Le chute de l’ex-président syrien Bachar el-Assad, le 8 décembre, et la libération immédiate de milliers de détenus des prisons syriennes ont ravivé au Liban l’espoir d’une reddition de comptes du régime syrien concernant l’emprisonnement depuis plusieurs décennies de Libanais, dont des centaines sont toujours portés disparus.
L’ancien député Eddy Abillamaa, représentant les Forces libanaises (FL), et Élie Mahfoud, président du mouvement du Changement, se sont en effet rendus, mercredi, au Palais de justice de Beyrouth pour tenter de relancer une plainte déposée auprès du parquet de cassation, en 2020, par des avocats affiliés aux FL, au nom de neuf anciens détenus et quatre proches de disparus en Syrie. MM. Abillamaa et Mahfoud ont également réclamé l’ouverture d’une enquête sur une information judiciaire qu’ils avaient soumise, en 2021, à l’ancien chef du parquet, Ghassan Oueidate, contre Bachar el-Assad et de hauts responsables du régime syrien désormais renversé, dont ils avaient demandé l’arrestation.
« Parmi toutes les dictatures à travers le monde, qu’elles soient en Afrique, en Asie ou ailleurs, aucune n’a été pire que celle du régime syrien », a déclaré Me Abillamaa à la presse devant le Palais de justice. « Nous n’aurons de cesse de poursuivre le dossier, malgré toutes les embûches dressées », a-t-il ajouté.
Une nouvelle plainte ?
Interrogé par L’Orient-Le Jour, Élie Mahfoud a précisé que les démarches judiciaires entreprises « reposent sur des témoignages, des enregistrements et d’autres documents de preuve, notamment fournis par d’anciens prisonniers syriens et libanais ». « En faisant un suivi aujourd’hui (mercredi), auprès des greffiers, il nous est apparu que le dossier n’est plus aux mains du parquet de cassation, car il a été transféré à une commission présidée par un magistrat. Où en est l’action de cette commission ? » s’interroge-t-il.
M. Mahfoud a affirmé que face à ce blocage judiciaire, le Front souverain, englobant son parti, ainsi que les FL, les Kataëb, le Parti national libéral (PNL), l ’ancien ministre Achraf Rifi, le député Fouad Makhzoumi (bloc du Renouveau) et des activistes politiques, tiendra une réunion samedi prochain, au siège du PNL, à Sodeco-Achrafieh. Y participeront également des membres de l’Association des prisonniers libérés des geôles syriennes, présidée par Ali Abou Dehn, qui avait été relâché en 2000, après 13 ans de détention.
« Si le dossier n’est pas relancé, soit nous demanderons qu’il soit restitué au parquet, soit nous déposerons une nouvelle plainte », a averti M. Mahfoud.
Interrogé par L’OLJ, un des auteurs de la plainte de 2020, Raymond Soueidan, libéré en 1998 « contre une grosse somme d’argent », cinq ans après avoir été enlevé, affirme qu’outre Bachar el-Assad, la plainte pour « enlèvements, privation de liberté et meurtres intentionnels » vise également l’État syrien, l’ancien chef d’état-major Ali Ayoub, l’ancien ministre de l’Intérieur, Mohammad al-Rahmoun, et l’ancien chef du bureau de la sécurité nationale, Ali Mamlouk. En 2013, Ali Mamlouk avait fait l’objet d’un mandat d’arrêt lancé par la justice militaire libanaise dans le cadre d’une affaire d’explosifs transportés de la Syrie au Liban dans la voiture de l’ex-ministre libanais Michel Samaha. Ali Mamlouk avait été convoqué par la justice mais n’a jamais comparu.
Selon le texte de la plainte, les requérants réclament des indemnités de dix millions de dollars pour chaque « otage » libéré, vingt millions de dollars pour chaque « otage » toujours « kidnappé », et cinquante millions pour les héritiers des « otages tués ». Raymond Soueidan affirme à L’OLJ que les recherches ont permis de confirmer que 622 personnes demeurent toujours disparues.
Durant 5 ans les collaborateurs de Hezballah et de Bachar au pouvoir au Liban ont laissé dormir ces plaintes dans les tiroirs : # gouvernement collaborateur de hezballah. Pendant ce temps les opposants à la milice étaient pourchassés. # dictature de la milice
11 h 05, le 12 décembre 2024