AU BASSIN, -EN COHESION MIRENT TOUT AU POINT. -ET SANS D,AUTRES A L,ENDROIT CASES, -LES ENGINS N,AURAIENT PAS EXPLOSES. =POUR MOI LA MAIN EST BIEN ETRANGERE, -LES EXECUTEURS DE NOTRE TERRE. -LE HEZB AVAIT L,AMONIUM STOCKE, -POUR QU,EN SYRIE IL SOIT EMPLOYE. -IL N,A PAS PROVOQUE L,EXPLOSION. -A QUI SERVIT CETTE HORRIBLE ACTION ? -QUI CHERCHAIT LE CHAOS AU LIBAN ?
10 h 20, le 20 décembre 2024