Un homme tenant un drapeau de la révolution syrienne devant le poste-frontière de Masnaa, entre le Liban et la Syrie, le 8 décembre 2024. Photo Matthieu Karam / L'Orient-Le Jour
Le Premier ministre libanais sortant, Nagib Mikati, et son ministre des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, ont annoncé dimanche, dans un communiqué conjoint publié après une réunion, « suivre avec intérêt les développements actuels en Syrie », insistant sur la nécessité de « préserver la souveraineté, l'indépendance, l'unité et l'intégrité territoriale de la Syrie, ainsi que la non-ingérence dans ses affaires intérieures. »
Plusieurs responsables et partis de l'opposition libanaise à Assad, à l'axe iranien et au Hezbollah ont pour leur part salué la chute du régime syrien, tandis qu'aucune réaction n'a encore été entendue du côté des alliés du régime.
Les rebelles syriens, emmenés par les jihadistes du Hay'at Tahrir al-Cham (HTC), ont annoncé à l'aube la chute du régime de Bachar el-Assad, après la prise de Damas et d'autres villes stratégiques de Syrie au terme d'une offensive éclair de douze jours.
Dans leur texte, MM. Mikati et Bou Habib soulignent « la volonté du Liban d'établir les meilleures relations avec l'État syrien et ses représentants, afin de préserver les intérêts communs des deux pays ». « Le Liban respecte également la volonté du peuple syrien, car c'est à lui seul de choisir ses représentants, son système politique et l'avenir de son pays, pour le bien de la Syrie, tout en affirmant l'importance des relations de bon voisinage entre le Liban et la Syrie », ajoute le communiqué.
Hommage à Rafic Hariri, Bachir et Pierre Gemayel
De son côté, le Courant du Futur, de l'ex-Premier ministre Saad Hariri, qui s'est retiré de la politique il y a près de trois ans, a félicité « le peuple syrien pour le triomphe de la vérité sur le mensonge » et pour « la chute du régime de tyrannie, qui a pesé sur les poitrines des Syriens et des Libanais pendant de longues années ».
« Peu importe les injustices que nous avons subies de la part du régime, elles ne valent rien en comparaison de ce qu’a enduré le peuple syrien sur le chemin de sa libération d’un passé sombre, sous un régime monstrueux qui a intensifié les tortures, les assassinats, et contre nous également. L’histoire en témoigne », a-t-il ajouté, en allusion certaine à l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri en 2005 à Beyrouth. Le Courant du Futur a encore appelé les Libanais à « l'unité nationale ».
Le chef druze Walid Joumblatt a appelé pour sa part Saad Hariri et lui a dit que « justice céleste a été rendue à Rafic Hariri et tous les martyrs du 14-Mars », un courant libanais anti-syrien, « avec la chute du régime Assad ». Saad Hariri lui a répondu, cité par l'ANI, en saluant la mémoire de Kamal Joumblatt.
Le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, a, lui, publié sur X une photo de son frère Pierre, assassiné en novembre 2006, et de son oncle, le président Bachir Gemayel, tué dans un attentat en septembre 1982. « Mon compagnon, le président martyr, mon frère bien-aimé et martyr, Mes camarades résistants, martyrs et vivants : le tyran criminel est tombé... et le Liban et les Kataëb sont toujours là », a-t-il écrit.
Le député de Beyrouth Nadim Gemayel (Kataëb) a appelé pour sa part le Hezbollah « à remettre ses armes », au cours d'un rassemblement quartier de Sassine à Achrafieh à l'occasion de la chute du régime de Bachar el-Assad. « Il est vrai que le Hezbollah est (un parti) terroriste, mais il va remettre ses armes un jour car il n'a plus d'autre choix (...) La vraie légitimité, ce sont les armes de l'armée libanaise », a souligné M. Gemayel devant une centaine de partisans des Kataëb et des Forces libanaises et en présence de députés et figures de l'opposition. « Les statues de la famille Assad tombent l'une après l'autre, mais nous, nous restons pendant qu'eux sont relégués aux oubliettes. Nous célébrons aujourd'hui parce que Bachar a fui et que le régime est tombé », a ajouté le député Kataëb. « Le régime qui a tué son peuple et kidnappé des Libanais est tombé », s'est félicité pour sa part le député de Zghorta, Michel Moawad, présent à Sassine.
Le chef des Forces libanaises Samir Geagea, farouche opposant au régime Assad, a estimé pour sa part dimanche lors d'une cérémonie à Meerab que la chute du président syrien « n’est pas la fin, mais le début d’une nouvelle phase ». « Aujourd’hui, c’est le jour de Bachir Gemayel, tué par un vaurien employé par la Syrie », a-t-il dit, en allusion à l’ancien président élu de la République et fondateur des Forces libanaises assassiné le 14 septembre 1982 par Habib Chartouni, un membre du Parti syrien national social condamné à la peine de mort en 2017. Samir Geagea a également rendu hommage à Rafic Hariri, ancien Premier ministre assassiné en 2005 et aux autres victimes de la vague d’assassinats politiques qui ont secoué le Liban entre 2004 et 2007. Sur le plan strictement politique, le chef des FL a adressé un message au Hezbollah, allié local du régime Assad. « Le jeu est fini. Il est temps d’en finir avec votre arsenal militaire », a-t-il déclaré, appelant à un dialogue autour de ce dossier.
Du côté du Parti socialiste progressiste (PSP), le député Wael Bou Faour, a écrit sur X que « le peuple demeure et les tyrans ont la vie courte », avec des photos de la voiture dans laquelle Kamal Joumblatt, ex-leader du parti, a été assassiné en 1977 et de l'attentat de 2005 qui a tué Rafic Hariri. Selon l'Agence nationale d'Information (ANI, officielle), une foule s'est rassemblée autour du mausolée dédié à Kamal Joumblatt à Moukhtara, en présence notamment de sa petite-fille, Dalia Joumblatt, fille de l'ex-chef du PSP le député Walid, et célèbre la chute du régime Assad.
Pour sa part, Bahaa Hariri, fils aîné de Rafic Hariri, a salué les Syriens qui « ont rendu à la Syrie la liberté qu'elle mérite. Comme Damas est belle sans le régime terroriste. » Dans un autre message sur X, accompagné d'une photo de son père, l'homme d'affaires a estimé que « aujourd'hui, les révolutionnaires syriens ont vengé ton meurtrier et ses alliés. Je dois désormais une grande dette à ce peuple formidable qui a renversé le régime criminel d'Assad ».
Le régime syrien est accusé de l'assassinat ou de la tentative d'assassinat de nombreuses personnalités et responsables libanais qui lui étaient opposés, depuis la fin de la guerre civile au Liban (1975-1990) et notamment pendant l'occupation syrienne du pays. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses photos rendant hommage à ces personnalités assassinées ont circulé ces dernières heures, notamment un portrait du journaliste et écrivain Samir Kassir, tué dans un attentat le 2 juin 2005.
La Jamaa Islamiya, un parti libanais proche des Frères musulmans a, elle, évoqué une « étape révolutionnaire clé après treize années de lutte. » « Cet accomplissement inspire l’espoir pour les nations opprimées de se lever contre la tyrannie et renforce le soutien au peuple palestinien dans sa lutte contre l’occupation sioniste », a ajouté le parti.





Les tyrans ont eu la vie plus que longue jusque là. Le dernier exemple en date est celui qui bloque notre pays en cherchant ses limites que les opposants et les pays aidants tardent à lui montrer. Ça devrait être un avertissement pour lui. Aucun dictature n’est éternel.
13 h 52, le 09 décembre 2024