Le discours du nouveau secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, samedi, a surpris ceux qui l’ont écouté, aussi bien dans la forme que dans le fond. Il montre bien en effet que la formation est bel et bien entrée dans une nouvelle phase de son existence.
Dans la forme d’abord, on est bien loin du lyrisme si cher à Hassan Nasrallah. Samedi, il s’agissait essentiellement pour Kassem d’aller droit au but, d’être clair et de s’adresser d’abord et surtout à ses partisans dépassés par l’ampleur et la rapidité des développements. Dans le fond, cheikh Naïm a aussi surpris par sa modération. Concernant l’intérieur libanais, il a certes précisé que la « résistance » continue, mais qu’elle compte appliquer les dispositions de l’accord conclu concernant le sud du Litani. Il a aussi parlé de la priorité d’édifier un État, d’assurer l’élection présidentielle et de dialoguer avec toutes les parties.
Mais c’est sur le plan syrien qu’il a le plus surpris en tendant la main aux nouveaux dirigeants du pays après la chute du régime Assad. Il a ainsi précisé, une première pour un dirigeant du Hezbollah, que l’entrée des combattants de la formation en Syrie visait essentiellement à protéger le Liban et les minorités installées dans les zones limitrophes des islamistes radicaux (Daech notamment), ajoutant que les relations du Hezbollah avec le régime syrien se concentraient sur la nécessité d’assurer le passage des armes destinées à la formation. Naïm Kassem a même laissé entendre qu’un accord à ce sujet pourrait être conclu avec le nouveau régime en Syrie. Il a ensuite ajouté que même si ce n’est pas le cas, le Hezbollah trouvera d’autres moyens d’assurer l’arrivée des armes qui lui sont destinées. Les proches du Hezbollah vont même jusqu’à préciser que cette question ne constitue pas un véritable problème, puisqu’en général, dans le scénario des grands changements, il est plus facile de trouver des partenaires pour ce genre d’affaires que dans le cadre d’un régime strict et sévère. Autrement dit, le Hezbollah pourra toujours trouver des solutions de rechange, avec différentes parties, officielles ou non. Il se pourrait d’ailleurs que des contacts préliminaires aient déjà été établis à ce sujet, selon ces proches.
Par contre, ce qui inquiète véritablement le Hezbollah est ailleurs. Sa grande peur n’est ni la perte de son commandement, et à sa tête Hassan Nasrallah, ni le changement de régime en Syrie, ni même les bombardements américano-britanniques contre Ansarallah (les rebelles houthis) au Yémen. Ce que craint le Hezbollah, c’est que la vague de changement commencée à Gaza pour s’étendre ensuite au Liban et à la Syrie et peut-être à l’Irak finisse par toucher l’Iran et cherche à y changer le régime de la République islamique. Avec ce qui s’est passé avec la rapidité de l’éclair en Syrie, il ne s’agit plus d’un scénario de fiction, mais d’une possibilité réelle. Surtout après la diffusion de la vidéo d’une rencontre entre le sénateur américain républicain Ted Cruz et des représentants de l’opposition iranienne, datant du 11 décembre, dans laquelle ce dernier annonce clairement la chute de ce qu’il appelle « le régime des ayatollahs ». Dans la vidéo, Ted Cruz rappelle comment, lors de son premier mandat (2017-2021), le président américain Donald Trump avait strictement réduit la production de barils de pétrole iranienne, mais dès que l’administration démocrate de Joe Biden est arrivée, l’Iran a pu augmenter de façon considérable sa production et renflouer ainsi ses caisses et celles de ses auxiliaires dans la région, le Hezbollah et le Hamas en tête. Selon le sénateur américain, le régime iranien est actuellement faible et en pleine panique. Le sénateur promet même à ses auditeurs que l’ayatollah Khamenei et son régime ne vont pas tarder à tomber. « La liberté arrive, dit-il, et peut-être à une vitesse qui étonnera beaucoup de monde. »
Sans aller jusque-là, des médias israéliens laissent entendre, depuis la chute du régime syrien, que l’aviation militaire israélienne se prépare « pour la grande mission », c’est-à-dire des frappes aériennes contre les installations nucléaires iraniennes. Au cours des 14 précédents mois, la volonté israélienne de frapper des installations militaires ou nucléaires en Iran a été évoquée à plusieurs reprises, mais à chaque fois, selon ce qui se disait dans les médias israéliens eux-mêmes, c’est l’administration américaine de Joe Biden qui intervenait pour empêcher ce scénario.
Aujourd’hui, à l’approche de l’entrée en fonctions de Donald Trump pour son second mandat, certaines parties locales, régionales et internationales sont convaincues que le plan d’en finir avec « l’axe de la résistance » va être appliqué jusqu’au bout. Depuis dimanche, des informations circulent d’ailleurs sur des conseils qui seraient arrivés au Premier ministre irakien de dissoudre « al-Hachd al-Chaabi » (les factions pro-iraniennes) et de les intégrer totalement au sein de l’armée irakienne, en mettant un terme à leur statut spécial actuel. Cette information pourrait confirmer l’idée d’un plan clair pour en finir avec l’ensemble de « l’axe de la résistance ». Mais pour l’instant, rien n’est encore sûr. D’autant que ce plan, s’il existe, est différent pour chacun des « membres de cet axe ». Le Hamas existe encore, et c’est avec lui qu’ont lieu les négociations pour un accord, même s’il est très affaibli et si Gaza est détruite. Au Liban, le Hezbollah estime avoir arrêté le plan aux portes de la localité frontalière de Khiam, et c’est pourquoi, à ses yeux, l’accord conclu porte essentiellement sur la zone au sud du Litani, alors que le reste – c’est-à-dire les armes du Hezbollah – reste une question interne libanaise. Seule la Syrie a connu un changement radical, et rien ne dit encore que Donald Trump serait sur le point de donner le feu vert à une opération visant à changer le régime en Iran. Selon les leçons tirées de son précédent mandat, Trump ne souhaiterait pas mener des guerres, mais plutôt mettre un terme à celles qui existent et empêcher l’éclatement de nouvelles. Si cela se vérifie, il pourrait malgré tout donner le feu vert à une attaque israélienne en Iran, tout comme il avait donné le feu vert pour l’assassinat du général iranien Kassem Soleimani en janvier 2020.
Le Hezbollah en tout cas se prépare, selon ses proches, à toutes les éventualités, y compris au scénario du pire pour lui, celui du renversement du régime iranien. Comment ? Cela reste à préciser.


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Inimaginable qu’en l’espace de quelques mois le Hezbollah soit passé du parti militairement très puissant au parti brisé et pathétique. Merci Scarlett Haddad pour ces explications.
19 h 48, le 17 décembre 2024